Confidences

Thierno Bocoum, chargé de communication de Rewmi : «Avec nos maigres ressources, on fête beaucoup et on politise à tout va»

  • Date : 2 octobre 2015

Thierno Bocoum, chargé de communication du parti Rewmi et député à l’Assemblée nationale, est d’avis qu’au Sénégal, avec nos maigres ressources, on fête beaucoup et on politise tout. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, il signale que l’évaluation d’une bonne politique doit s’accentuer sur les stratégies à mettre en œuvre pour mettre le pays sur les rails du développement. Arguant qu’aujourd’hui, une pose de première pierre nous coûte cher, pareil pour l’inauguration d’un édifice. Il est également revenu sur la marche du Plan Sénégal émergeant (Pse) et le mandat présidentiel. Non sans demander que les responsabilités soient situées à propos de la bousculade de Mouna, plaidant pour la tenue d’une enquête impartiale.

Cela s’est très bien passé. En Italie, en compagnie du chargé de la diaspora, le maire Pape Bassirou Diop, nous avons rencontré nos compatriotes, enregistré des adhésions dans notre parti. Nous avons présidé un meeting à Reggio Emilia organisé par la section Rewmi dirigée par Madame Dramé. Nous avons aussi été à l’écoute des préoccupations de nos compatriotes sénégalais de l’extérieur qui vivent parfois des difficultés liées à leur posture d’émigrés. En France, beaucoup d’activités de massification et de persuasion ont été effectuées. Nous avons profité de l’occasion pour nous rendre à la rue Myrha pour présenter nos condoléances suite à la disparition de huit Sénégalais dans un incendie. Nous avons aussi participé à la Commémoration du naufrage du Joola en présence du Cardinal Théodore Adrien Sarr.

Vous avez vécu les événements de la bousculade à la Mecque loin du Sénégal. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Tout d’abord, nous présentons nos condoléances aux familles éplorées. Qu’Allah accueille les victimes dans son paradis céleste. Nous nous solidarisons aussi aux familles qui n’ont, pour l’instant, aucune nouvelle de leurs parents. Cette situation est regretta- ble. Le deuil national décrété par le Président de la République est une bonne chose, mais, c’est un arbre qui cache la forêt. L’Etat doit se doter les moyens de retrouver les cinquante-deux portés disparus, d’édifier les familles.
On ne peut pas, pour un drame de cette envergure, n’avoir comme interlocuteur qu’une Commission dépassée par les événements et dépourvue de ressources humaines suffisantes et de qualité pour faire face au barrage linguistique et à la largesse du champ d’investigation. Le Gouvernement Macky Sall a été très prolixe et très présent pour défendre l’envoi de nos soldats en Arabie Saoudite, mais, pour ce qui est de nos morts et nos disparus dans la Ville Sainte, il est aux abonnés absents. C’est inadmissible et honteux. D’autres pays, moins nantis, ont réussi à boucler cette affaire et à afficher les noms des victimes. Dans notre pays, c’est la cacophonie, le manque de sérieux, face à la gravité de la situation.

Et pour ce qui est des raisons de la bousculade ?

Ce n’est pas parce que cela s’est passé à la Mecque qu’on doit mettre tout sur le dos de Dieu. Il faudra situer les responsabilités. La mort de près d’un millier de citoyens du monde ne doit pas passer pour perte et profit. Et qu’on ne s’empresse pas de nous parler d’indemnisation. L’argent ne règle pas tout. Il faudra qu’on nous dise ce qui s’est passé. Que les fautifs soient sanction- nés, le cas échéant. La Mecque est sa- crée pour nous, les musulmans. Il ne faut pas que l’amateurisme dans l’organisation puisse prospérer, parce que, ce n’est pas un lieu à boycotter. Ceux qui gèrent le pèlerinage doivent savoir qu’ils gèrent une pratique recommandée à tous les musulmans du monde. Une enquête impartiale doit être diligentée pour apporter la lumière sur cette question et faire en sorte que de telles choses ne se reproduisent plus jamais.

Vos critiques sont de plus en plus acerbes envers le régime de Macky Sall. Qu’est ce qui justifie vos positions radicales ?

