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Vatican après l’Ere Benoît XVI : Une rupture avec le style pontifical très stéréotypé

En sept mois, le souverain pontife a imprimé un véritable tournant à l’Eglise catholique. Cette amorce de renouveau augure-t-elle des réformes structurelles ? Des dossiers figés depuis des décennies vont-ils être réouverts?

Avec le Pape François, ceux qui regrettaient l’élection, de nouveau, d’un septuagénaire en ont pour leurs frais : il ne cesse de surprendre depuis sept mois. Alors qu’il n’y a cri, ni annonce ni décision spectaculaire, il a déjà imprimé un véritable tournant dans l’Eglise catholique. En piteux état au début de l’année, affaiblie par les scandales, donnant une image atterrante d’elle-même. L’Eglise semble de nouveau se porter (presque) comme un charme et vivre une sorte de printemps catholique, dans l’attente de réformes au sommet et peut-être d’ouvertures sur des dossiers figés depuis des décennies, qui occupent les conversations et nourrissent les ressentiments contre elle (mariage pour les prêtres, prêtrise pour les femmes, utilisation du préservatif, accès des divorcés remariés à la communion…). Quels sont exactement les raisons ou les secrets du succès de François, qui a immédiatement rencontré l’assentiment de la majorité des catholiques et aussi des non catholiques, mais qui pourrait être plus fragile, plus exposé à l’adversité qu’on ne le croit ?

Différence de styles

Certes, il continue de porter la soutane blanche, mais il a remplacé les chaussures (et les chaussettes…) rouges par des noires, et fait sentir ouvertement que le folklore qui entoure sa personne et l’étiquette de cour venue des monarchies du XVIIIe siècle n’intéressent pas l’ancien évêque de Buenos Aires, (lui logeait dans un appartement modeste de la capitale Argentine (a fortiori n’a-t-il rien à faire des dentelles anciennes, brodées main, qu’affectionnait son prédécesseur…). C’est peu, et pourtant c’est une rupture, dont certains dans l‘Eglise lui font déjà reproche. Plus significatif : son refus d’aller occuper ses appartements pontificaux au Vatican. Il a préféré rester juste à côté, dans la maison Sainte-Marthe, où il avait pris pension avant et pendant le conclave. Le motif qu’il donne de cet écart n’est, pas comme on pourrait le penser, le luxe des appartements du Vatican (il paraît qu’ils sont comparés aux résidences des dirigeants du monde, plutôt modestes), mais la nécessité pour lui de «rencontrer des gens» et de «parler avec d’autres», Ce en quoi il se veut un homme «normal», lui aussi, qui déteste la solitude.

Question style, François surprend aussi par son attitude «normale» avec les femmes. On l’a trop peu relevé au tout début, trois jours après son élection, en saluant personnellement des journalistes à la fin de la rencontre avec les médias, on l’a vu en serrer chaleureusement quelques-unes dans ses bras : du jamais vu pour un Pape, devant lequel les dames devaient se présenter, jusqu’en des temps récents, avec une voilette sur la tête. Faut-il s’étonner que coure la rumeur d’une volonté de donner aux femmes une vraie place jusque dans les rouages du pouvoir de l’Eglise ?

On pourrait donner d’autres exemples de la décontraction de François sur les questions d’étiquette. On dira que c’est peu. On se trompe. C’est une rupture avec un style pontifical très stéréotypé, où tous ses prédécesseurs, même les plus ouverts, ont dû se couler et qui pour certains fait partie, jusque dans les détails, de l’essence même des rites et de l’apparaître du pontife romain. Changer, même à la marge, ces manières d’être, de dire et de faire est une révolution. S’il y en a une à Rome en ce moment, c’est bien celle-là, qui dérange pas mal de monde et alimente craintes et critiques dans divers milieux.

Une envie de réformes

Une question revient sans cesse depuis qu’il est élu : va-t-il vouloir, va-t-il pouvoir reformer le sommet de l’Eglise ? C’est-à-dire réformer son gouvernement (la curie romaine, ses ministères ou «dicastères», leur fonctionnement et la communication entre eux ; décentraliser une institution mondiale totalement pyramidale et partager le pouvoir et les décisions avec les épiscopats continentaux et nationaux ; mettre de l’ordre dans les finances de l’Eglise et ses institutions bancaires – une source récurrente d’affaires et de scandales depuis des décennies.

