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Yahya Diop Yékini, “Roi des arènes” et d’or 2005 : « Je ne peux plus me permettre certains comportements »

Moins d’une semaine après son sacre au théâtre national Daniel Sorano comme « Lion d’Or » 2005, Yakhya Diop Yekini, ce « jeune lutteur » de 33 ans, était l’invité de la rédaction du « Soleil », hier. Une façon pour lui de marquer sa « reconnaissance vis-à-vis des membres du Club du « Lion d’Or » « qui m’ont honoré tant il est vrai que je ne suis pas le seul méritant, pour dire que nous sommes nombreux à pouvoir prétendre à cette distinction », a-t-il expliqué. S’il a félicité ces hommes et ces femmes qui l’ont désigné meilleur sportif sénégalais de l’année 2005, il n’en demeure pas moins que tout le mérite lui revient.

Source : Le Soleil
Champion incontesté de l’arène avec 15 victoires et un nul en 16 combats, il méritait bien cet honneur. Pendant deux tours d’horloge, il s’est prononcé sur ce sacre, sur le monde de la lutte et sur l’incontournable football. Un grand champion à cœur ouvert…

Qu’est ce que la distinction du « Lion « Or » a changé dans ta vie ?

Le « Lion d’Or » m’a beaucoup apporté. Pour la bonne et simple raison que c’est la première fois que cette distinction est décernée à un lutteur. Donc, cela m’oblige à poser un nouveau regard sur la lutte et sur mon comportement de tous les jours. Une autre raison tout aussi fondamentale est le choix porté sur ma personne parmi tous les sportifs que compte le pays. Cela m’impose également une autre lecture du milieu de la lutte. Je n’ai plus droit à l’erreur aussi bien dans ma conduite que dans mon comportement. Le « Lion d’Or » a également contribué à mon ascension car ma position d’il y a cinq voire six ans n’est plus la même grâce à cette distinction. Je ne peux plus me permettre certains comportements.

Est-ce à dire que la brouille avec l’écurie Fass relève désormais du passé ?

Effectivement, c’est maintenant du passé. Cependant, cela ne veut pas dire que je serai stoïque à toute attaque me visant. Il est vrai que la lutte est un secteur où les erreurs ne sont pas exclues. Je parle en tant que leader. A l’écurie Ndakarou, je suis la tête de file. Il ne m’appartient plus de rester indifférent à certains propos ou certains comportements. Désormais, à chaque fois que de besoin, je m’investirai en tant que sportif pour arrondir les angles, au lieu de laisser toute la latitude aux dirigeants de la lutte.

Le débat de nos jours tourne autour du favoritisme dont bénéficierait l’écurie Fass. Est-ce qu’il y a réellement un problème écurie Fass dans l’arène ?

Chacun y va de son point de vue. Je ne suis pas venu ici pour parler à la place de qui que ce soit. Je suis là en tant que Yékini et au nom de l’écurie Ndakaru.

La lutte a pratiquement ravi à la vedette aux autres disciplines, notamment le football. Maintenant tout le monde s’identifie à Yékini et à d’autres lutteurs. Comment expliques-tu cet engouement qu’exerce maintenant la lutte, notamment sur les jeunes ?

Cela conforte mes propos antérieurs. Nous n’avons plus le droit d’avoir un certain comportement. Le développement de la lutte nous impose cela. Effectivement, avant, aucun parent ne voulait voir son fils choisir la lutte comme profession. Pour ce qui est de mon cas, ma maman a tout fait pour me dissuader à pratiquer ce sport. Il est vrai que la lutte a contribué à perturber mes études car je n’avais qu’une seule passion : la lutte. Maintenant, l’on doit être des modèles pour les jeunes contrairement à ce qui se passait avant. De nos jours, le lutteur doit être perçu comme un sportif de haut niveau.

Lors d’une interview très récente, tu as déclaré qu’il ne te reste que cinq combats pour mettre un terme à ta carrière. Quels adversaires penses-tu rencontrer ?

