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«Wade combat Idy parce qu’il fait de l’ombre à Karim»

Coordonnateur du Rta-S, El hadji Momar Samb est connu pour son engagement du côté de la ‘masse ouvrière’ comme il aime à le revendiquer. D’où le nom de son parti : Rassemblement des travailleurs africains-Sénégal (Rta-S). Syndicaliste, doublé d’un homme politique, le défenseur des travailleurs’, a abordé, dans cet entretien, outre la condition de ces derniers, des questions brûlantes de l’actualité politique, notamment le boycott des élections législatives par certains partis de l’opposition dont le Rta-S, la succession du président Abdoulaye Wade, entre autres.

Source : Walfadjri
Walfadjri : Votre parti se réclame défenseur des travailleurs, aujourd’hui est célébrée la Fête internationale du travail. Que retenez-vous de la situation des travailleurs au Sénégal ?

El hadji Momar Samb : L’Etat qui doit être un pouvoir de régulation, un pouvoir de protection des faibles par rapport aux forts, un pouvoir d’écoute et de surveillance de réalisation des accords concluent entre le patronat et les travailleurs, ce pouvoir-là a démissionné de ce rôle, à notre avis. Je donne un simple exemple : depuis 2 ans au minimum, il y avait un accord signé entre le gouvernement, le patronat et les travailleurs sur la prolongation de l’âge de la retraite de 55 ans à 60 ans. Dans le public, c’est acquis, mais dans le privé, ce n’est pas encore le cas. Pourquoi ? Parce que simplement le patronat traîne les pieds. Quelle devait être l’attitude du gouvernement face à cela ? C’est de contraindre le patronat à réaliser, dans les faits, un accord signé. Mais, cela ne se fait pas. Le pouvoir démissionne de son rôle régalien. Un autre élément qui explique cette démission du pouvoir politique, c’est quand, entre le patronat et les travailleurs, il y a des accords de justice en terme de procès gagnés par les travailleurs. Notamment des travailleurs qui ont été licenciés, des entreprises qui ont été fermées. Ces derniers après avoir couru derrière le patronat vont ester en justice. Mais, même s’ils ont gain de cause, le patronat ne va jamais dans le sens de la satisfaction de leur droit. C’est le cas des travailleurs de l’ex Sotrac…

Walfadjri : Le Rta-S, comme d’autres partis de l’opposition, a décidé de boycotter les élections législatives. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à prendre une telle décision ?

