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Wally mbodji, garde pénitentiaire a la retraite : «Boy Djinné a sorti les gros moyens pour s’évader»

L’OBS – Waly Mbodji est un garde pénitentiaire à la retraite qui a été plusieurs fois, décoré dans sa carrière. Grand connaisseur des Maisons d’arrêt et de correction du Sénégal (Mac), il analyse ici la dernière évasion de «Boy Djinné» dont les prouesses ne seraient pas liées à ses supposés pouvoirs mystiques. Mais, à autre chose. Grosses révélations !

 Dernière évasion de Boy Djinné : «Avec la prison de Diourbel, je pense que c’est possible. Parce qu’il y a eu de multiples de tentatives de cette façon à la Maison d’arrêt et de correction de Diourbel. Ça se passe très souvent à Diourbel, parce que même moi, j’ai eu à y vivre un cas pareil. Comme la prison n’a pas d’enceinte et la terrasse pas assez haute, s’en évader est possible. Compte tenu de la configuration, la prison n’a pas de secteur, donc c’est une grande cour commune. Si toutefois, l’occasion se présente, pendant les heures de promenade, pendant les heures de prières et autres, les détenus ont toujours tendance à escalader les portes, ensuite emprunter la terrasse et sauter dans la rue. Parce que la prison est presque derrière le marché, donc il n’y a pas les normes de sécurité requises. On a même parlé de miradors, mais ils ont été mal conçus, parce que, très souvent, on ne respecte pas l’architecture normale des prisons. Et puis, il y a les multiples transformations qui font que ces miradors ne permettent plus aux surveillants d’assurer la veille qu’il faut, parce qu’il faut avoir un angle de vue pour pouvoir surveiller certains mouvements et autres comportements. Mais à Diourbel, ça fait défaut. Les gens s’y sont présentés un beau jour, accompagnés de techniciens de l’urbanisme, pour ériger des miradors. Mais ces miradors qu’on a construits à Diourbel n’ont servi à rien. Non seulement, ça était mal fait, parce qu’on ne peut pas comprendre qu’un mirador soit installé en pleine détention et que le surveillant qui va y accéder doit passer par une porte qui se trouve dans la détention. En cas de mutinerie ou bien de troubles en prison, les gens vont forcer cette porte-là pour rejoindre la sentinelle en haut et procéder à son désarmement. Le mirador était mal conçu, les angles ne répondent pas aux normes. Cela n’a servi à rien. On a dépensé beaucoup de ciment pour un résultat nul.

 La vraie histoire de la double évasion de «Boy Djinné» à la prison de Diourbel

Deuxièmement, il y a toujours ce problème d’effectifs à Diourbel et un peu partout au Sénégal. De 2008 à maintenant, il y a eu 400 agents pénitentiaires qui sont partis à la retraite. Et on n’a pas recruté pour compenser ce vide. Malheureusement, le constat d’aujourd’hui est que ce sont de jeunes gardes qui n’ont pas beaucoup d’expérience qui sont dans les prisons. Des surveillants, avec juste 10 ans de service, ont les grandes responsabilités. Malheureusement, ils sont souvent victimes de leur manque d’expérience, de la machination des grands bandits. Personnellement, j’ai eu à le (Boy Djinné) gérer à Diourbel, mais il n’a pas pu s’évader. Pour ses deux évasions à Diourbel, la première lui a été facilitée. On lui avait confié des travaux électroniques et après, on l’a laissé seul avec une tenaille. Il rentre avec dans le quartier des mineurs où il y avait une toiture en zinc. Il s’en est servi pour prendre la fuite. La deuxième fois, il avait manigancé une histoire de portable. On l’a emmené en cellule. Il avait eu le temps d’étudier la configuration du bâtiment qui datait de l’ère coloniale et dont les briques étaient en banco. Il a pris le temps de tailler la brique et de prendre la fuite.»

Mysticisme dans les prisons. «Non, ces histoires de détenus avec un grand pouvoir mystique n’existent nulle part. Boy Djinné n’en détient pas. Et en toute franchise, c’est une défaillance. Il faut savoir que ce gosse-là, il a les moyens. Même ses deux évasions au niveau du commissariat central sont entachées. C’est faux, il ne peut pas se transformer en margouillat. Il a sorti les gros moyens et j’en connais encore plus. Dans l’historique des évasions à la prison centrale, seuls deux prisonniers ont pu s’enfuir en passant par le mur. Seuls Georges Traoré et Alassane Samba Thiam, qui avaient fait 25 ans de détention préventive, ont pu s’évader. Comment comprendre qu’un surveillant mette un détenu en cellule isolée et oublie de fermer la porte ? Les pouvoirs mystiques évoqués n’existent pas. En tout cas, il a des relations et utilise tous les créneaux possibles pour se sauver.

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