Il ne m’appartient pas de choisir mes adversaires. C’est le rôle des promoteurs qui organisent les combats. Ce sont eux qui mettent leurs billes et donc choisissent les lutteurs assurés de faire l’événement, en partenariat avec des sponsors. Je ne peux pas me lever un beau matin et dire que je veux rencontrer tel lutteur. Cela ne se passe pas comme ça. Ce sont les promoteurs qui expriment le besoin de me voir lutter contre un adversaire qu’ils auront désigné. Nous nous concertons et si nous tombons d’accord, on programme ledit combat. Je répète donc encore une fois : ma présence dans l’arène sera terminée au bout de cinq combats au maximum. C’est cela mon vœu, en tout cas. Le reste appartient au Tout-Puissant qui, en définitive, décide de tout.

Et Gris Bordeaux dans tout ça ?

Je n’exclus aucunement de lutter contre lui car c’est un lutteur comme les autres. Il n’y a donc pas que lui. Les Balla Gaye 2 et autres sont arrivés à notre niveau et sont aussi doués que nous. Le dernier mot appartient au promoteur. S’il y met les moyens, il n’y a aucun problème pour ce qui me concerne.

Dans le passé, les combats étaient montés suite à des défis entre lutteurs avec des tam-tams plantés au milieu de l’enceinte. Aujourd’hui, ce sont les promoteurs qui font et défont les chocs. Comment expliques-tu cette évolution ?

Nous avons dépassé ce cap où les défis se faisaient dans l’arène. Pour moi, il n’est plus question de défier un quelconque lutteur et encore moins de dire que je veux lutter contre un tel. Chacun a ses principes. Ce dont je suis sûr, c’est que moi, je n’organise pas de combat, c’est du ressort des promoteurs qui viennent nous voir mon staff et moi. S’il y a accord, on monte le combat et on le programme.

Selon toi, à quoi est dû le développement exponentiel de la lutte qui, pour d’aucuns, a atteint actuellement un seuil insoupçonné ?

Ça, c’est l’avis de personnes qui ne connaissent pas la lutte. Il y a deux ans, la lutte avait déjà atteint ce point culminant, car il y avait déjà de grands combats à l’affiche. L’une des explications peut être le grand engouement que la lutte exerce actuellement sur le public au point d’élargir le cercle de ses inconditionnels. Ce n’est point le fait d’un lutteur ou du CNG. Notre sport national, c’est la lutte quoiqu’en pensent certains. Ce que peut nous apporter la lutte, aucune autre discipline n’est en mesure de le faire. Il y a cinq ans, nous avions prédit que la lutte arriverait à un point tel qu’aucune discipline sportive ne pourrait l’égaler. On y est arrivé à force de travail.

Qui en tire profit ?

Quand on dit sport, la fédération ou le CNG, les promoteurs, les lutteurs et les amateurs sont tous parties prenantes. Voilà les quatre composantes de la lutte. Elles sont à la base du développement de cette discipline. La presse également.

Peux-tu donner ton avis sur le football qui de plus en plus, perd du terrain en faveur de la lutte ?

Mon impression est celle de tout un chacun. Au Sénégal, on ne privilégie pas la formation. On veut conjuguer au jour le jour. L’exemple le plus illustratif est celui de l’équipe nationale football composée dans sa grande majorité d’expatriés. Le football sénégalais souffre de l’inexistence de sa base. On ne se soucie pas de la formation. Les professionnels ont toujours été le recours en cas de compétition. Cette démarche n’est pas la bonne, à mon avis. Si l’on se réfère à la grosse performance de 2002, à la CAN au Mali et au Mondial, il est bon de préciser tout de même qu’il y a avait la touche Schnittger. Ce n’est plus le cas. Au Sénégal, on ne privilégie plus la formation. Et le résultat est celui que l’on constate aujourd’hui au niveau du football.

Est-ce qu’il y a un souci de formation au niveau de la lutte ?

