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Souty Touré : «Pourquoi, je ne suis plus avec Robert Sagna »

Maire de la commune de Tambacounda, Souty Touré a choisi de descendre dans la cour des grands. Ayant porté sur les fonts baptismaux, le Parti socialise authentique (Psa) avec d’anciens camarades socialistes, il va à la conquête de l’Assemblée nationale. Et, pourtant, lors de la présidentielle du 25 février dernier, il avait soutenu la candidature de Robert Sagna, son ancien camarade socialiste avec qui il avait créé le courant « Démocratie et Solidarité » au sein du Parti socialiste. Aujourd’hui, avec Robert, chacun fait bande à part. Et l’avantage de Souty Touré, c’est d’avoir créé un parti politique.

Source : Le Soleil
Récemment créé, le Parti socialiste authentique est sur le départ pour les législatives du 03 juin prochain. Alors, quelles sont vos attentes pour cette première élection à laquelle vous participez ?

Ce que nous attendons, c’est que les Sénégalais nous fassent confiance. Car nous présentons des candidats qui ne sont pas des novices sur la scène. Pour la plupart, ce sont d’anciens grands acteurs du Parti socialiste, de Aj/Pads ou d’organisations à caractère syndical et social. Nous voulons nous considérer comme les porte-voix des couches populaires défavorisées afin de faire entendre leurs voix sur le plan national ; et en particulier à l’Assemblée nationale. Ainsi, nous voulons faire vivre la démocratie sénégalaise. Car, il n’y a pas de démocratie sans pluralisme. Donc, il faut faire entendre une voix différente au sein des institutions, du Gouvernement, du Conseil de la République ou de l’Assemblée nationale. Qu’il s’agisse des structures à caractère institutionnel ou administratif. C’est cela notre conviction. Et pour cette raison, nous avons choisi d’aller aux élections.

Alors, quelle appréciation faites-vous du boycott par douze ténors de l’opposition de ces législatives ?

Je ne suis pas d’accord avec le boycott. Certes, je le respecte parce que les partis sont souverains dans leur décision, mais je n’en vois pas très bien les raisons et les justifications. Car, j’ai vu les Sénégalais sortir en masse pour aller voter. Cela est indéniable. C’est incontestable que les populations sont sorties pour aller voter. Même si, je n’étais pas dans les bureaux de vote, les scrutateurs et mes représentants ne m’ont pas signalé des fraudes ou des irrégularités. Mieux, j’ai constaté que le candidat arrivé en deuxième position a félicité le président de la République. Et, il a même formulé des prières pour un bon exercice du mandat présidentiel. D’autres candidats comme Robert Sagna et Landing Savané l’ont félicité. Talla Sylla a accepté de participer aux élections législatives. C’est pourquoi je ne vois pas de raison majeure pour boycotter. D’autant plus que les observateurs de l’Union européenne ou encore de la Francophonie ont trouvé que la présidentielle du 25 février s’est déroulée dans des conditions globalement satisfaisantes. Il en est de même de l’appréciation des organisations de la Société civile au niveau national. Enfin, si on devait boycotter pour bloquer le système démocratique et amener à des réformes, on aurait dû le faire au moment de la prorogation du mandat des députés au lieu d’attendre maintenant. Je pense que ce n’est pas très fair-play de boycotter les élections. Aussi, il faut rappeler qu’aucun chef de parti ne peut avoir un traitement supérieur à celui d’un citoyen. Ainsi, eu égard au respect du calendrier républicain, il faut permettre aux citoyens d’aller aux urnes pour exprimer leurs choix et élire leurs représentants au Parlement.

Mais, est-ce que le boycott de ces grandes formations de l’opposition ne va pas profiter à des partis comme le vôtre ?

Je pars du message que je livre aux gens et ce que ces derniers pensent ou savent de moi. Mais aussi des propositions que je peux faire, pour améliorer leurs conditions et le cadre de vie. Aussi, je leur fais part de ma disponibilité et de ma part de contribution dans la réalisation de ces objectifs. Si ces qualités sont au rendez-vous, je pense que les populations pourront me faire confiance quels que soient les partis ou organisations et où ils se trouvent. De toutes les façons, l’élection présidentielle n’est pas l’élection locale qui intègre le coefficient de proximité avec le leader ; avec des possibilités de connaître et de juger le député de la localité. Les dernières élections locales l’ont prouvé, car j’ai eu le vote des citoyens des autres partis. Simplement, parce qu’ils pensaient que je devais être l’édile et l’élu de Tambacounda. Aujourd’hui, je serais bien content si les ouvriers, les paysans, les travailleurs reconnaissaient en moi un de leur farouche défenseur et avocat.

