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Une vraie alternance est enfin à portée de main (Par Ndiawar Kane)

Les conditions historiques sont-elles réunies pour que Khalifa Sall soit le président de la République en 2021 ? Président d’un Sénégal nouveau avec un véritable ancrage dans la bonne gouvernance ? Comment cela pourrait-il se faire ? Est-il minuit ?

Ainsi pour certains, le verdict de condamnation de Khalifa Sall prononcé le 30 mars 2018 sonne le glas de ses prétentions présidentielles et annonce une réélection inévitable de Macky Sall en 2019.

Mais pour d’autres, pour ceux qui se focalisent sur le verre à moitié plein, la situation actuelle peut non seulement être favorable à Khalifa Sall mais encore plus aux Sénégalais qui, depuis près de 5 décennies, sont dans l’attente d’une offre politique qui ancre définitivement le pays dans une dynamique institutionnelle,  politique et économique de bonne gouvernance.

Nombreux sont ceux qui pensent que l’objectif unique de cette affaire de la caisse d’avance était de rendre impossible la candidature à la prochaine présidentielle de Khalifa Sall. Paradoxalement, en réussissant cette opération de neutralisation d’un adversaire politique, Macky Sall pourrait donner une opportunité unique au maire de Dakar de créer les conditions pour transformer de manière historique le Sénégal et sa gouvernance.

Depuis plus d’un an, de nombreux patriotes sénégalais se concertent parce qu’ils ont en commun une grande inquiétude par rapport à la stabilité politique et institutionnelle du pays. Plusieurs groupes ont lancé différentes initiatives pour permettre une nouvelle alternance en 2019. Comme cela est le cas depuis plus de 5 décennies, le leadership de ces chercheurs d’alternative est souvent assuré par des Sénégalais se réclamant d’une certaine Gauche, si tant est que cette notion idéologique a encore du sens dans le landerneau politique. Et comme cela a été le cas de si nombreuses fois, ils semblent s’enfermer dans des discussions programmatiques et, faute d’avoir pu mener le pays au « Grand soir », ils cherchent peut-être à faire jaillir des urnes de février 2019, le Sénégal de leur rêve.

Ainsi, ils répètent inlassablement : « …pour l’instant nous discutons des contours d’une plateforme consensuelle autour des conclusions des Assises nationales et ce n’est que plus tard que nous identifierons la personne qui pourra porter notre projet et être notre candidat ».  A chaque élection, c’est la même approche, et à chaque élection dès que l’on arrive à la phase de désignation du candidat, tout vole en éclat. Cependant, on recommence le même procédé à l’élection suivante.

Cette fois-ci, le schéma n’est pas bien différent. Certains des groupes les plus avancés et les plus ambitieux parlent d’un candidat qu’ils trouveront pour faire un mandat unique de 5 ans qui sera une sorte de transition pour tout mettre à plat et construire les fondations institutionnelles d’un Sénégal de bonne gouvernance. L’idée a un intérêt certain mais la démarche qui consiste à ne pas « personnaliser » les discussions en évitant d’aborder pour l’instant la question difficile du « candidat » semble vouée d’avance à l’échec comme cela a été le cas  historiquement de toutes les initiatives de ce type. Continuent-ils de rêver que l’on peut sur un seul cycle électoral arriver à « dépersonnaliser » la politique au Sénégal ? Vivent-ils dans un monde qui n’est pas tout à fait celui de la majorité des Sénégalais ? Dans le monde réel qui est le nôtre, la culture politique du Sénégal ne commande-t-elle pas de tenir compte que, dans le fond comme dans la forme, elle est personnalisée ?

Bien sûr qu’il est important de se battre pour que cela change, mais pour se faire, ne faut-il pas non seulement reconnaître la réalité telle qu’elle est mais aussi comprendre qu’il est nécessaire de s’appuyer sur cette même réalité pour la transformer ?

Cette idée que la personne qui portera la bannière du changement souhaité et qui ira à la conquêtes des suffrages est secondaire par rapport au « programme commun » de l’opposition semble peu réaliste au regard de la culture politique du pays.

D’un point de vu électoral, au-delà du candidat du PDS, il y aurait aujourd’hui trois principales têtes d’affiche : Macky Sall, lui-même, Idrissa Seck qui voit un boulevard s’ouvrir pour lui depuis les ennuis judiciaires du maire de Dakar et bien sûr Khalifa Sall qui lui est embastillé et qui, pour sûr, a très peu de chance de quitter Reubeuss avant mars 2019.

En février 2019, il y a aura peut-être beaucoup de candidats de l’opposition sur la ligne de départ et cela est certainement une bonne chose pour le pays : Idrissa Seck, Madicke Niang (si Karim Wade n’est pas éligible), Cheikh Bamba Dieye, Ousmane Sonko, Mansour Sy Djamil, Malick Gakou, Mamadou Lamine Diallo, Abdoul Mbaye, Mame Adama Gueye, Pierre Goudiaby Atepa, Abdoulaye Tine, etc.

La multiplicité des candidatures de l’opposition au premier tour pourrait être défavorable à Macky Sall qui n’aura que peu de chance de passer au premier tour.

