Moustapha-Diakhate

TEMPS DE TRAVAIL, PERFORMANCES ÉCONOMIQUES… La réduction des fêtes n’est pas la panacée

Le député Moustapha Diakhaté, par ailleurs Président du groupe parlementaire de la majorité à l’Assemblée nationale, a lancé un débat fort intéressant portant sur la nécessité de réduire, selon lui, les fêtes pour améliorer nos performances de travail.
Il est parti du constat qu’il y a trop de fêtes, ce qui induit des effets négatifs sur nos performances économiques de pays à faibles revenus.

Une analyse juste mais qui, malheureusement, ne fait que surfer sur les vrais problèmes sans pour autant les aborder.

Il y a trop de fêtes au Sénégal. Et nous en convenons, avec Moustapha. Qu’on ne travaille pas assez, c’est une évidence. Toutefois, il est presque impossible de toucher, efficacement, au calendrier des fêtes ainsi établi. L’Etat l’eut-il fait, les populations trouveraient maintes formes d’excuses pour contourner les règles et observer leurs périodes de fête.
En somme, ce que nous voulons dire, c’est que le problème n’est pas forcément dans le nombre de fête sur nos us et coutumes.

L’absentéisme, les retards, les non-respects des horaires de travail, le laxisme, l’insouciance, le manque d’honnêteté vis-à-vis des employeurs, sont autant de tares qui oblitèrent nos efforts pour améliorer nos efforts de travail.

La preuve, des jours après la tabaski, la circulation reste fluide à Dakar. Nombre de personnes prennent leurs propres fêtes ou vont au travail en trainant les pieds.

Si on ajoute à ces tares le clientélisme et les passe-droits dans les formes de recrutement, créant des races de travailleurs devenus intouchables, on comprend bien que même si l’on augmentait les heures de travail, ce ne serait pas la solution.

Certes, on peut nous rétorquer que l’on ne vit pas pour travailler, mais on travaille pour vivre, mais il y a un minimum de rigueur dont il faut faire preuve pour espérer faire partie des Etats émergents.

Cette rigueur est presque absente chez nous. Certaines administrations publiques sont d’ailleurs des champions en matière de laxisme. Le statut de fonctionnaire offrant un statut et une garantie qui autorisent les uns et les autres à être peu exigeants avec eux-mêmes.

C’est dire que le débat sur la réduction du nombre des fêtes n’est, à notre avis, pertinent que s’il s’accompagne des mesures appropriées de reconversion des mentalités par l’instauration d’une discipline collective par le travail et la sensibilisation.

Il sera également de bon ton d’identifier, sans complaisance, tous les travailleurs modèles et les récompenser pour les offrir en exemple aux autres.
Mais, pour le moment, c’est la médiocrité qui est souvent récompensée. Il suffit de savoir être proche du patron, d’être un grand délateur, d’exceller dans le lobbysme pour être promu.

Apres avoir gagné la bataille de la méritocratie, il faudra aussi gager celle du culte de l’excellence par une concurrence saine entre travailleurs pour aboutir à des résultats probants.
Bien plus qu’une simple réduction des fêtes, il faudra aller vers un débat national sur certaines de nos réalités sociologiques qui nous empêchent de considérer le travail comme un sacerdoce.

La prolifération des professions de « politicien », de « marabout », de « coxeur », d’ « agents d’affaires », etc. en disent long sur le degré fainéantiste qui nous envahit et sur le fait que beaucoup croient qu’il faut des raccourcis pour réussir.

Dans ces conditions, comment croire au travail ?

Assane SAMB

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