Lors de la présidentielle du 25 février dernier, vous avez soutenu le candidat Robert Sagna, avec qui vous avez créé un courant au sein du Parti socialiste. Quelles sont les raisons de cette rupture avec votre désormais ex-camarades du parti ?

Il n’y a pas de rupture avec Robert. Il s’est trouvé que je me suis engagé avec Robert dans deux aventures. Nous avons fait la même analyse sur le fonctionnement du Ps ; aussi bien dans ses méthodes que dans le style de direction marqué par une gestion verticale très rigide et pas collégiale du tout. Et nous avons abouti à la création du courant « Démocratie et solidarité » le 4 janvier 2006. Nous avions espéré que les mécanismes de médiation, de conciliation et de discussion au sein du parti allaient reprendre et nous permettre de retrouver l’unité avant les élections 2007. Cela n’a pas été le cas. Devant cet échec, nous avons décidé de poser un acte fort qui puisse constituer une sorte d’électrochoc pour les socialistes afin que chacun comprenne que c’est ensemble que nous gagnerons. Et que si nous sommes divisés, nous avons peu de chance de passer. Nous n’avons pas eu le succès auquel nous espérions nous attendre. Car, nous ne sommes plus le deuxième parti du Sénégal.

La deuxième aventure, ce fut avec la présidentielle du 25 février dernier. Il s’agissait pour nous de donner d’autres messages au peuple sénégalais. Dans ce cadre, les prestations du candidat Robert Sagna ont été appréciées par les populations. Et, de manière globale, c’est la structuration de son discours et son argumentaire qui lui ont permis d’arriver en 5ème position devant des leaders qui sont là depuis 20 à 30 ans. Ce qu’il disait était important et, avait plein de sens pour le commun des mortels. Aujourd’hui, il faut comprendre que les Législatives sont des élections de structures. Elles concernent les transformations sociales pour faire entendre la voix du peuple dans les hémicycles. Ainsi, j’ai voulu me donner un instrument avec plus de liberté, où j’ai moins besoin de négocier les positions pour dire ce que je pense. Dès lors, ceux qui sont d’accord avec moi vont tenter l’aventure. S’agissant de Robert Sagna, c’était la candidature d’un homme face à son peuple. C’est parce que je lui ai trouvé suffisamment de qualités politique, intellectuelle et morale pour diriger le pays, que je suis allé avec lui. Actuellement, cette aventure est terminée et j’ai créé un parti qui est un instrument de transformation sociale.

Face à la conjoncture économique actuelle, quelles sont vos propositions pour un Sénégal meilleur ?

D’abord, c’est amener les hommes politiques à plus d’humilité. Les hommes politiques pensent détenir la vérité. Et le président Diouf lui-même disait que personne n’avait le monopole de la vérité. Aujourd’hui, il se trouve que les hommes politiques n’arrivent pas à faire leur mutation. Ce que nous voulons, c’est que l’on ne fasse plus de la politique politicienne. Nous voulons faire des propositions concrètes de transformations sociales qui vont dans le sens du développement du pays et de l’amélioration des conditions de vie et du cadre de production des populations.

M. Touré, vous êtes aussi le maire de Tambacounda. Dans la perspective des locales, est-ce que vous avez toujours les mêmes ambitions ?

Je développerai encore mes propositions pour les populations de Tambacounda qui me connaissent bien. Car, les locales sont des élections qui ont deux aspects qui sont importants. Ce sont des élections assez personnalisées. Les populations jugent les candidats parce qu’ils vivent avec eux au présent – et très souvent pas les candidats touristes. Elles apprécient pour sanctionner leurs comportements, mais aussi leurs capacités à défendre leurs intérêts, leurs problèmes, et à se mettre à leur service. Sans oublier qu’il faut faire preuve de disponibilité à leur égard. Et c’est de cette manière qu’elles vont apprécier, une fois aux urnes.


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