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La tentation du journaliste indicateur de police (PAR JEAN MEISSA DIOP)

Un quidam aurait ouvert, à Dakar-Plateau, un affreux cabinet dentaire dans lequel il opérerait dans des conditions d’hygiène épouvantables. La source de la Rfm donne des détails, décrit ce cabinet lugubre, les conditions d’admission, le profil de l’arracheur de dents  (c’est vraiment le cas de le qualifier ainsi…)

Et l’animateur de l’émission de faits-divers, ‘‘Xalass’’, de la radio de donner des indications susceptibles d’aider la police à aller cueillir ce présumé faux toubib et  mettre fin à ses pratiques…

La radio devait-elle ou avait-elle à faire cela ? Ne devait-elle pas ? Des informations obtenues par un journaliste, lors d’un reportage, peuvent-elles être mises à la disposition de la police, sous prétexte de danger public ?

Un débat de toujours chez des journalistes qui ont eu à faire face à un dilemme d’ordre éthique et déontologique, à savoir une force majeure (ici, la sécurité de personnes humaines) doit-elle amener le journaliste à s’affranchir de la garde d’un secret professionnel ?

Un secret dont les chartes de sa profession (celles dite de Paris édictée en 1918 et celle de Munich de 1971) lui recommandent de ne jamais divulguer. Sous quelque urgence sécuritaire que ce soit ? Non, pas aussi intransigeant que cela, à notre avis. Quand la vie de personnes ou d’une personne dépend de la divulgation d’un secret professionnel…

Il est des situations où le journaliste mis devant ce dilemme cornélien doit apprécier ou, avant de le faire, demander l’avis de tiers de la même profession pour décider de la décision à prendre. Décision vitale, s’il en est.

Dans le cas du faux toubib de Dakar-Plateau, qui concurrence de manière déloyale en faisant pire que casser les tarifs des pratiquants, la gendarmerie et la police  (pour peu qu’elles aient écouté le ‘’Xalass’’ du 22 décembre 2017) ont quelques, mais précieux indices. Il ne leur reste qu’à user de leurs compétences pour localiser et retrouver le pratiquant illégal de la chirurgie dentaire.

Quoi qu’il en soit, la mise hors d’état de nuire de ce dangereux pratiquant devrait être une œuvre de salut public. Parce qu’ils sont accablants, au micro de la radio, les témoignages d’anciens patients victimes de l’étrange chirurgien dentaire.

Secret professionnel contre menaces sur la sécurité publique, de quel côté pencherait le journaliste ou son organe de presse ? Se taire alors qu’on peut sauver des personnes qu’une action des forces de sécurité peut mettre à l’abri du danger ? La charte de déontologie recommande au journaliste de ne pas confondre son travail avec celui de policier et surtout de ne pas collaborer avec la police en enquête.

Alors responsable d’une publication, votre serviteur a eu à recevoir la demande de conseil d’un journaliste à qui la police proposait un ‘’échange d’informations’’  (sic) en vue du démantèlement d’un gang sur lequel un article du journaliste avait donné des indices susceptibles de mettre fin aux agissements des malfaiteurs. ‘’Ne fais pas cela’’, lui avions-nous répondu, tu aurais l’air d’un indicateur de police.

Certes, l’enjeu est la sécurité des personnes et des biens, mais si la question doit se poser en termes d’’’échange d’informations’’  entre  des policiers et un journaliste, elle soulèverait des problèmes de morale professionnelle.

Non point tant pour les policiers (qui n’ont peut-être pas le débat de conscience du même ordre) que pour le journaliste. Et d’autres membres de la rédaction, auxquels s’était élargi le débat sur la question, eurent la même réponse. Et l’affaire en resta là… Jusqu’à preuve du contraire.

Et que serait la contrepartie de la police dans cet ‘’échange d’informations‘’ avec un journaliste ? A ce dernier, des chefs policiers (sans doute le service de la sûreté urbaine) communiqueraient des informations sur d’importantes opérations que la police a eu à mener et qui peuvent être des scoops pour le journaliste et son journal.

L’offre est fort tentante, aux oreilles de tel journaliste soucieux d’avoir son exclusivité par tous les moyens, mais dangereuse, si le journaliste joue au délateur, puisque c’est dans ce rôle qu’il devrait désormais apparaître, que cela soit découvert ou pas. Dans ce cas de figure, la fin ne doit jamais justifier les moyens.

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