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Spéculation sur le prix du ciment : Les entrepreneurs au banc des accusés

Le constat est amer. Le ciment est rare. Les prix pratiqués sont trop élevés. Ainsi, le niveau de marges de distribution de ciment est passé de 2 100 F Cfa par tonne en décembre 2005 à 12 600 F en avril 2007. Et cette spéculation a atteint un niveau tel que les autorités étatiques ne pouvaient pas laisser cette situation perdurer. La réunion d’hier du Conseil national de la consommation consacrée au marché du ciment témoigne du degré de gravité de la question.

Source : Walfadjri
Présidée par le ministre du Commerce, de la Consommation et de l’Artisanat, la rencontre visait à amener les industriels, les commerçants, les associations de consommateurs, entre autres acteurs concernés présents, à chercher l’origine de la spéculation. Et ce sont des entreprises privées appelées aussi clientèle institutionnelle et bénéficiant d’un traitement spécial auprès des industries de production que sont la ‘Sococim’ et ‘Les Ciments du Sahel’ qui ont été mises à l’index par les commerçants. ‘Il ne faut pas chercher loin. Le problème se situe au niveau des entreprises. Les entrepreneurs font une importante commande de ciment dont ils ne consomment qu’une infime partie. Ils vendent cher le surplus de la commande devant les industries. La semaine dernière, j’avais dégagé 5 millions de francs pour acheter du ciment. Mais je n’ai pas pu le faire parce que les entrepreneurs vendaient la tonne à 72 000 F Cfa la tonne, alors que le prix normal est de 51 000 F Cfa la tonne hors taxe’, a révélé le grossiste Moussa Diop.

Une affirmation qui s’est avérée vraie parce qu’étant confirmée par un haut responsable de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois). ‘Cela fait maintenant plus de quinze jours que je n’ai pas encore reçu ma commande. Le ciment est vendu très cher parce qu’il est rare. Et ce sont les intermédiaires, c’est-à-dire les entreprises, qui en sont les spéculateurs. Si la distribution était seulement l’affaire des commerçants, nous n’en serions pas à ce niveau élevé du prix du ciment. Il faut donc éliminer du circuit les intermédiaires’, souligné Moustapha Diop qui a soutenu avoir travaillé pendant 30 ans avec la Sococim.

Surprenantes, ces informations ont été prises au sérieux par les associations de défense des consommateurs. ‘Les informations que vous venez de nous livrer, sont graves. Et la spéculation est d’autant plus grave qu’elle se fait devant les industriels. C’est comme si les spéculateurs sont en complicité avec les industriels. Maintenant, il faut que vous nous disiez qui sont ces entreprises que vous accusez d’être à l’origine de cette spéculation sur le prix du ciment. Il faut que nous les démasquions. Car c’est nous les consommateurs qui en sont les premières victimes’, s’est inquiété Me Massokhna Kâne, président de ‘Sos consommateurs’.

C’est le même sentiment d’inquiétude qui anime le président de l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen). ‘Il est inadmissible que l’on fasse des faveurs à des gens qui n’ont aucun dépôt de ciment au détriment des commerçants. Ce qui est grave, c’est que cette clientèle institutionnelle fait de la spéculation devant les industriels. Nous ne pouvons pas comprendre cette proximité-là’, a dénoncé Momar Ndao.

Mais les industriels ne sont pas restés passifs. Compte tenu de la gravité des accusations faites à leur égard, ils ont tenté tant bien que mal à apporter des éclairages. C’est le cas du représentant de la Sococim à la rencontre. ‘Les explications que je peux donner à la persistante flambée des prix, qui est entretenue sur le marché intérieur depuis plus de trois mois, sont simples. La première, c’est qu’il y a eu un arrêt temporaire de production à la Sococim en fin 2006 pour des raisons d’entretien des équipements. Ensuite, il y a les travaux des agences de l’Etat comme l’Agence nationale pour l’Organisation de la conférence islamique (Anoci) et l’Agence nationale de promotion des investissements et des travaux de l’Etat (Apix).

Enfin, il y a l’extension et la modernisation de certains centres urbains et ruraux comme Touba’, s’est défendu M. Guèye, directeur commercial de la Sococim.

Sur la question de la complicité avec les entrepreneurs, les industriels dégagent en touche.


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