25 octobre, 2014
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(Vidéo) Les anciens combattants ivoiriens des Forces nouvelles crient leur ras-le-bol

(Vidéo) Les anciens combattants ivoiriens des Forces nouvelles crient leur ras-le-bol

Plusieurs centaines d’anciens combattants des Forces nouvelles, qui ont combattu en faveur du président Alassane Ouattara lors de la crise post-électorale ivoirienne de 2011, ont manifesté, lundi, à Man, dans l’ouest du pays. Sans emploi et vivant pour la plupart dans un dénuement le plus complet, ils exigent d’être réaffectés comme cela leur avait été promis par l’État ivoirien.

La manifestation a commencé en début de matinée lundi. Les anciens combattants ont bloqué un rond-point à l’entrée de la ville de Man et occupé les abords de la préfecture, avant d’être reçus par le préfet et le commandant Losséni Fofana, chef des Forces républicaines (FRCI, l’armée ivoirienne) dans la zone, qui les ont finalement convaincus de lever leur barrage.

À l’origine de la colère des démobilisés, un convoi de deux camions qui serait parti dimanche de Man en direction d’Abidjan, emmenant des hommes suivre une formation pour devenir employés des Eaux et Forêts. Or, à l’instar de la surveillance pénitentiaire, côtière, ou de la gendarmerie, c’est l’un des secteurs dans lequel les démobilisés souhaitent être réaffectés. Mais le processus traîne et les anciens combattants ont le sentiment que certains civils bénéficient de piston ou, pire, qu’ils se font ajouter à la liste des démobilisables sans avoir jamais combattu.

Au lendemain de son investiture en avril 2011, Alassane Ouattara s’était engagé à intégrer les hommes qui s’étaient battu pour lui. Mais, avec 64 000 démobilisés, le défi est de taille, très coûteux (140 millions d’euros selon les chiffres officiels), et a donc pris du retard. La création en 2012 d’une structure unique pour gérer la réaffectation, l’Autorité pour la démobilisation, le désarmement et la réinsertion (ADDR) n’a, pour l’instant, pas permis d’accélérer ce processus complexe.

Les Forces nouvelles constituaient l’ex-rébellion qui contrôlait le nord de la Côte d’Ivoire lors de la première crise ivoirienne (2002 -2007), avant de combattre pour Alassane Ouattara en 2011. En proie aux violences depuis des années, l’Ouest est la partie la plus instable du pays. En avril, une manifestation de démobilisés avait déjà eu lieu à Bouaké, au centre du pays. Environ 200 démobilisés avaient bloqué le sud de la ville, demandant leur réinsertion.

« Nous vivons et dormons dans la rue ou à la gare »

Faustin Gnahé est un des porte-parole des démobilisés de Man.

Nous avons été reçu par plusieurs officiels : le préfet du district de Man, le commandant Fofana, et le directeur de l’ADDR à Man. Ils nous ont promis que le processus d’affectation était en cours et que nous aurions bientôt un emploi. Ils nous ont aussi assuré que les hommes partis à Abidjan ne dépendaient pas de l’ADDR, et ne seraient pas formés pour les métiers auxquels nous devons être affectés. Mais nous attendons des preuves de ces affirmations.

Si nous avons manifesté, c’est parce que notre situation est intenable. La plupart d’entre nous n’a pas perçu de salaire depuis des années. Tout juste quelques primes dérisoires, entre 5 000 et 50 000 francs CFA selon (entre 7,5 et 76 euros) , quand nous avons combattu lors de la crise post-électorale en 2011. Nous vivons et dormons dans la rue ou à la gare. Certains investissent des maisons abandonnées après les troubles de 2011, car elles appartenaient à des pro-Gbagbo. Mais les propriétaires commencent à revenir et à les louer, nous mettant dehors. Comme moi, beaucoup d’entre nous ont vu leur femme les quitter du fait de cette précarité et sont seuls avec leurs enfants. Il faut nous réintégrer, c’est essentiel pour la réconciliation nationale.

À défaut, nous demandons au moins à l’État de nous verser la prime qui avait été évoquée, à savoir 800 000 francs CFA, pour nous dédommager de notre engagement et de ces années sans paye. Et de nous fournir les moyens de transport nous permettant de regagner nos régions d’origine.

Faustin Gnoahé

« Je ressens une montée de l’inquiétude chez les habitants de Man »

Moussa Doumdia est journaliste et responsable de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire à Man.

Lorsqu’ils ont monté les barrages, il n’y a pas eu de violences, mais la situation était clairement tendue, les démobilisés semblaient très remontés avant que la médiation des autorités ne ramène le calme.

Ces hommes vivent à Man, ils ne sont pas menaçants au quotidien vis-à-vis de la population. Mais ils sont particulièrement vindicatifs envers les autorités, certains sont du matin au soir devant le siège de l’ADDR, afin de faire pression pour accéder à une formation ou une affectation.

Néanmoins, je ressens une montée de l’inquiétude chez les habitants de Man. Lors de la manifestation de lundi, plusieurs commerces avaient baissé leurs rideaux de peur qu’il y ait des débordements. Ces hommes savent manier les armes, et leur frustration ne fait qu’augmenter à mesure qu’ils n’obtiennent pas les postes qu’ils escomptent. Mais ils ont été reçus par un commandant de l’armée : pour moi, c’est le signe que les choses pourraient bouger.

France24