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Violences électorales en vue: L’Assemblée donne le ton

Le geste perpétré ce lundi par les députés à l’Assemblée nationale a heurté les Sénégalais, comme s’il s’agissait d’un acte isolé. Or, il n’en est rien.

L’Assemblée, c’est un assemblage national inutile d’hommes et de femmes payés gracieusement pour entretenir une clientèle politique.

Le formalisme qui veut qu’ils votent des lois et contrôlent les institutions n’est qu’un mimétisme béat et triste des institutions françaises. Ici, chez nous, le député ne sert pas, encore, à grand-chose.

La preuve, les projets de loi passent comme lettre à la poste et il n’y a presque plus de propositions de loi. Concrètement, le Sénégal pouvait se passer de son Assemblée.

En conséquence, le trésor public n’a pas besoin d’entretenir 150 personnes à ne pas faire grand-chose. On aurait eu 50 députés, ce serait déjà trop.

Et parler de ‘’députés de la diaspora’’ est encore plus une hérésie, parce que ces derniers vont simplement faire de la figuration, comme leurs collègues.

Alors, qu’ils se battent, ce n’est guère une surprise, pour nous. Car, c’est la démarche politique ambiante. La tension est palpable. Tout le monde en est conscient. Les gens s’insultent par voie de presse et même à l’intérieur de leurs propres formations politiques. Tout ceci n’est un secret pour personne. Alors, que des députés prolongent cette arène au sein de l’hémicycle, ne doit guère étonner. Au fond, l’Assemblée sert justement à servir de faire-valoir aux démarches de l’Exécutif et à exprimer le poids politique de celui qui a la majorité en lui permettant d’acquérir des privilèges et en dictant sa loi.

Alors, l’opposition, minoritaire, ne peut pas faire face. Sinon, elle sera écrasée au sens propre comme au sens figuré.

On a vu, naguère, Me El Hadji Diouf être attaqué et pratiquement passé à tabac par un député au moment du magistère de Wade. Eh bien, c’est ici, la même chose. Ceux qui osent défier ceux qui détiennent la force du moment seront écrasés. Pas de doute là-dessus.

C’est dire que l’Assemblée nationale donne le ton des violences futures que tout le monde redoute.

A quelques semaines des élections, pouvoir et opposition ne se feront pas de cadeaux et seront prêts à en découdre, par tous les moyens.

Ce qui s’est passé à l’Assemblée ce lundi est symptomatique du climat politique délétère dans lequel nous baignons et révèle le vrai visage de ce qui nous guette vraiment.

Si des députés ne peuvent pas se retenir, comment peut-on l’attendre de simples ouvriers, agriculteurs, commerçants, etc. ?

Il y a longtemps que nous avons basculé dans la violence comme règlement des contradictions. Dans les couples, la politique, le sport, en somme dans les rapports intersubjectifs, c’est le règne de la violence morale et même physique.

Cette violence morale, c’est aussi l’emprisonnement d’adversaires, le retrait de l’agrément d’une Ong, les menaces contre la Société civile, les insultes contre les adversaires, les insultes contre le Président sur les réseaux sociaux, etc.

La violence physique, c’est la mort inexpliquée d’individus, hommes ou femmes, pour des raisons politiques ou familiales, par des exécutants mais aussi des commanditaires presque jamais démasqués.

La famille de Fatimata Makhtar Ndiaye du CESE a raison de réclamer un procès parce que les choses sont floues, les commanditaires de ceux qui déterraient les tombeaux dans les cimetières ne sont pas démasqués, des meurtres comme celui de Médinatoul Salam ne sont pas jugés, etc.

Alors, il n’est pas étonnant qu’à l’approche des élections, les choses aillent crescendo.

Nous avons perdu, en 2012, Mamadou Diop et tant d’autres qui sont morts pour rien. En 2019, si l’on n’y prend garde, ce sera pire.

En tout cas, la population ne doit pas compter sur une classe politique déjà enivrée par le pouvoir obtenue ou convoitée. Pour elle, tous les moyens sont bons.

Et l’Assemblée nationale est un terrain de violence comme tant d’autres.

Assane Samb

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