El hadji Momar Samb : Ce n’était pas une décision facile, on a eu un long débat. Mais, devant la réalité qui nous est faite au sortir de l’élection présidentielle où tout le monde a reçu les résultats comme un coup de massue sur la tête, les gens se sont interrogé. Les résultats nous paraissaient tout à fait saugrenus. Et il y a plusieurs éléments de fait, constatés, qui nous ont amené à nous poser beaucoup de questions et à essayer à trouver des réponses. Il faut dire qu’avant même l’élection présidentielle les experts de l’opposion ont donné un certain nombre d’indications par rapport à la fiabilité du fichier. Il y a, entre autres, la biométrie qui ne fonctionnait pas, la possibilité de s’inscrire plusieurs fois. Devant une pareille situation, ils ont alerté les dirigeants, à l’époque, pour leur dire qu’ils ne peuvent rien garantir et que tout peut se passer dans cet élection. Malgré tout, les candidats de l’opposition disaient qu’il faut y aller. Mais, ils recommandaient, à défaut de pouvoir fiabiliser le fichier en amont (c’est-à-dire empêcher plusieurs inscriptions), de barrer la route au vote multiple. Comment ? En utilisant une encre indélébile mais incolore qu’on appel le Spray. Cette proposition a été faite, mais le ministre de l’Intérieur n’était pas d’accord. Il fallait le pousser à se doter de ce matériel-là. Il fallait, aussi, tout faire pour l’amener à prendre des mesures exceptionnelles pour que les cartes qui étaient en reste soient distribuées. Tout cela n’a pas été fait. Pour dire que l’élection présidentielle ne s’est pas passée normalement. Loin de nous de dire que, si c’était le cas, Wade n’aurait pas gagné au premier tour, mais sa victoire n’aurait pas cette proportion. Il a été constaté sur le terrain que 855 bureaux de vote à Dakar ont voté de la même manière, c’est-à-dire que la courbe est la même, le même chiffre pour Wade et les mêmes pour les autres, ça a posé un problème… Si tu reprends les choses en regardant point par point, tu te rends compte qu’il y avait comme quelque chose qui était organisé et planifié pour arriver à faire accepter des choses inacceptables. Comme par exemple le vote pendant la nuit, dans l’obscurité. Il y a plusieurs faits qui nous on amené à dire que cette élection, nous l’a récusons. De par les éléments d’information que nous avons, nous doutons de sa fiabilité. Le Conseil constitutionnel, malgré les louanges chantés à Me Wade a dit très clairement que le processus électoral pose problème. Qu’il y a des choses à revoir, à améliorer . Et quand l’opposition demande à ce que ces questions soient traitées avant qu’on aille à de nouvelles élections, il est dans son droit légitime. La moindre des choses pour celui qui se dit qu’il est le plus fort c’est d’accepter qu’ont se retrouvent pour revoir les règles. Le refus me renforce dans la conviction qu’il nousprépare quelque chose. C’est ça la situation aujourd’hui. nous pensons que tout est fait pour aller vers une mascarade électorale. A la vérité, Wade veut avoir les 3/5 à l’Assemblée nationale pour pouvoir voter toute loi constitutionnelle qu’il désire. Et nous pensons que tout cela est préparé pour permettre à Wade de manipuler la Constitution comme il le voudra et, certainement, nous préparer à sa succession au pouvoir par son fils.

Walfadjri : Mais, par rapport aux accusations de fraude, les partis de la mouvance présidentielle vous reprochent de ne pas détenir de preuves de vos allégations. Qu’en dites-vous ?

El hadji Momar Samb : Je ne sais pas qu’est-ce qu’on appel des éléments de preuve, mais je peux vous en donner quelques uns. La loi électorale dit que les enveloppes venant des départements doivent être cachetées et scellées quand elles arrivent à la Commission nationale de recensement des votes. Mais, sur les 31 départements, 33 enveloppes étaient ouvertes. C’est un élément de preuve. Mais la commission nationale de recensement des votes n’a pas voulu en tenir compte. Si nous prenons la question même du fichier, je l’ai dit tout à l’heure, après l’audit, les experts ont conclu que la biométrie ne fonctionnait pas. Et qu’il était possible de s’inscrire plusieurs fois. Pour nous ces faits ne sont pas des éléments isolés, mais des éléments d’un dispositif mis en place. A Touba, par exemple, sur les décharges des fichiers, il n’y a pas de signature, ce sont des empreinte qu’on a mises. Comment peut-on contrôler cela et quelle preuve peut-on donner pour expliquer qu’effectivement cette empreinte est celle de la personne qui a voté ? Ou que celui qui a voté ne l’a pas fait plusieurs fois ? D’autre part, le ministre de l’Intérieur, celui qui organise les élections, est intéressé, nous sommes convaincus qu’il est partisan. Il a intérêt à ce que Wade gagne. C’est différent du général qui a organisé les élections de 2000. Ce dernier n’appartenait à aucun parti. Et le protocole d’accord de la Cedeao est clair, si on veut vraiment garantir la clarté des élections, il faut des gens neutres pour organiser le scrutin. Et pour la Cena, dès son institution, le président de la Cena avait été récusé par l’opposition qui le soupçonnait d’être lié au Pds. Sa femme est particulièrement une militante du Pds. Ces faits-là, ceux qui considèrent que ça n’a aucune incidence ne sont pas des hommes politiques. C’est de la naïveté, à la limite, politique. Et Wade l’a toujours dit devant ses pairs africains, ‘en Afrique un homme au pouvoir n’organise pas des élections pour les perdre’. Ces faits, mis ensemble, nous donnent un processus électoral entâché d’irrégularités, de malversation, de fraude. A charge maintenant pour celui qui veut véritablement que les choses se passe clairement d’accepter que les partis et le pouvoir, avec la société civile, se retrouvent. Qu’ils déterminent les éléments de fiabilité pour qu’on ait un consensus. Pour les élections de 2000, on n’avait un consensus très fort. Cela veut dire que les gens estimaient que le jeu était clair et fiable.

