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Valérie, mère de Léa, partie à 16 ans en Syrie : « Je n’ai rien vu »

Une personne radicalisée sur deux en France est un converti et 40 % d’entre elles sont des femmes, révèle le site gouvernemental stop-jihadisme, dont le but est de « lutter contre la menace terroriste ». Léa de Boisrolin, partie en Syrie en 2013, est de celles-là. Son profil est tristement entré dans les statistiques alors qu’elle n’avait que 16 ans.

Depuis, sa maman, Valérie de Boisrolin, tente de conserver un lien fragile avec sa fille, via sa messagerie MSN. Une à deux fois par mois, elle reçoit de ses nouvelles. De sa nouvelle vie, elle ne connaît pas grand-chose. Léa est aujourd’hui la maman d’un petit garçon et vit reclue dans un appartement des environs d’Alep, auprès de son mari. Une vie sans grande distraction, austère, loin de l’existence douce et joyeuse qu’elle menait en France, à Noisy-le-Grand.

« C’était une jeune fille assez grande, élancée, très belle et gentille avec du caractère, qui était pleine de vie. Une enfant sans problème avec qui je me suis rarement disputée », se souvient Valérie, qui parle désormais de sa fille au passé.

L’inconcevable

De sa radicalisation, ses parents n’ont rien vu venir. « Rien, rien, rien, je n’ai rien vu », insiste-t-elle auprès de France 24, comme pour souligner l’absurdité de la situation. « Elle faisait partie de ces personnes radicalisées qui menaient une double vie. Je n’ai appris qu’après coup qu’elle s’était convertie. » Deux jours avant son départ, Léa laisse toutefois paraître quelques signes de changements : « Elle avait délaissé ses tenues près du corps pour des vêtements amples et ne se maquillait plus, ne s’épilait plus ». Autant d’indices que sa mère ne relève pas sur le coup. « À l’époque, on ne parlait pas encore beaucoup de radicalisation ». Et Léa n’entre pas dans l’image que Valérie se fait du jeune radicalisé : « Elle était scolarisée dans une école catholique, habitait dans un quartier pavillonnaire de Noisy-le-Grand (en Seine-Saint-Denis) avec une famille normale, catholique non pratiquante, tolérante, dans laquelle le dialogue a toujours été ouvert. »

Puis, le 5 juin 2013, Léa fuit le foyer famillial avec son petit copain, sans prévenir sa famille. « Nous avons alors fait une déclaration à la police et tout fait pour la retrouver, j’ai même engagé un détective privé », raconte la maman. Ce n’est que le 12 novembre que les parents de Léa découvrent sur MSN un message laconique de leur fille : « Je suis partie vivre à l’étranger dans un pays en guerre ». Valérie de Boisrolin, qui se trouve au travail au moment où elle découvre le message de sa fille, manque de tomber de sa chaise, victime d’un « coup de massue ». Elle raconte son histoire dans un livre, « Embrigadée » (Les presse de la cité), paru en septembre 2015.


L’espoir d’un retour

Valérie de Boisrolin n’en démord pas. « Jamais ma fille ne serait partie seule en Syrie, elle a été entraînée par son petit copain, un Français musulman qui ne m’est jamais revenu ». Lors de sa première entrevue avec le jeune homme, il refuse de lui serrer la main et ne fait aucun effort pour se montrer sympathique. « Lorsque l’on a un comportement normal, on essaie quand même de se mettre la belle-mère dans la poche », confesse-t-elle dans un sourire. Désormais, c’est elle qui ne veut plus fournir d’effort vis-à-vis de lui : « Pour moi, il n’existe pas, il n’est rien, je ne veux rien savoir de lui ». Pourtant, sentiment contradictoire, elle ne voudrait pas non plus que sa fille se retrouve seule, veuve, dans un pays en proie au chaos depuis bientôt cinq ans.

Aujourd’hui, elle continue de recevoir des messages réguliers de sa fille. Après les attentats de Paris du 13 novembre, Léa a envoyé plusieurs messages emprunts d’inquiétude à ses parents pour s’assurer que les siens étaient toujours en vie. Sans jamais évoquer l’actualité. « Je ne commente jamais les informations avec ma fille car je ne veux pas prendre le risque de couper les ponts ».

« Malgré eux », le nouveau combat

Malgré les contacts qu’elle entretient, Valérie de Boisrolin ne croit plus au retour de sa fille en France. « Je sais qu’elle ne reviendra plus, c’est impossible. Je n’essaie même pas de la convaincre, c’est peine perdue », avoue-t-elle impuissante. « C’est une prise de conscience qui doit passer par ceux qui sont partis ». La maman ne peut toutefois pas s’empêcher de garder, dans un petit coin de son esprit, l’espoir de revoir un jour sa fille.

En attendant un retour plus qu’incertain, la mère de Léa déploie toute son énergie dans l’association qu’elle a créée, « Malgré eux », qui vient en aide aux parents dont les enfants sont partis en Syrie. « Je me sens véritablement investie d’une mission. Je vis avec ma souffrance et combats ces gens sans armes avec cette association ». L’association organise des groupes de parole, aide les parents dans les démarches administratives et prévoit même la sortie d’une BD à destination des jeunes pour alerter sur les dangers de la radicalisation.

Au milieu de sa tristesse de mère, Valérie de Boisrolin nourrit d’autres regrets. « Il est malheureux qu’il ait fallu le drame du 13 novembre pour que la France prenne enfin le problème de la radicalisation au sérieux. On aurait pu prendre certaines décisions bien avant les attentats. On pourrait même aller plus loin dans les initiatives. Car j’en suis la preuve, ce qui m’est arrivé peut arriver à tout le monde ».

France24

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