Les patriotes qui veulent une vraie alternance en 2019, les militants de la bonne gouvernance ont une opportunité historique d’arriver à passer un véritable contrat politique avec Khalifa Sall pour créer une dynamique inédite qui pourrait mener à l’élection d’un président pour une transition d’un maximum de deux ans, avec la double tâche de faire adopter les réformes institutionnelles qui installeront le pays dans la bonne gouvernance et d’organiser en 2021 une élection présidentielle anticipée qui sera transparente et ouverte à tous les acteurs qui auront des projets à proposer aux Sénégalais.

La grande question de stratégie deviendrait donc celle des moyens politiques à mettre en œuvre pour arriver à un tel résultat. Sans que cela ne soit son intention, Macky Sall a-t-il offert de facto une opportunité unique aux militants du changement ?

Khalifa Sall ne pourra certainement pas se présenter en 2019, mais il a toujours la possibilité du fond de sa prison de faire en sorte que pour la première fois un homme intègre qui se sera engagé publiquement à mettre en œuvre un programme institutionnel consensuel puisse accéder au pouvoir et organiser en 2021 des élections transparentes qu’il pourrait avoir des chances de gagner si son niveau de popularité actuel se transforme en vote en sa faveur.

Tous les patriotes y gagneraient. Khalifa Sall ou le vainqueur élu en 2021 n’aurait plus les pouvoirs monarchiques de Macky, Wade, Diouf ou Senghor. Khalifa ou le président élu n’aurait plus de fonds politiques à sa disposition. Il n’aurait plus de deal à passer avec des entreprises étrangères pour maintenir des monopoles économiques ou brader les ressources naturelles du pays. Il n’aurait plus le pouvoir d’instrumentaliser la Justice et d’utiliser l’armée pour réprimer les citoyens de ce pays.

Le nouveau président deviendrait le premier président d’un Sénégal nouveau dont les contours auront été établis par une transition de deux ans sur la base d’un large consensus fortement inspiré par les Assises nationales. La Gauche gagnerait. Les syndicats et la société civile gagneraient. Mais surtout le Sénégal sortirait de plus de 5 décennies de gestion opaque, sectaire et souvent corrompue.

La stratégie pour une alternance de bonne gouvernance ne pourrait marcher que si le candidat de transition est éligible, reconnu intègre, porteur d’une expertise politique et de gouvernance et capable d’être un homme ou une femme de consensus. Bien entendu, cette personne devrait être quelqu’un en qui Khalifa Sall a confiance pour qu’il puisse dire à tous les Sénégalais : « Je suis en prison, mais hors de ces murs, le candidat de l’alternance pour la bonne gouvernance parle et agit en mon nom. Lui c’est moi et moi c’est lui ».

L’un des avantages d’être un petit pays, c’est que tout le monde connaît à peu près tout le monde. Il y a peut-être des dizaines de personnes qui pourraient incarner un candidat de transition. Il y a quelques années, il aurait été tout trouvé en la personne d’Amadou Makhtar Mbow. Le poids du temps sur nos corps et nos esprits rend cette option impossible. Mais n’existe t-il pas au moins trois ou quatre patriotes qui ont le profil et qui sont des dépositaires de l’esprit des Assises nationales ?

Ce choix, en dernier ressort, ce serait à Khalifa Sall de le faire en toute harmonie, intelligence et concertation avec tous ceux qui portent les actuelles initiatives pour une véritable alternance en 2019 autour du cadre institutionnel élaboré aux Assises nationales.

Cette stratégie est-elle une stratégie de bon sens, une stratégie qui s’appuie sur un pragmatisme qui voudrait que le seul objectif qui vaille soit celui de la victoire d’une vraie alternance en 2019 ?  Et malgré le fait que cette stratégie s’appuierait quelque part sur cette culture de la politique personnalisée du Sénégal, elle pourrait permettre au pays d’en sortir après le premier mandat victorieux de 2021 que les militants d’un Sénégal nouveau auront encadré institutionnellement pour prévenir ce que certains qualifient de dérives des deux premières alternances.

A l’épreuve du réel, à l’épreuve de la vie, les stratégies dans leur mise en œuvre sont titillées, chahutées, voire malmenées au point qu’il faille les ajuster, les réajuster et les adapter. Mais cela signifie t-il que l’on puisse se mouvoir dans la sphère politique, ou dans tout autre secteur, sans avoir une stratégie réfléchie, basée sur les réalités du moment et en adéquation avec un ou deux objectifs précis ? Une stratégie claire, transparente, partagée sur la place publique avec tous les actionnaires du pays que sont les Sénégalais, ne déboucherait-elle pas sur des lendemains meilleurs pour tous ? Si ce n’est pas de la politique fiction, n’est-ce pas du réalisme, du pragmatisme qui en lui-même pourrait être mobilisateur, créant une onde de choc de grande amplitude jusqu’au fin fond du pays, et pourrait changer de manière significative l’avenir du Sénégal ?

A Khalifa Sall comme aux patriotes qui travaillent autours des conclusions des Assises nationales, les Sénégalais expriment leur désir d’une véritable rupture…. Ils ne veulent plus perdre de temps… Il est minuit…. Il est l’heure d’agir

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