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Souleymane Bachir Diagne : ’’La Casamance, mon très beau royaume d’enfance’’

Le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne a évoqué jeudi son ‘’très beau royaume’’ d’enfance représenté par la Casamance (sud) qui a participé à son ‘’métissage’’ culturel et à son ouverture vers les autres langues en l’amenant à refuser de se figer dans une seule identité.
‘’C’est un royaume qui est très beau, peuplé de plusieurs langues’’, a-t-il déclaré sur Radio France internationale (RFI) en parlant de la Casamance (sud), où il avait vécu jusqu’à l’âge de 8 ans bien qu’il soit natif de Saint-Louis, l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française (AOF), située au nord du pays.
‘’Le royaume d’enfance (pour moi), c’est la Casamance, c’est les langues multiples que je parlais’’ dont le diola et le créole, a ajouté le philosophe, logicien et épistémologue de renom, interrogé au cours de ‘’En sol majeur’’, émission consacrée par RFI aux personnalités multiculturelles.

A ce titre, le spécialiste de la philosophie islamique qu’il enseigne notamment aux Etats-Unis (Columbia, New York) s’est présenté comme un ‘’amoureux’’ de la musique des Touré Kunda, et a souligné qu’il maîtrisait le diola et le créole plus que le wolof, sa langue maternelle.

Selon lui, ‘’le plus déterminant’’ dans son métissage, c’est peut-être sa capacité de passer d’une langue à une autre. ‘’Se pétrifier dans une identité, c’est mortel’’, a commenté Bachir Diagne qui maîtrise aussi bien le français, l’anglais que l’arabe, soit les trois principales langues dans lesquelles il travaille notamment.

‘’C’est le Prophète Mohammed qui a dit : +on vaut autant d’hommes qu’on parle de langues+’’, a ajouté le philosophe, fils d’un lettré musulman et premier Sénégalais à intégrer l’Ecole normale de la Rue d’Ulm en France où il a eu comme professeurs Louis Althusser et Jacques Derrida, autant de penseurs éminents des années 1960-1970.

Se destinant à une carrière d’ingénieur, il a dit que c’est sa rencontre avec le philosophe Jean-Paul Sartre qui l’a amené à opter in fine pour la philosophie. Diagne a aussi indiqué que c’est la révolution iranienne, à la fin des années 70, qui a quelque part ‘’déterminé’’ sa décision prise avec d’autres de venir enseigner au Sénégal dans l’espoir de mettre en valeur le fait que dans son pays natal, l’islam a ‘’une tradition de réflexion et de pensée libre’’.

Citant le poète pakistanais (Inde britannique) Muhammad Iqbal selon qui la pensée islamique s’est ‘’pétrifiée’’ au 13e siècle à cause d’une série d’événements politiques malheureux comme le saccage de Bagdad, Diagne souligne qu’il est ‘’de la responsabilité’’ des musulmans ‘’de remettre en mouvement’’ la pensée islamique en la connectant à la marche actuelle du monde.

‘Il y a eu un moment où l’islam était sur la défensive’’, note le premier Sénégalais agrégé de philosophie, et à partir de certains évènements historiques, l’islam s’est repliée sur elle-même de sorte que ‘’l’inventivité d’une certaine façon était devenue condamnable’’.

Evoquant l’un de ses derniers livres ‘’Léopold Sédar Senghor. L’art africain comme philosophie’’ (éditions Riveneuve), il a expliqué qu’à travers cet essai publié en 2007 et désormais traduit en anglais, il lui a semblé ‘’avoir rendu justice à ce que devrait être selon lui la philosophie africaine’’. Il a dit que ce travail basé sur la pensée senghorienne donne des ‘’réponses’’ aux différents questionnements qui ont toujours été liés à la problématique de la philosophie africaine.

L’ethnologie et l’ethnographie ont célébré les objets d’art africains comme des éléments culturels fondamentaux en omettant de ‘’capter la vérité spirituelle’’ qu’ils peuvent également véhiculer, en ce qu’ils ‘’disent quelque chose….de la conception africaine de ce que ce qu’est que l’être’’, argumente le philosophe que Senghor présentait de son vivant comme ‘’le fruit’’ de sa politique éducative.

Selon une note de présentation de ce livre, Senghor ‘’a cherché à exprimer quelle philosophie se lit dans les arts plastiques, les chants et danses africains. C’est cette attitude, d’abord herméneutique, de déchiffrage, qui est la vérité de sa philosophie’’.

‘’Afin de relire Senghor, aujourd’hui, il ne faut pas se donner la Négritude trop vite, affronter tout de suite les formules trop bien connues à quoi on résume sa pensée. Il faut savoir d’abord retrouver l’attitude première, la posture herméneutique que Senghor a adoptée dès ses premiers écrits pour répondre à la question qui fut aussi celle de Picasso : que veulent dire les masques africains ? Que disent ces objets que l’on a appelés des fétiches lorsque les dieux en sont partis ?’’, poursuit cette source.

Partant, ‘’Senghor, avec beaucoup de bonheur, a mis à jour une ontologie dans laquelle l’être est rythme et qui se trouve au fondement des religions africaines anciennes. De cette ontologie il a montré que les arts africains constituaient le langage privilégié.

Reçu à l’agrégation de philosophie en 1978, Bachir Diagne a passé une année à l’université Harvard dans le cadre d’un programme d’échanges. Il a soutenu une thèse de doctorat de troisième cycle de mathématiques à la Sorbonne en 1982 sur le thème ‘’De l’algèbre numérique à l’algèbre de la logique’’.

Il revient ensuite au Sénégal pour enseigner à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il soutient sa thèse de doctorat d’État à la Sorbonne en 1988 sous la direction de Jean-Toussaint Desanti, sur le thème ‘’Philosophie symbolique et algèbre de logique. Les lois de la pensée de George Boole’’.

Il a publié depuis de nombreux travaux dans les domaines de l’histoire de la logique, de la philosophie, en particulier dans le monde islamique et en Afrique. Il est l’auteur, entre autres travaux, d’un ouvrage consacré à l’algèbre de la logique créée par George Boole et intitulé ‘Boole, l’oiseau de nuit en plein jour’’ (Belin, 1989), d’une traduction française des ‘’Lois de la pensée’’ de ce même auteur (Vrin, 1992).

Il a également à son actif, dans le domaine de la philosophie islamique, un livre d’introduction à l’œuvre du poète et philosophe Muhammad Iqbal : ‘’Islam et société ouverte, la fidélité et le mouvement dans la pensée de Muhammad Iqbal (Maisonneuve & Larose, 2001).

Après l’université publique de Dakar où il a enseigné une vingtaine d’années, il a poursuivi ses enseignements à l’université Northwestern d’Evanston (Illinois, États-Unis). Il est actuellement professeur aux départements de français et de philosophie de l’université Columbia de New York (New York, États-Unis).

Aps


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