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Transport aérien Ram « décroche » sur le ciel du Sénégal

Alors que RAM a affiché son ambition de s’adjuger 51% de Air Sénégal SA, le Sénégal a joué le repli en forçant le trait sur la préférence nationale. Un avant-goût de ce qui attend les ambitions marocaines en Afrique de l’Ouest, une région considérée naïvement comme acquise. 

«Ne nous trompons pas, la clé de la réussite d’une aventure industrielle comme celle-ci, c’est la solidité d’engagement du gouvernement. Les 100% du capital sont détenus par la Caisse de dépôts et de consignations. Il reste 17 milliards à libérer. On ouvre les fonds, mais en conservant notre autonomie stratégique. Il n’est absolument pas question de laisser entrer un investisseur qui prendrait 51% de l’entreprise. J’appelle de mes vœux le privé national». Les paroles sont celles de Philippe Bohn. À 55 ans, ce monsieur Afrique d’Airbus maîtrise bien son sujet et constitue la force de frappe du Sénégal qui veut lancer une compagnie nationale, Air Sénégal SA, qui démarrera son premier vol commercial. L’enjeu est clair : devenir le transporteur principale de voyageurs et du fret provenant de l’Afrique de l’Ouest et vers l’Europe (Italie, France), le Moyen-Orient (EAU) et les États-Unis. Une affaire juteuse qui fait saliver la RAM qui aurait exprimé son intention d’acquérir 51% de la compagnie naissante. Objectif : Utiliser Dakar en tant que grand hub pour capter le trafic du Sénégal et la sous-région pour l’acheminer depuis le hub de Casablanca vers le Moyen-Orient, l’Europe ou les États-Unis. Mais c’est sans compter sur Philippe Bohn et avant lui le président Macky Sall himself.

Les ambitions aériennes de Macky Sall

On rembobine. En 2003, RAM détenait 51% d’Air Sénégal International (ASI) contre 49% pour l’État sénégalais. Or, ce mariage s’avère malheureux pour les deux partenaires en raison de divergences stratégiques. D’un côté, la compagnie marocaine pousse la logique du profit jusqu’au paroxysme, de l’autre, l’État sénégalais qui a le sentiment de servir de pompe à fric. Au final, Air Sénégal International est condamné à l’atterrissage forcé et les deux partenaires mettront des années à discuter de qui va payer l’ardoise des 91,5 millions d’euros de déficit résultant de cet échec. Pour mettre sur orbite Air Sénégal SA, Macky Sall fait preuve d’audace en faisant appel à Philippe Bohn. Au niveau de la symbolique, ce dernier représente un retour de la funeste France-Afrique en raison du management Franco-français qui va diriger la compagnie, indique les médias sénégalais.  Pour forcer le trait, Macky Sall écarte les cadors de l’aérien sénégalais, dont les commandants Malick Tall et Thierno Niane. Ce dernier occupera désormais le poste de directeur général de la Caisse de dépôt et consignations qui détient 100% de la compagnie naissante. En clair, Macky Sall veut une compagnie gérée de main de fer avec des outils modernes, loin des manœuvres abscons de politiciens. Cet «échec» de RAM représente un crash test pour l’offensive des entreprises marocaines sur l’Afrique, qui doivent se décider de faire les réglages nécessaires et décider soit d’être partenaires ou maîtres du jeu au risque de subir des revers.

leseco.ma

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