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Sophie D’amours, ingénieure, Mba, Ph. D. rectrice de l’Université Laval : « Nous comptons accentuer notre partenariat avec le Sénégal »

Le Soleil- Sophie D’Amours prépare activement, avec des collaborateurs, une visite au Sénégal.  Impressionnée par les politiques et autres avancées notées dans le secteur, celle qui passe pour une légendaire et rigoureuse chercheure entend accompagner les acteurs sénégalais dans plusieurs domaines. Avec son plan stratégique, elle envisage un partenariat plus dynamique et gagnant-gagnant entre le Québec et le Sénégal.

Comment s’est dessiné le chemin vous ayant mené au poste de rectrice ?

C’est un chemin fantastique pour moi. J’ai commencé très tôt à m’intéresser à la recherche. Avec un esprit curieux, ma soif d’apprendre aidant, j’ai voulu comprendre comment fonctionnent les choses. Après mon baccalauréat en Génie mécanique, aller dans le secteur privé me tentait, mais des ennuis m’ont vite fait revivre les études. J’ai obtenu une Maîtrise en Administration des affaires et un Doctorat en Mathématiques de l’ingénieur. Puis, un poste de professeur et une préparation pour développer avec des collègues des outils et modèles nouveaux de collaboration, de partenariat avec le milieu, notamment dans le domaine forestier, dans l’interdisciplinarité, en misant sur des stratégies, où le génie, l’administration, les différents secteurs applicatifs travaillant ensemble sur des défis mixtes de compétences. Des centres de recherches ont vu le jour avec des chercheurs externes, ensuite j’ai assumé des responsabilités de gestion, vice-doyenne, vice-rectrice, présidente de plusieurs conseils d’administration, au finish, une confiance de mes pairs m’a portée au poste de rectrice de l’Université Laval.

Qu’est-ce qui a motivé ce choix, votre carrière ou votre leadership ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce choix. Au-delà du parcours jugé méritant, d’une histoire de famille, car mes parents, mon conjoint, mes enfants et moi-même sommes tous passés par cette université, c’est un attachement particulier avec cette institution qui a joué un rôle significatif dans le progrès socioéconomique du Québec, par sa réputation très honorable qui se répand dans le monde au fil du temps. Avec les collègues de mon département, et autres départements, nous travaillons à maintenir ces bons résultats de la recherche. J’ai une grande fierté de constater les efforts novateurs, une grande force de recherche dans tous les secteurs. Nous allons améliorer cela et le Sénégal fait partie des pays sur lesquels nous comptons accentuer nos partenariats.

Le Sénégal vous intéresse-t-il grâce à son hub dans l’enseignement ?
Sophie Damours Laval 2Ce pays est une référence, tout un historique. C’est une grande force francophone en Afrique. Des projets phares dans plusieurs domaines et une communauté de 193 étudiants sénégalais dans notre université (Université Laval), des chercheurs et professeurs connus et respectés, donc nous pensons que ce pays a de bonnes dispositions pour qu’ensemble nous puissions aller de l’avant. Avec des Eeps (Etablissements d’enseignement public au Sénégal), nous avons signé une belle collaboration, des accords-cadres de pratiques en développement, par exemple avec l’Uadb (Université Alioune Diop de Bambey), dans le cadre du développement durable, à présenter nos modèles, des bourses, une relation qui s’installe, des Facultés en sciences sociales, en soins infirmiers. Nous sommes labellisés dans les initiatives de développement durable. Par une agriculture urbaine, une production horticole est disponible sur le site, une culture de légumes réalisée par nos étudiants en Faculté. Ces derniers sont accompagnés et développent leur savoir-faire assez significatif : des bouteilles, la disponibilité du vélo, leur usage, les pistes cyclables… Autant de déploiement qui fait que nous sommes efficaces aux enjeux de recherche en développement durable.

L’agriculture, la gestion des villes urbaines, la santé, l’enseignement supérieur sont autant de défis que nous allons redynamiser avec le Sénégal qui progresse. Nous serons au Sénégal pour voir, et on va nous recevoir avec une cohorte d’étudiants, car le travail entamé dans plusieurs domaines est remarquablement apprécié entre nos gouvernements, entre nos universités. Ce pays mérite notre accompagnement Une grande contribution aussi dans la recherche, car à l’Université Laval, plus de 50 % de nos chaires de recherches ont un contenu lié à l’usage responsable des ressources de développement durable, à des modes d’allocation et de distribution. Autant d’actions qui font une interface dans le développement socioéconomique de notre province et du Canada.

Votre université a perdu un professeur dans un attentat au Québec voilà un an. Comment avez-vous vécu cela ?

Un évènement triste. Nous avons été secoués, profondément attristés, choqués de voir notre collègue partir dans une circonstance tragique à la grande mosquée.

Aussitôt la mobilisation nous a permis de se soutenir et de renouveler notre enjeu idéal du vivre ensemble. D’ailleurs, ces questions d’inclusion, d’équité, la capacité de se connaître, de connaitre l’autre, de partager et de solidarité occupent une trame importante dans le plan stratégique que nous sommes en train de finaliser pour améliorer des choses. Mais, en réalité, cet incident regrettable ne doit pas cacher ce bonheur vécu tous les jours à l’Université Laval qui est un monde, un microcosme.