Ce n’est pas une question de personne ou de régime. Nous devons être intransigeants sur les questions de principe. Le Sénégal a perdu beaucoup de temps pour son envol économique, et est aujourd’hui en train d’être rattrapé en ce qui concerne l’organisation, la méthode, les acquis démocratiques et la sauvegarde des libertés. Le peuple peut avoir la malchance de tomber sur une équipe qui peine à trouver son chemin. Pour cela, il faudra attendre les prochaines élections pour sanctionner.
Mais, ce même peuple ne peut et ne doit accepter que l’on étale tous les jours de l’amateurisme sur des questions sérieuses, qu’on revienne sur des acquis démocratiques. Ce peuple ne peut accepter que l’on confisque les libertés. Ce peuple ne peut accepter qu’on lui cache la vérité. Nous assumons en toute circonstance et en toute responsabilité notre rôle de relais du peuple. Nous sommes en droit de tirer la sonnette d’alarme quand il le faut. Le régime actuel ne nous donne pas beaucoup de choix.

Est-ce à dire que tout ce que fait le pouvoir est mauvais ? Est ce qu’il n’y a pas des efforts à saluer ?

Tout ce que fait le pouvoir ne peut pas être mauvais. Seulement, il ne faut pas être dans une logique simpliste de présentation d’un bilan. Fêter un investissement que les recettes du pays couvrent amplement, c’est s’auto-glorifier sur un non-événement. Quand il faut ramasser, se courber n’est pas un acte de haute portée. N’importe quelle personne valide peut s’acquitter de la tâche. L’évaluation d’une bonne politique doit s’accentuer sur les stratégies à mettre en œuvre pour mettre le pays sur les rails du développement. Et, ces stratégies doivent être conformes à la réalité économique et sociale du pays.
Aujourd’hui, une pose de première pierre nous coûte cher, pareil pour l’inauguration d’un édifice. Avec nos maigres ressources, on fête beaucoup et on politise à tout va, alors que les urgences attendent. Le Programme d’urgence développement communautaire (Pudc) du Président Macky Sall est un aveu de taille. Pendant trois ans, on a fêté des détails et des urgences ont été ignorées.
Quand les populations de Guanguel Maka Mboudi dans le Fouta boivent de l’eau du marigot et qu’on trouve l’urgence de les se- courir trois ans après l’accession au pouvoir du Président, c’est parce qu’on s’est assis pendant trop longtemps sur les promesses du candidat qui a déclaré avoir fait trois fois le tour du Sénégal et qui disait vouloir soulager les populations.

Il semble de plus en plus que l’Apr soit pour la tenue de la Présidentielle en 2019. Quel est votre avis sur la réduction du mandat présidentiel ?

Le respect de la parole donnée est sacré. Nous ne pouvons pas badiner sur cela sous prétexte que nous sommes en politique. Le Président de la République n’a pas le droit d’alimenter la crise des valeurs et de faire douter le peuple sur la possibilité de faire émerger les principes et les valeurs au détriment d’intérêts bassement politiciens. Il s’y ajoute qu’aucun obstacle légal ne peut s’opposer à sa décision de passer par la voie référendaire qui est une voie royale et qui fait intervenir directement le peuple. Ni le Conseil constitutionnel ni aucune autre juridiction ne peut s’opposer à la volonté du peuple. Nous attendons qu’il respecte sa promesse.

Le Pse peut-il conduire le Sénégal vers l’émergence ?

C’est ce que nous espérons. Il faut dire que c’est un plan qui devra être suivi et évalué sur une longue période de 25 ans. Cela veut dire que cela va transcender le magistère du Président Macky Sall. Donc, il faudra s’atteler à ce que les premières mesures ne plombent pas la suite du programme. Il faudra faire attention sur les équilibres macroéconomiques qui doivent porter le Plan Sénégal émergent (Pse). Il faudra que les investissements publics soient orientés dans des domaines porteurs et ainsi nous permettre d’avoir des capitaux et de pouvoir supporter la dette. Aujourd’hui, d’après un rapport de la Banque mondiale, 40% des investissements publics ne permettent pas au Sénégal d’avoir des capitaux. Ce qui est inquiétant. Il faudra renforcer et soutenir le secteur privé national et lui permettre de contribuer pleinement au Partenariat pu- blic-privé (Ppp).
Ce qui n’est pas le cas actuellement, compte tenu de la faiblesse du secteur. Il faudra aussi élargir l’assiette fiscale et soulager les entreprises qui supportent un poids assez important qui leur empêche de se développer et de recruter. L’impôt sur les sociétés au Sénégal est de 30% et n’est supporté que par quelques entreprises au moment où dans la sous-région, c’est 25%. Il faudra soutenir et encourager l’initiative privée à travers les Petites et moyennes entreprises (Pme) et les Petites et moyennes industries (Pmi). Il faudra une économie qui compte sur des performances locales. Il y a du boulot. Le Pse a besoin d’un environnement propice à son application. Le document, seul, ne nous fera pas avancé.

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