2 octobre, 2014
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TAMBACOUNDA- Ibrahima Doumbouya alias «Del Pathio» se confie : «Des détenus sont morts sous mes yeux… »

«Je m’appelle Ibrahima Doumbouya et je suis plus connu sous le nom de Del Pathio. Je suis natif de Tamba et j’ai 35 ans. Je tiens tout d’abord à préciser que les conditions de détention des détenus sont catastrophiques dans les prisons.

L’administration pénitentiaire, je ne connais pas leur budget, mais je sais que les détenus souffrent. D’abord, il y a l’abus de pouvoir, des tortures humaines, il y a beaucoup d’erreurs judiciaires et la corruption. La prison n’est pas facile.

Mon premier séjour en prison remonte en 2001, c’était à Tambacounda. J’ai été accusé d’agression sur une personne. J’ai purgé une peine de trois ans. J’ai fait un an, deux mois et dix-huit jours (444 jours) à la prison de Kaffrine avant de revenir à Tambacounda par le biais de l’ancien ministre de la Justice, Serigne Diop. Je suis sorti de prison en 2005.

Ce qui m’a valu une condamnation de 2 ans ferme. J’ai été transféré à la prison de Koutal, le 3 mars 2006. J’ai été élargi de prison par une grâce présidentielle. A Koutal, nous avons enregistré 13 cas de décès en prison en un mois, durant l’année 2007. Des décès liés à la mauvaise alimentation des pensionnaires de la prison, des hémorragies internes dues aux cas de torture et à la chaleur accablante qui y règne. A la prison de Bakel, c’est du pareil au même. D’ailleurs, j’ai été transféré à la prison de Bakel par le régisseur Bada Fall en 2008-2009. Mon transfèrement à Bakel est dû à une évasion qui s’était produite à la prison de Tambacounda. Un certain Kaly Boubane a été torturé à mort par des gardes pénitentiaires. Ce que j’avais dénoncé du fond de ma cellule. Il m’arrivait d’élever la voix contre cet acte odieux perpétré sur la personne de ce détenu. Kaly s’était évadé avant d’être repris, puis torturé à mort. Aussitôt, ils m’ont transféré à Bakel. Arrivée à Bakel, c’était plus dur avec la chaleur accablante qui y sévit.

Quelque temps après, je suis revenu à Tambacounda pour terminer ma peine. A Kaffrine, le scénario est similaire. A Tambacounda, il y a des chambres qui font 54, 57 détenus ; ce qui n’est pas normal. A Bakel, les chambres font 36 à 40 détenus. A Koutal, c’est le sommet, puisque c’est trois secteurs et les chambres font 60 détenus.

Je lance un appel au ministre de la Justice pour élargir les prisons. La prison devrait être un lieu de correction et non un lieu de torture. Quelqu’un qui subit des brimades, à sa sortie de prison, il devient rancunier. C’est mon cas, je vous jure que je suis très remonté contre la justice. J’ai beaucoup souffert et j’ai vu toutes sortes de maux dans les prisons. Des toilettes malsaines où il faut faire un rang pour y accéder.»

Gfm