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Vie politique et santé de la démocratie- L’opposition s’oppose mal

Le Cadre de  concertation de l’opposition vient d’annuler un rassemblement prévu, ce mercredi. Les raisons avancées sont multiples : menace terroriste pour certains, médiations en cours, selon d’autres.

Qu’à cela ne tienne. Ce qui semble constant, cependant, c’est que depuis l’arrivée du président Macky Sall et de la coalition Benno Bokk Yakaar (Bby) qui l’a porté au pouvoir, l’opposition sénégalaise a du mal à s’affirmer. Les rares rassemblements d’importance l’ont été  pour faire sortir Karim Wade de prison, l’ancien ministre sous le coup d’une condamnation pour enrichissement illicite.

Qui plus est, elle fait face à un pouvoir frileux qui interdit la plupart de ses manifestations pour risque de trouble à l’ordre public.

Le pouvoir est, en effet, parvenu à donner du fil à retordre à une opposition incarnée par le Parti démocratique sénégalais (Pds), en lui imposant des défis de tout autre genre que politiques comme les batailles judiciaires et les interdictions de sortie du territoire national. En dehors des inculpations pour malversations financières, des caciques de l’ancien régime comme Samuel Sarr, Me Amadou Sall, Toussaint Manga, Mamadou Lamine Massaly et bien d’autres ont eu maille à partir avec la justice.

Il s’y ajoute que le spectre de la traque des biens mal acquis a poussé bien des responsables de l’ancien régime et  ténors du parti, à prendre leur distance par rapport au Pds soit en créant leurs propres formations, soit en entrant dans une forme d’hibernation politique.

La dernière trouvaille du régime a été de modifier le règlement intérieur de l’Assemblée nationale au point de ne plus permettre les démissions au sein des groupes et de jouer sur la confusion d’interprétation des articles 20 et 22 du règlement intérieur pour ne pas permettre à l’opposition d’avoir son groupe parlementaire.

La stratégie déployée contre le Pds a été tellement payante que le Front patriotique pour la défense de la démocratie (Fpdr) dirigé par Mamadou Diop Decroix n’a pas réussi à embrigader tous les ténors d’une opposition disparate et mal préparée.

Idrissa Seck, Pape Diop, Abdoulaye Baldé, Cheikh Bamba Diéye, pour ne citer que ceux-là sont restés de marbre face à un front qui ne doit son existence qu’à la témérité de son leader Decroix qui a dû essuyer une agression physique manifestement destinée à le refroidir.

Le patron de Rewmi a, quant à lui, annoncé une coalition mort-née. Il s’agit du Conseil d’administration 2017 (Ca 2017) dont on a plus entendu parler.

Il s’y ajoute les longs silences d’un chef de parti confronté au départ de responsables de sa formation et dont la seule tournée depuis son départ de Bby n’a concerné que les régions de l’Est et du sud.

C’est dire que l’opposition ne cesse de chercher sa voie, sans grand succès jusqu’ici.

Elle souffre d’un manque de chef de file qui catalyserait les revendications et impulserait la dynamique de contestation malgré l’arrivée de jeunes aux dents longues comme Malick Gackou.

Elle subit les coups des assauts portés au Pds à cause de stratégies essentiellement orientées sur des batailles d’ordre judiciaire et institutionnel.

Il s’y ajoute la trop grande dispersion dans ses rangs et la confusion entretenue par certains leaders dont on ne sait pas s’ils sont de l’opposition ou du pouvoir.

Elle baigne, par ailleurs, dans une incertitude liée au calendrier électoral. Personne ne peut dire, à ce jour, si les élections auront lieu en 2017 ou en 2019.

La conséquence logique de cet état de fait, c’est que les populations sénégalaises n’ont pas forcement l’impression d’être bien défendues sur les dossiers brûlants de l’heure au moment où nombre de mouvements de la société civile se sont affiliés au pouvoir.  Y’en a marre n’a pas encore suffisamment marre du régime et le M23 n’est que l’ombre de lui-même.

Les rares intellectuels qui s’agitent le font pour écrire des livres favorables à Macky Sall contre vents et marées.

Au rang des institutions de contre-pouvoirs sur lesquels l’opposition aurait dû s’adosser, la situation n’est guère plus reluisante.

L’Assemblée nationale a fini de perdre toute crédibilité après la séance de pugilats entre députés qui a dépité tout le monde.

La Justice est en proie à une guerre inédite entre avocats et magistrats qui aura, à coup sûr, des répercussions tragiques et à long terme sur le fonctionnement de cette institution.

Quant à la presse, elle ne se porte guère mieux en proie qu’elle est à une crise financière abyssale.  Le pouvoir s’est tellement investi à neutraliser son opposition qu’il s’est laissé divertir  surtout pendant les deux premières années de son magistère.

Du coup, le seul parti auquel Macky devra faire face, c’est celui de la demande sociale, laquelle est loin d’être satisfaite.

L’histoire avec Diouf et Wade a montré cependant que l’étouffement de toute velléité d’opposition n’assure pas forcement la victoire aux élections.

C’est pourquoi, le pouvoir aurait mieux gagné à assoir les conditions d’une opposition forte au sein des institutions comme l’Assemblée nationale mais aussi sur le terrain politique. Car, une démocratie se nourrit de ses propres contradictions et confrontations qui sont nécessaires à son dynamisme et à sa survie.

Abdoulaye Diop

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