Chacune de ces réformes «structurelles» – en fait, la réforme le l’«Etat pontifical», tout simplement – comporte des aspects techniques effroyablement compliqués et des dimensions humaines considérables. Mais il est hors de doute maintenant que François veut les faire, ces réformes, fort du mandat qui lui a été confié par les cardinaux eux-mêmes lors du conclave. Le groupe de huit cardinaux qu’il a nommés (dont cinq représentants des continents) travaille d’arrache-pied et le fait savoir. D’autres nominations de gens compétents et sûrs ont eu lieu pour réformer les finances. Ces changements susciteront inévitablement de l’opposition, surtout dans l’aile traditionaliste de l’Eglise. Ne parlons pas des intégristes : ils se disent «terrifiés» par François. Mais justement : il semble bien que ce dernier ne considère plus leur réintégration comme une priorité, et même une nécessité. Ils ne veulent pas rentrer au bercail selon les règles du bercail. On se passera d’eux !

La mystique avant la morale

François arrivera-t-il à ses fins ? Rien n’est moins sûr tant les obstacles sont grands. Et le temps lui est compté même si son âge peut aussi être un atout. Il joue contre lui parce qu’il l’expose à la fatigue, à la maladie, à pis peut-être. Mais inversement, il peut aussi lui donner une liberté considérable. Ce qui est le cas, semble-t-il. D’autant plus que Benoît XVI a créé un précédent dont très probablement il va profiter : la possibilité de démissionner si les choses ne vont plus. Cette réforme est urgentissime pour l’Eglise en général et directement pour le Pape lui-même, car ces héritages encombrants, dus à l’inertie de Jean Paul Il (qui s’était surtout investi dans ses nombreux voyages et dans la réaffirmation de la doctrine solide et traditionnelle, mais jamais dans une réforme des structures) ont littéralement pourri le pontificat de Benoît XVI. Comme ce dernier, qui avait (les qualités mais aucune aptitude à gouverner), en outre fait les choix calamiteux pour des nominations à des postes stratégiquement stratégiques, la catastrophe était inévitable. Laissons de côté le mariage des prêtres (des hommes mariés ordonnés sur le tard ou de futurs prêtres qui voudraient se marier), la prêtrise possible pour les femmes, la morale sexuelle et autres marronniers. Pour l’instant, le Pape réaffirme les principes de ses prédécesseurs, sans qu’on puisse exclure des changements (en particulier pour les divorcés remariés). Ce qui est surtout sensible, c’est le déplacement des accents ou des priorités. On a ainsi senti rapidement que la réaffirmation permanente de la doctrine morale n’était pas sa tasse de thé. Non qu’il la dénie, mais comme on l’interrogeait sur ce point, sa réponse a été très nette : la doctrine est connue, elle n’a pas changé, mais on ne va pas la répéter à tout bout de champ.

Si on traduit bien, François veut sortir de l’image, à la longue délétère, d’une Eglise catholique comme rempart moral d’une civilisation «nihiliste», qui se mourrait à force de laxisme moral et de dérive libérale-libertaire. Le Pape a compris que l’Eglise ne peut se contenter d’être une sorte de ligne Maginot (les interdits moraux même si c’est plus compliqué, c’est ainsi qu’elle est perçue). Joue probablement ici son expérience de «Latino», d’une Amérique latine où il est notoire que la morale conjugale et sexuelle de l’Eglise est assez peu respectée, notamment chez les pauvres (sur cette réalité latino, on peut se rafraîchir la mémoire avec le récent film, magnifiquement baroque, de Alejandro JodorowsLy, La Danza de la realidad).

François préférerait que l’Eglise parle plus de Dieu, de Jésus, d’évangile, de vie spirituelle. En tout cas, que cette image d’elle domine. Que dans sa politique, si elle en a une, elle soit davantage du côté de la mystique que de la défense des «valeurs», devenues dans la période récente le manteau de Noé de toutes les peurs et de tous les conservatismes. Dans un de ses premiers messages aux prêtres, François les invitait à «sortir», à aller aux «périphéries», et il semblait viser par-là, autant une identité étriquée, bâtie sur la seule défense de l’Eglise, que les difficultés psychologiques qui résultent des fermetures sur son pré carré. Avec ces mots d’ordre, il prend à contre-pied les générations Jean Paul et Benoît XVI, prêtres et laïcs, et aussi les communautés nouvelles, tous engagés dans un combat intransigeant contre le libéralisme et le relativisme moral. Que disent-ils, que pensent-ils aujourd’hui ? On ne le sait pas bien, mais sur les réseaux Internet, ça discute ferme…

Marianne

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