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Tabaski : Comment les Sénégalais dégotent leur mouton

  • Date : 22 septembre 2015

Le foirail improvisé de Poste Thiaroye grouille de ses 310 moutons (venus de Fatick, Podor et Kayes) débarqués depuis vendredi. Les acheteurs sont venus de tous les coins de la capitale à la recherche de mouton à bas prix.

La somme de 70.000 francs passe d’une main à une autre et l’affaire est entendue entre le vieux Sow et Mamadou Bâ, berger et vendeur de moutons. La corde, achetée à 100 FCfa puis roulée autour du cou du bélier vient sceller une quête rondement menée par le vieux maraîcher : celle du mouton dont les bêlements troublent les nuits de certains pères de familles. Le mouton du sacrifice rituel est l’affaire d’une journée, celle de la Tabaski, mais le vieux Sow a fait sien l’adage qui dit qu’« il ne sert rien de courir, il faut partir à temps ». Maraîcher, le monsieur a patiemment épargné l’argent généré par les ventes de ses récoltes d’oignon. « J’ai économisé durant quatre campagnes et, au bout de huit mois, je suis parti tout déposer à la banque pour la fête » explique-t-il. Assez organisé, le maraîcher ne s’est pas embarqué dans d’interminables marchandages pour s’offrir une bête.  « Si on a 70.000 FCfa, il faut marchander un mouton raisonnable et ne pas convoiter un taureau » avance-t-il, pour réfuter toute idée de cherté des moutons.

D.M. est un acheteur qui n’a pas encore trouvé « son bélier ».  Depuis le matin, celui qui s’affaire dans le sablage des  bateaux fait la ronde des troupeaux, flanqué d’un vendeur de corde et d’un rabatteur. Ce dernier  use de tous les subterfuges pour le convaincre que la bonne affaire est le bélier qui se trouve sous ses yeux. Puis, la négociation aboutit à une impasse, il le guide encore vers un autre troupeau, avec cette fois-ci plus d’arguments. « Ce bélier-là, à 115.000 FCfa, je t’assure que tu peux rentrer et le revendre plus cher. C’est une bête de qualité », essaie-t-il de convaincre D. M. Il ignore certainement le capital de son interlocuteur. En fait, le marin avoue avoir fait une épargne mensuelle de 5 000 FCfa depuis une année, ce qui donne au total une somme de loin inférieure au prix des moutons qu’il convoite.

L’employeur providentiel
Un chef de confrérie raillait le salarié en affirmant qu’il n’y a pas plus infortuné que celui qui sait d’avance de quoi sa fortune sera faite demain.  Au moins, en  cette veille de Tabaski, l’infortuné fonctionnaire ou employé d’entreprise sera épargné du mauvais sang que se font certains « goorgoorlu » (débrouillards). Les avances sur salaire sont très pratiques, selon l’un des bénéficiaires, travailleur à Patisen, une entreprise de la place. « Les charges quotidiennes m’empêcheraient d’économiser pour la fête. S’il n’y avait pas d’avance… », clame B.D. L’homme vient de se payer  un mouton assez frêle pour 60.000 FCfa. Le seul spectre qui plane maintenant sur son budget est la retenue sur salaire mais, pour lui, l’essentiel, c’est la Tabaski, « Dieu veillera au reste ».
Un employé ayant souhaité garder l’anonymat a aussi pu compter sur la générosité de son employeur. Même s’il trouve que les moutons sont hors de prix, le salarié espère non seulement trouver la bête qui lui convient mais est aussi confiant sur l’équilibre de son budget, malgré le remboursement à venir. « Il suffit juste de bien s’organiser pour passer les fêtes », se convainc le père de famille.

Ces moutons « tombés du ciel »
L’une des bêtes les plus convoitées du foirail a été achetée par Oumar Guissé, ouvrier peintre. Le bonhomme a eu un chantier lucratif  venu au bon moment. Le bélier, payé à 200.000 FCfa et les autres frais afférents à la fête rentrent bien dans le budget du peintre. Plonger dans la ferveur de la fête sans crier  gare en épargnant ou en bénéficiant d’une avance sur salaire, c’est aussi le lot du couple Sylla, venu de Malika. Pour lui, la priorité, c’est la rentrée des classes. « Les enfants seront bien équipés, inch’Allah, pour l’école mais pour le mouton de Tabaski, nous avons dû colmater à gauche et à droite pour disposer d’une certaine somme », explique Mame Gor, le mari. Le couple fera aussi la ronde des différents troupeaux, avant de rentrer bredouille. Un vieil homme de teint clair et à la barbe propre, debout sur le trottoir bordant le foirail, attend un rabatteur qui s’est proposé de lui trouver le moyen de transport adéquat pour sa cargaison. Il s’agit de l’imam d’une mosquée du centre-ville. Le religieux bénéficie de la générosité d’un musulman établi en France qui a voulu décharger certains nécessiteux du fardeau de la Tabaski. « Un fidèle que je ne connais pas m’a envoyé 500.000 FCfa pour que j’achète des moutons à distribuer aux nécessiteux. J’en ai acheté huit en tout », informe le vieil homme.  Des moutons qui sont vraiment tombés du ciel.

Samba FAYE (stagiaire)

Des moutons à prix d’or à Bamako
A trois jours de la Tabaski qui sera célébrée après demain au Mali, le mouton se vend à prix d’or dans les marchés de Bamako, en dépit d’un bon approvisionnement des différents points de vente de la capitale. Sur les différents marchés, les prix des moutons varient, selon leur taille et leur poids, de 50.000 à 300 000 FCfa. C’est le constat fait au parc de moutons de Niamana, sur la route de Ségou à l’est de Bamako. « Le prix du mouton varie selon la qualité de l’animal », explique-Mamadou Guindo, un vendeur. Au parc de moutons de Faladiè, le constat est le même : les petits moutons sont cédés à partir de 50 000 FCfa et les prix montent en fonction de la prestance des bêtes. Pour le moment, les transactions sont rares. Les acheteurs viennent au compte-goutte. Cela s’explique, d’une part, par le fait que de nombreux fonctionnaires n’ont pas encore perçu leur salaire de ce mois. D’autre part, de nombreux clients attendent en misant sur une éventuelle baisse des prix lorsque les marchands seront obligés d’écouler les bêtes pour ne pas connaître de mévente.

APA

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