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TERRORISME- Le Sénégal n’est pas en guerre

  • Date: 23 novembre 2015

Les déclarations de guerre se multiplient contre le terrorisme. Après les États-Unis en 2011, c’est la France qui se dit, aujourd`hui, en guerre après le carnage du  Bataclan. Le Mali qui vient encore d’être attaqué au cœur de Bamako avec de nombreuses pertes  en vies humaines dont un Sénégalais, ne pense pas autrement après avoir décrété l’État d’urgence pour 10 jours. L’ennemie rôde partout mais reste invisible. Quand il apparait au grand jour, c’est presque trop tard. Il ne reste qu’à réparer les dégâts. Ces dégâts, les Français, les Espagnols, les Américains, les Allemands, les Russes, les Somaliens, les Nigérians, les Tchadiens et bien d’autres peuples ne cessent de les subir. Avec  des centaines de morts, des innocents qui se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. En général, ni bourreaux, ni victimes ne se connaissent. Leurs motivations sont tout aussi diverses avec une désinvolture déconcertante, par moments. Les motivations des groupes extrémistes tchétchènes n’ont rien à voir avec celles de l’Etat islamique Daesh ou de Boko Haram. L’Islam brandit n’est qu’un prétexte de guerre quand on sait que ceux qui sont estampillés « islamistes » tuent plus de musulmans que de non-musulmans.

C’est dire que le « péril rouge » et le « péril jaune » ont laissé la place au « péril vert ». Avec une préoccupation supplémentaire pour tous : Comment faire la guerre à une tactique. Car, le terrorisme n’est qu’une tactique pour des groupes dont les membres ne sont pas en général tous connus. N’importe qui peut alors être qualifié de terroriste ou s’improviser comme tel. Au point d’ailleurs que le concept soit galvaudé à loisir. Les derniers putschistes burkinabais n’ont-ils pas été qualifiés de tels par l’Union africaine ? Le Hamas n’est-il pas qualifié de groupe terroriste par Israël ? Nous avons là un concept à la mode qui, même s’il traduit un terrible réaliste, cache pas mal d’incertitudes : Qui sont les terroristes ? Quelles sont leurs motivations ? Comment lutter contre ce phénomène ? Comment faire la guerre à des gens qui, à la limite, désirent se faire tuer? Des incertitudes par rapport auxquelles personne n’est assez bien préparé. La preuve, les États qui sont censés être les mieux armés sont les plus frappés : Les Usa, la France, la Russie, etc.

Alors, devrons-nous au Sénégal parler comme si nous étions, nous aussi, en guerre ? Absolument pas. Certes, le terrorisme n’épargne personne. Certes, aucun État n’est à l’abri. Mais nous ne pouvons pas pour autant nous mettre à parler du terrorisme comme si nous étions attaqués. Ou comme si nous voulons entrer en guerre. Il faut des proportions raisonnables à toute communication notamment celle qui porte sur des informations aussi sensibles. Le secret d’État existe. Il en est de même du secret défense. On ne peut pas parler de tout sur la place publique au rythme de revues de presse folkloriques.

Bien entendu, nous regrettons ce qui s’est passé en France, au Mali ou dans bien d’autres États. Mais cela ne nous met pas pourtant dans une posture de peuple agressé par des barbus ou des femmes en burqa dont nous prônons l’interdiction. Cette overdose de communication constatée depuis quelques semaines est une façon malheureuse d’attirer l’attention sur notre pays et d’entretenir la psychose. D’autant plus que nous ne pensons pas que nous le faisons pour des questions de menace imminente. Le désir d’être solidaire avec la France n’explique pas tout. Car, est-il besoin de le rappeler, le terrorisme se nourrit de communication. C’est sa fusée porteuse. Sans communication, aucun terroriste n’aura envie de sauter avec sa bombe, si c’est pour se faire ignorer et oublier par la suite.

Du coup, en procédant par des interdictions, des stigmatisations, on aboutira au résultat contraire de celui escompté : la radicalisation. Les groupes ciblés existent depuis belle lurette au Sénégal. Ils n’ont jamais fait de tort à personne. Ils peuvent être contre la manière des soufis à pratiquer l’Islam ; ils peuvent s’habiller différemment et laisser pousser la barbe, mais cela ne fait pas systématiquement d’eux de potentiels terroristes. Mieux, des Imams peuvent être durs dans leurs prêches, à l’image du regretté Imam Ndour de Thiès, mais cela ne fait pas d’eux des terroristes.

Qui plus s’est avéré que cette méthode de la prévention-répression développée sous Bush a montré ses limites.  Ben Laden a été tué, Al Qaeda affaibli, mais Daesh est né, beaucoup plus dangereux. Cette organisation n’aurait jamais vu le jour et prospérer de la sorte, si Saddam n’avait pas été tué, Kadhafi assassiné et Bachar Al Assad affaibli.

Pis, le « tout sécuritaire » a abouti à Guantanamo. C’est-à-dire à une violation grave des libertés individuelles, le credo sur lequel reposent les démocraties occidentales. Faire la guerre classique à un groupe terroriste équivaudrait  à jeter une pierre dans une niche d’abeilles. Les stratégies militaires ont montré leurs limites au Nigeria, au Cameroun, au Tchad et partout dans le monde. Il faudra d’autres approches bien adaptées aux groupes qui agissent pour diverses raisons. C’est ce que reconnait clairement le chef d’État-major de l’Armée française, Pierre de Villiers, dans un entretien avec la presse, ce dimanche 22 novembre, en affirmant que « tout le monde sait au final que ce conflit (avec Daesh) sera réglé par la voie diplomatique et politique ».

C’est dire que le Sénégal est fondé à peaufiner ses stratégies de prévention et de riposte en cas d’attaque, mais cela ne l’autorise pas à multiplier les déclarations de guerre contre un ennemi à la fois puissant et invisible. Nous importons tellement de choses de la France que nous avons tendance à faire de même de leurs préoccupations du moment. Heureusement que l’Ambassadeur de ce pays ami, Jean-Félix Paganon, a été obligé de recadrer les choses pour dire « qu’aucune menace spécifique ne pèse sur le Sénégal ». Histoire de nous dire une vérité simple : Le Sénégal n’est pas en guerre. Le sens de la mesure, c’est ce qui nous manque parfois. Et c’est dommage que la leçon vienne encore de la France.

 Abdoulaye Diop

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