Plus de 120 nationalités d’étudiants se côtoient dans un grand campus et travaillent ensemble, des enseignants-chercheurs qui viennent de partout. Nous travaillons pour recevoir plus d’étudiants étrangers. En collaboration avec la ville, Nous œuvrons pour une première expérience post-études en travaillant ici ou rentrant au bercail. Tout est possible.

L’Université Laval arrive dans un moment crucial. Comment comptez-vous manager cette institution locomotive du Québec ?

Effectivement, l’Université Laval comme les autres universités arrivent dans un moment charnière de notre histoire. Un contexte qui se définit par l’arrivée de technologies numériques dans l’univers des universités. Je veux marquer le leadership de l’université, une réinvention qui passe par l’expérience que vivra l’étudiant sur le campus. Une expérience qui fera date. Notre perspective face à la société liée à notre engagement sera mieux retenue. Nous allons vers le renversement de la classe, une pédagogie inversée, c’est-à-dire avec les contenus numériques qui circulent facilement, massivement à travers les supports numériques. Il faut les saisir en ajoutant la qualité. Dès lors, nous nous posons des questions. Comment allons-nous être des joueurs clés dans la construction des savoirs, des connaissances, les offrir ? Comment intégrer nos étudiants pour développer ces compétences avec des partenaires régionaux ou d’ailleurs pour réaliser ensemble beaucoup de projets ?

Quelle place l’Afrique occupe-t-elle dans vos stratégies ?

En fait, nous avons une ambition claire. Mais des projets existent avec ce continent. Avec le Sénégal, le Congo, le Maghreb, l’Afrique du Sud, nous entretenons, depuis des années, une belle alliance de partenariats avec des échanges interuniversitaires qui vont se poursuivre. Actuellement, une meilleure cohorte, plus que les 17% de nos étudiants, séjournent à l’étranger pour des stages de formation. Aussi, une meilleure intégration académique sur les défis de l’Afrique, confronter les étudiants nord-américains et africains ensemble serait une excellente opportunité. Le défi d’accès à la connaissance par « Corpus Laval » est également un creuset de résultats de nos chercheurs que nous souhaitons mettre au profit de tous. La mobilité doit être accrue pour aller vers 20 à 25%, car ceux-là sont plus ouverts, moins craintifs, plus riches interculturellement. Nous croyons à la « science ouverte », cette contribution de libre accès aux connaissances.

Bientôt le 8 mars. Croyez-vous à l’égalité des chances, au genre, dans un contexte de challenge et de flux migratoires ?

Tout à fait.  Je suis profondément convaincue que le monde est meilleur dans cette diversité de genre. Je ne ferais pas une course au rectorat si je ne croyais pas au défi, au challenge. Nous donnons toutes les chances à tous les hommes et à toutes les femmes à l’Université Laval. Ici, au Québec, nous avançons malgré de gros défis et nous y arrivons. Après 25 recteurs, je suis la première femme, 26ème, à occuper ce poste. Des femmes ont vécu et ont beaucoup fait. Nous avons besoin encore de vaincre les clichés qui veulent que les hommes soient plus forts, plus compétents, plus savants. Il y a des gens qui sont réticents à l’égalité des chances. Le monde s’est enrichi de modèles leaders comme Angela Merkel avec son type de leadership et tant d’autres. Avant nous, se rappeler que des femmes ont rendu ce monde, ce jour possible. Je serai en Chine pour une rencontre du 8 mars pour parler de ces enjeux. Oui, s’assurer que les femmes doivent avoir accès à l’éducation, accéder à des postes de responsabilité, à des instances de décision, à la santé, à l’emploi, les soutenir dans les milieux universitaires. On ne recrute pas autant de femmes que l’on devrait. C’est des questions essentielles, mais cela viendra.

Quelles sont les difficultés qui peuvent freiner l’Université Laval ?

Aujourd’hui, nos craintes ou difficultés sont nombreuses. La plus préoccupante, peut-être, est la question du financement. Le premier partenaire financier est l’Etat.

Beaucoup de travail reste à faire pour envoyer les citoyens et citoyennes du Québec à aller au niveau supérieur, puisque des études statistiques démontrent que dans la région du Québec un employé sur quatre détient un diplôme universitaire. De manière réciproque, si la région va bien, son université va bien et vice versa. La concurrence est grande, les défis énormes, les évolutions rapides. Pour être encore en haut, il faut maintenir cette envie de dépassement, il faut des recrutements, des stratégies, des innovations. C’est toujours une alerte. Une notoriété est un sacerdoce. Il faut toujours s’améliorer, se performer pour continuellement être en peloton de tête. Le plus difficile, c’est d’être premier ou bien classé et vouloir dormir sur ses lauriers. Pour finir, je dirai que vous verrez notre Université Laval au Sénégal de façon plus présente, car la grande capacité sénégalaise de recherche nous intéresse, pour le meilleur de nos deux peuples.

Entretien réalisé par Mamadou Aicha NDIAYE

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