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Sougui Issa au procès de Hissein Habré : « Les militaires m’ont mis dans une pièce avec des cadavres pour me faire parler »

Le procès de l’ancien Président tchadien, Hissein Habré est toujours à l’étape de l’audition des témoins. En effet, Sougui Issa commerçant de son état a expliqué, hier, à la barre qu’il a été victime d’un rapt et de tortures de la part des militaires sous le régime de Hissein Habré.

Le 20 juillet dernier a commencé, devant les Chambres africaines extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises, le procès de l’ancien dictateur du Tchad Hissène Habré poursuivi pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Depuis l’ouverture de cette audience, tous les témoins auditionnés ont déposé à charge contre l’ancien homme fort de Ndjamena. Entendu, hier, par le Président de ladite juridiction, Sougui Issa commerçant de son état a abondé dans le même sens que ses prédécesseurs. Il a indiqué avoir été victime d’un rapt et de tortures de la part des militaires sous le régime de Hissein Habré. A la barre, le témoin est revenu sur les circonstances de son arrestation. A l’en croire, les faits se sont déroulés 6 mois après l’installation de Habré à Ndjamena. Ce jour là, se souvient-il, il a été arrêté près du fleuve à N’Djamena alors qu’il vivait de l’argent qu’il gagnait grâce à son commerce. Lorsque les militaires l’ont appréhendé, ils ont pris son argent et l’ont accusé de vouloir payer des mercenaires pour la Libye. « J’avais sur moi 6.650.000 FCFA et ma montre en or que j’avais acheté en Arabie Saoudite à 20.000 rials. Le chef a pris l’argent et m’a laissé avec 5 de ses hommes dont un en uniforme lesquels m’ont amené au fleuve. Ils m’ont jeté dans l’eau pour me noyer et me faire avouer que je suis un agent à la solde de la Libye », a-t-il soutenu. Avant de poursuivre : « ils m’ont plongé la tête dans l’eau pour que j’avoue mais je leur disais que je suis un commerçant. Voyant que j’étais constant dans ce que je disais, ils se sont demandés ce qu’ils devaient faire de moi ».

C’est sur ces entrefaites, renseigne-t-il, que les militaires ont commencé à se disputer parce que deux d’entre eux se plaignaient de ne pas avoir eu leur part de l’argent qu’il avait lors de son arrestation. « Finalement ils m’ont ramené au commissariat central. J’ai expliqué au chef qu’on m’a volé et torturé », a-t-il soutenu devant les juges des chambres africaines extraordinaires. Pour justifier l’origine licite de son argent, le témoin a déclaré qu’il revenait du Nigeria où il était parti pour vendre son troupeau. Mais, cette dénégation n’a pas satisfait ses détracteurs  qui l’accusent d’être un complice de la Libye. « Ils m’ont encore dit que je venais pour recruter des rebelles. C’est ainsi que les militaires m’ont mis dans une pièce avec des cadavres pour me faire parler mais en vain. Sur ce, ils ont fait un rapport  donnant un faux nom disant que je suis libyen de père et de mère libyen, ce qui est faux », a-t-il encore déclaré. Sur une question de savoir s’il connaissait l’ancien homme fort de Ndjamena, le témoin a soutenu que : « je connais Hissein Habré parce qu’il était sous-préfet a Moussoro, ma ville d’origine. Par ailleurs, le 1er août 1983, j’avais été conduit au bureau de Hissein Habré à la Présidence de la République ». Selon lui, il a été présenté à des journalistes de la télévision tchadienne pour qu’il dise qu’il est un agent libyen s’il  veut être libéré. Toutefois, dit-il, il n’a pas parlé de supplice des baguettes contrairement à ce qu’il a été mentionné dans sa première déposition. Il a aussi parlé devant le prétoire d’un camion qui a transporté 74 personnes qui ont été exécutés à la prise de Bar El Ghazal. Arrêté en octobre 1982, le témoin a déclaré avoir été libéré le 3 août 1983.

Cheikh Moussa SARR

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