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Trente-six ans après Sartre, Simone de Beauvoir intègre la Pléiade

La prestigieuse collection de la Pléiade publie les cinq livres de mémoires de Simone de Beauvoir. Le Deuxième Sexe, le livre-manifeste du mouvement féministe, et son roman Les Mandarins, prix Goncourt 1954, n’ont en revanche pas été retenus.

La Pléiade honore les œuvres de Simone de Beauvoir, 36 ans après l’entrée de Sartre dans la collection. Les mémoires de Simone de Beauvoir, publiés en deux volumes, paraissent jeudi 17 mai dans la prestigieuse collection de la maison Gallimard.

On y trouve les cinq  tomes des mémoires rédigés par l’écrivain : « Mémoires d’une jeune fille rangée » (1958), « La force de l’âge » (1960), « La force des choses » (1963), « Tout compte fait » (1972) et « La cérémonie des adieux » (1981), livre terrible sur les dernières années de Jean-Paul Sartre (disparu en 1980). Les éditeurs ont ajouté à l’ensemble « Une mort très douce » (1964), témoignage sur la disparition de sa mère. Le Deuxième Sexe paru en 1949, le livre-manifeste du mouvement féministe, et son roman Les Mandarins, prix Goncourt 1954, n’ont en revanche pas été retenus.

« Si le projet d’écrire sa vie lui est d’abord apparu comme un détour, il est toutefois progressivement devenu la voie royale empruntée par son œuvre », expliquent Jean-Louis Jeannelle et Eliane Lecarme-Tabone qui ont dirigé cette édition.

Simone de Beauvoir (1908-1986) entrait dans sa cinquantième année quand elle a commencé à écrire « Mémoires d’une jeune fille rangée », histoire de l’émancipation, au début du XXe siècle, d’une jeune femme issue d’une famille bourgeoise parisienne, aimante et cultivée, mais horriblement conformiste à ses yeux.

Comptant parmi les œuvres les plus connues de l’écrivaine, ce texte est aussi l’un des plus émouvants écrit par une auteure parfois accusée de manquer d’empathie. Le portrait de son amie « Zaza » (Elisabeth Lacoin), sa sœur spirituelle, foudroyée en novembre 1929 à l’âge de 21 ans, demeure un des textes les plus poignants sur l’amitié.

« Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j’avais payé ma liberté de sa mort », écrit avec une certaine dureté vis-à-vis d’elle-même Simone de Beauvoir.

C’est également dans ce livre qu’on apprend pourquoi Sartre la surnommait « le Castor ». C’est un ami d’études commun, René Maheu, qui en eut l’idée en jouant de l’homophonie de Beauvoir et Beaver (« castor » en anglais).

« J’ai été flouée »

Si le style de Simon de Beauvoir était décrié à l’époque à cause d’une prétendue sécheresse, il apparaît aujourd’hui d’une modernité stupéfiante et d’une grande sincérité.

Ainsi, dans « La force de l’âge », qui revient sur les années 1930-1944, Sartre (un temps prisonnier de guerre) et Beauvoir apparaissent davantage comme des « spectateurs » passifs de l’actualité plutôt que des acteurs engagés dans la lutte contre l’occupant ou le régime de Vichy.

Tout au plus, Beauvoir indique écouter la BBC, fréquente Le Flore (car il est chauffé!), fait « des fiestas » (avec Michel Leiris notamment) et part à la montagne en hiver.

« Un matin, je trouvai le magasin de sport où je faisais farter mes skis sens dessus dessous : la nuit des maquisards l’avaient mis à sac », s’étonne la romancière qui constate « les maquisards faisaient la loi à Morzine (station de ski des Alpes françaises, NDLR) ».

Quand Simone de Beauvoir évoque dans « La force des choses » les désillusions de la libération, les promesses non tenues des guerres anticolonialistes, il y a entre les lignes un grand désenchantement . »Je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée », écrit-elle.

 

Concernant le couple singulier qu’elle forma avec Sartre, la romancière (qui passe sous silence les relations amoureuses qu’elle noua avec certaines de ses anciennes élèves) évoque en revanche sa liaison avec l’Américain Nelson Algren puis avec Claude Lanzmann.

« La présence de Lanzmann auprès de moi me délivra de mon âge », écrit-elle joliment en évoquant sa relation avec le cinéaste alors qu’il avait 27 ans et elle 44.

Quant à Sartre, elle dresse le bilan de leur vie pas si commune à la fin de « La cérémonie des adieux ». « Sa mort nous sépare. Ma mort ne nous réunira pas. C’est ainsi ; il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s’accorder ».

Avec AFP

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