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VIE CARCÉRALE AU SÉNÉGAL Ces « gros bonnets » sauvés par la maladie

« Tout le monde le sent en prison. Une personne ne peut être en bonne santé, si elle est privée de liberté ». Cette déclaration est du célèbre prêcheur, Taib Socé, après sa sortie de prison, en avril dernier, à la faveur de la grâce présidentielle accordée à 586 détenus.

Le prêcheur qui vient de reprendre du service a mis le doigt sur une réalité bien sénégalaise : Les « gros bonnets » atterrissent souvent au Pavillon spécial pour maladie ou bénéficient tout simplement d’une liberté provisoire.
Excepté le cas de Bibo Bourgi, trainé à la barre dans une civière et remis en détention alors qu’il est toujours malade, nombre de personnalités, dans notre pays, bénéficient de faveurs que procure un état de santé dit « précaire ». Il en est ainsi de Thione Ballago Seck dont un codétenu avait parlé de sa santé décadente en des termes émouvants sur les ondes des radios avant son élargissement. Le président Habré séjourne au Pavillon spécial comme beaucoup d’autres personnalités notamment sous le magistère du président Wade. Cheikh Béthio Thioune avait, lui aussi, fini par être interné au Pavillon spécial, pour parler des cas les plus récents.

Leurs avocats introduisent aussi et souvent, des demandes de liberté provisoire arguant un état de santé « incompatible avec la vie carcérale ».
Ainsi, en face de la peur lancinante d’affronter les tribunaux ou lorsque toutes les voies de droit aient été épuisées, la maladie semble être un refuge doué pour ces personnalités de tous bords sous le coup d’un mandat de dépôt ou d’une condamnation à une peine de prison. Or, Taibe Socé l’a si bien dit, lui, qui était également déclaré malade, la personne privée de liberté ne peut être en bonne santé.

Du coup, il sévit, au Sénégal, une autre forme de discrimination liée à la reconnaissance de ses états de maladie par des juges qui sont partagés entre la nécessité de faire respecter la loi et celui de préserver les droits des détenus.
Or, il est évident que face aux rigueurs de la privation de liberté, au stress afférant, aux nouvelles conditions de vie, beaucoup d’individus ne tiennent pas le coup. Pourtant, force est de reconnaitre que même les citoyens libres ont du mal à jouir d’une santé parfaite avec les habitudes alimentaires, la sédentarité, etc. Le nombre de personnes qui souffrent de diabète, de tension artérielle, d’infarctus du myocarde, etc. font légion. Soumise à un régime de détention avec la chaleur des prisons, les conditions de vie inconfortables, elles dépriment facilement avec, pour certains, le manque d’appétit et de sommeil.

Entendons bien, tous les « gros bonnets » emprisonnés n’ont pas cherché à faire valoir leur état de maladie. Le cas Karim Wade illustre bien cet état de fait.

Pendant que ces amis Bibo Bourgi et Aliou Diasse bénéficient de liberté provisoire pour santé fragile, Karim est resté en détention, même si, par moment, il a eu à être interné à l’infirmerie de la prison. D’aucuns disent qu’il a refusé le Pavillon spécial.
Il en est de même de Idrissa Seck qui, détenu dans le cadre des chantiers de Thiès, n’a pas séjourné au Pavillon special.

En réalité, en prison, presque tout le monde est malade. Mais, il appartient aux hommes de l’art d’aider les juges dans leur difficile tâche de faire le distinguo entre ceux qui doivent réellement bénéficier du Pavillon spécial ou de la liberté provisoire et ceux qui dépriment seulement ou qui sont tout simplement fins stratèges.

Il est déjà maladroit, en démocratie, que des prisonniers bénéficient de « résidences Vip » là ou d’autres, parce qu’ils n’ont ni les moyens, ni l’influence, croupissent dans des conditions exécrables de détention.

Il faut travailler à améliorer les conditions de détention. Et, à ce propos, l’initiative des autorités de construire la prison de Diamniadio est à saluer malgré la superstitution qui entoure une telle initiative.

Bien sûr, ces efforts doivent être poursuivis et éviter que la maladie ne soit le refuge de prisonniers dont ce n’est pas « l’état de santé qui est incompatible avec les conditions carcérales », mais bien la notabilité.

Assane Samb

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