Walfadjri : Mais force est de reconnaître que ce boycott ne sera pas sans conséquence pour les partis qui ont décidé de ne pas particper aux élections législatives.

El hadji Momar Samb : Au-delà de ce qu’on peut avoir ou perdre, je crois que la question centrale à poser, c’est qu’est-ce qui rend notre démocratie plus fiable ? Aujourd’hui, au plan internationale, les gens commencent à parler, parce que l’opposition la plus significative a décidé de boycotter les législatives. On ne peut pas dire que c’est l’opposition qui est responsable de la situation. Il y a des gens qui disent que l’opposition doit se ressaisir mais, se ressaisir par rapport à quoi ? Ce que dit l’opposition est claire : Si le pouvoir est assuré de sa majorité et de sa force, clarifions le jeu et allons aux élections. L’opposition n’aurait rien a dire…

Walfadjri : Certains observateurs craignent que les partis qui ont boycotté connaissent une saignée. Est-vous de cet avis ?

El hadji Momar Samb : Je pense que c’est le meilleur baromètre, la meilleure manière de juger un véritable militant. Et ça, le Parti socialiste l’a expérimenté. La meilleure manière de juger de la fiabilité d’un militant et de son adhésion à une cause, c’est dans les périodes d’opposition, de difficultés. Si des militants, parce que leur parti ne va pas aux élections, décident de regagner un autre parti, c’est qu’il n’était pas attaché à ce parti par conviction. Et les conséquences sont salutaires. Cela veut dire que le parti va se débarrasser des gens qui ne croient en rien d’autre qu’à eux-même. Ces gens sont des types de militants qui ne mettent en avant que leur propre destin, leur propres intérêts, leur propre carrière politique. Parce que, quand on milite pour un parti, on milite pour une cause. C’est un moment de clarification extrêmement important qui va permettre de situer les véritables militants par rapport aux autres. C’est important dans la vie d’un parti.

Walfadjri : Tout à l’heure, vous avez déclaré que le président Wade prépare son fils pour sa succession au pouvoir. Avez-vous des éléments de preuve qui vous permettent de dire cela ?

El hadji Momar Samb : Je pense que nous pouvons partir de ce que le président de la République lui même pose comme acte. Voilà un président qui va toujours à l’encontre des préjugés que les gens ont pour lui. Quand les gens pensent que c’est un démocrate, il prend le contre pied de ça. Il a, à la limite, des réflexes et des réactions de Buur (roi). Ses amis, que ce soit le roi Mohamed VI, Khadafi…, ce sont des gens qui ont la même tendance et qui portent la même marque politique, c’est-à-dire ce réflexe et cette attitude de roi. L’opposition parle de sa succession par son fils, mais il a lui-même convoqué son fils dans le débat. Juste après la proclamation des résultats provisoires, le débat c’était sa succession, c’est Karim et Idrissa Seck… C’est lui-même qui a posé le débat, de prime abord, en disant que son fils est blanc, qu’il est compétent et en même tant, qu’il fera tout pour qu’Idrissa Seck ne lui succède pas… Il a le même discours à tout moment qu’il convoque la question de succession. Wade rejette Idrissa Seck parce qu’il fait de l’ombre à son fils. C’est normal qu’on l’on croit qu’il prépare sa succession par son fils. Et d’autant qu’il l’a mis en posture de pouvoir avoir en charge de grands chantiers. Qu’est qui lui donne le droit de s’occuper des travaux qui doivent être du ressort du ministère de l’Equipement ? Pourquoi ledit ministère ne s’occupe pas de ça ? Les prérogatives qu’il lui donne pour l’Anoci ne sont pas propres à une agence qui prépare une conférence. Ce sont des prérogatives gouvernementales. A la limite on pourrait dire que Karim est un super ministre.


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