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Quelle suite aux élections législatives – Par Mohamed Sall Sao-

Le risque est bien réel pour Macky Sall de ne pas obtenir, comme souhaité, un second mandat lors de la future élection présidentielle de 2019 – L’on semble en avoir bien conscience dans les allées du pouvoir et l’on cherche à rassurer les populations
 Les législatives sont derrière nous, qui ont vu la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) se retrouver avec 125 députés sur 165, soit 75% des sièges pour moins de 50 % de suffrages obtenus.

En dépit d’une telle victoire, obtenue à la faveur d’un mode de scrutin inique et au prix de nombreux dysfonctionnements, le risque est bien réel pour le chef de file de la coalition BBY de ne pas obtenir comme souhaité un second mandat lors de la future élection présidentielle de 2019. En effet, même si les deux échéances ne sont pas de même nature, la progression de la coalition au pouvoir lors de ces élections législatives n’est, avec un score de 1.544 740 voix, que de 177 148 voix par rapport au référendum de 2016 où le «oui» l’avait remporté avec 1.367 592 voix, alors que, dans le même temps, l’opposition réunie progressait de 800 000 voix.

Aussi, ne fait-il pas l’ombre d’un doute que le chef de l’Etat aura beaucoup de mal à combler le fossé susceptible de l’empêcher de se maintenir au pouvoir en 2019, quelles que soient les combinaisons politiciennes qu’il sera tenté de mettre en œuvre.

L’on semble en avoir bien conscience dans les allées du pouvoir et l’on cherche à rassurer les populations, en soutenant que, pour ce qui lui reste de son mandat, « il veut faire mieux que les années précédentes » sur le champ social. Mais pour significatives, utiles ou probantes que puissent être d’éventuelles réalisations dans ce domaine, elles ne suffiront certainement pas, d’ici la fin de son septennat, à effacer les insatisfactions et frustrations des populations découlant des promesses non tenues, faites avant, pendant et après son élection. Et ni les calculs politiciens, ni les tournées économiques, ni l’entretien et/ou la corruption d’une certaine clientèle, ni les appels du pied à l’occasion de cérémonies de présentation de condoléances, ni les achats de conscience ou de voix, ni les artifices juridiques ne devraient rien y faire, d’autant que les différentes crises et scissions intervenues au sein de bon nombre de formations alliées dans la coalition BBY vont mettre à mal une dynamique unitaire déjà bien éprouvée et obérer ainsi les chances du président-candidat. A moins qu’en raison de cet affaiblissement des partis alliés, il ne se tourne – avec succès – du côté de ses anciens frères libéraux ?…

De son côté, l’opposition traditionnelle semble avoir tiré les leçons de sa désunion lors de ces législatives en cherchant à réussir l’unité pour la prochaine échéance présidentielle, mais pour y arriver, elle devra lever au préalable certaines contraintes et conditions critiques relatives à la pluralité des candidatures annoncées ou pressenties, en contenant, au niveau d’une bonne partie des  formations qui la composent, les velléités de divers « présidentiables » et la surenchère qui en découle.

Dans le ferme objectif de battre en 2019 le président sortant, certains leaders de l’opposition en sont arrivés à interpeller « toutes celles et tous ceux qui se mobilisent autour des problématiques citoyennes » et à appeler à « une véritable introspection des élites politiques – tout au moins celles qui s’inscrivent dans une réelle dynamique d’opposition – et, plus globalement, de tous ceux qui revendiquent un point de vue différent sur la marche de notre pays ».

Selon un porte-parole de l’une des composantes de l’opposition : « Il ne peut plus y avoir que deux camps ; tous ceux qui faisaient dans le clair-obscur devront choisir leur camp sans tarder… pour aller méthodiquement et fermement vers un vaste front patriotique capable de restaurer les capacités de choix du peuple Sénégalais. Lorsque ces capacités seront restaurées, chacun pourra déployer son drapeau, étant entendu que la présidentielle est à deux tours ».

Pourtant, si l’opposition veut éviter « d’ouvrir la porte vers l’inconnu » (sic), en organisant la mobilisation de toutes les forces sociales et citoyennes pour exiger la transparence lors de ces prochaines échéances électorales, en vue de les remporter, il lui faudra taire ses divergences – notamment au niveau des partis émanant de l’ancienne famille libérale – et parvenir à une véritable unité d’actions, en commençant par s’entendre sur le nombre le plus réduit possible de candidatures présidentielles – et non de « drapeaux » – en raison du risque élevé de perdre cette élection du fait d’un émiettement des voix de l’électorat.

En effet, de la même manière qu’une éventuelle candidature unitaire de l’opposition – très hypothétique, du reste – serait risquée car faisant, de facto, de l’élection présidentielle un scrutin à un seul tour, une trop grande multiplicité de candidatures pourrait également avoir des effets pervers, voire contreproductifs, pour l’opposition.

C’est pourquoi les ardeurs de quelques candidats déclarés ou autoproclamés gagneraient à être tempérées d’ores et déjà, dans le cadre de consultations devant permettre de désigner quatre à cinq candidats au maximum. Mais, en tout état de cause, quelle que soit l’issue des supposés débats et arbitrages à venir entre les différents partis ou coalitions, il faudrait se convaincre que l’option d’une candidature plurielle limitée offre plus de chances d’amener au second tour le président sortant, en raison d’une plus faible atomisation de l’électorat.

Sur un autre plan, beaucoup de mouvements citoyens et organisations de la société civile ont, certes, des combats communs avec l’opposition, notamment en ce qui concerne la consolidation de la démocratie, le renforcement de la séparation des pouvoirs et la moralisation de la vie politique, mais si une frange de l’opposition – à tout le moins – ne parvient pas à intégrer le paradigme des nouvelles valeurs politiques prônées par ces diverses forces alternatives et à s’unir avec elles dans un partenariat gagnant, sans tentative de caporalisation d’aucune sorte, il y a fort à parier que celles-ci seront obligées d’être les « arbitres » des futures joutes électorales, en jouant leur propre partition.

Ces organisations, qui partagent peu ou prou les mêmes principes et valeurs en  politique et les mêmes idéaux de refondation de l’Etat, ont déjà posé les jalons d’une réflexion pouvant faire participer les populations à une nouvelle offre politique fondée sur l’éthique, la bonne  gouvernance et la satisfaction en priorité de leurs besoins essentiels. Leurs projets assumant la refondation des institutions de l’Etat, ainsi que des modes et pratiques de gouvernance politique, économique, sociale et culturelle, formulée par les Assises nationales et la Charte de gouvernance démocratique, de même qu’à travers les recommandations de la CNRI, il est certain qu’elles ne transigeront pas sur leur credo au nom de n’importe quelle nouvelle alternance.

Quoi qu’il en soit, gageons que, parmi les futurs candidats de l’opposition – qu’ils soient membres d’un parti politique, d’une coalition ou de la société civile et qu’ils aient été des acteurs des Assises nationales ou non – certains ne manqueront pas de déclarer s’inscrire dans cette logique, mais ils devront surtout disposer, à cet égard, d’un projet politique cohérent et crédible, adossé à une vision largement partagée.Quelle

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