Bien sûr et la meilleure école ce sont les mbapattes (séances de lutte nocturnes organisées après la clôture de la saison).

Mais il y a les navétanes pour le football …

Moi aussi, j’ai disputé des matches navétanes. Mais, pour ce qui est de la formation, après les mbapattes, nous intégrons les écuries où l’on est soumis à un apprentissage. On peut rester deux ans sans combattre. Tout est axé sur la formation, notamment ce qu’est la lutte avec frappe. On apprend les différentes ficelles nous permettant de faire carrière dans cette discipline. Avant d’arriver en équipe nationale, nous avions déjà un certain background. Là, on pratiquait deux formes de lutte : libre et traditionnelle que je maîtrisais à merveille. Ce qui m’a beaucoup apporté en technique de lutte gréco-romaine. Pour en revenir au football, force est de reconnaître que présentement il y a problème notamment avec deux fédérations qui organisent des tournois différents. Cette situation aggrave d’autant cette crise qui perdure.

De plus en plus, on voit des lutteurs au gabarit impressionnant. Est-ce le fait d’une bonne musculation ou le produit de l’utilisation de produits prohibés ?

Il y a plusieurs façons de faire de la musculation. Il y en qui font du bodybuilding qui consiste à se doper ou à prendre des piqûres pou acquérir une certaine masse. Ce n’est pas la même pratique pour quelqu’un qui fait un sport de combat. Il ne me viendrait jamais à l’idée de faire comme Rudy Coolman, (champion du monde de culturisme). Nous faisons de la musculation en fonction du sport que l’on pratique pour éviter tout excès. Tu peux te développer en prenant des protéines, ce qui n’est pas interdit contrairement aux anabolisants et autres produits dopants. Je ne m’aventurerai jamais à utiliser ce genre de produits et je déconseille quiconque de le faire. En définitive, seul le travail peut développer le sportif qui peut toutefois acquérir un plus.

Contre Balla Bèye quelle sorte de préparation musculaire as-tu privilégiée ?

Du travail mixte à grande vitesse en plus de la course car, chaque jour, il faut courir pendant 45 minutes. Contre Balla Bèye, mon poids a diminué de 9 kilos. Je travaille toujours en fonction de mon adversaire. Par la grâce de Dieu, je parviens toujours à bien gérer ma masse pour qu’à tout moment je puisse la diminuer. Quand je dois rencontrer un adversaire, j’adapte mon poids en fonction du sien. J’ai un entraîneur de boxe, de lutte et un boxeur qui est aux Etats-Unis. Même si je n’y vais pas, je lui envoie des cassettes de mon adversaire et il me conseille sur la stratégie à adopter. S’il est un lourd, je m’évertue à peser autant que lui. Il est vrai que tu peux être plus léger que quelqu’un qui a le même poids que toi.

Quel est ton poids idéal de forme ?

125 kg. Mais je peux monter jusqu’à 135 kg. En quoi faisant ?

On se soumet à un régime suivant un programme bien défini. S’il s’agit d’augmenter le poids, c’est très difficile car il te faudra passer trois heures de temps en salle pour la musculation.

Qu’en est-il de ton palmarès ?

J’ai livré 16 combats avec 15 victoires et une espèce de … nul.

Quelle est la position dans laquelle tu es plus à l’aise ? Je prends exemple ton combat contre Balla Bèye lorsque ce dernier t’a ceinturé par derrière ?

Je suis à l’aise dans toutes les positions. Et ce que j’aime le plus en lutte c’est quand mon adversaire me charge. Dans un tel cas de figure, j’ai mille chances de le battre parce que j’affectionne ce genre de situation. Je suis très bien du pied. Qu’il me ceinture ou qu’il saisisse mon pied, cela ne m’ébranle pas du tout. Il est vrai qu’il peut me battre. Cependant, j’ai beaucoup plus davantage de triompher dans un tel cas car c’est ce que j’ai appris.

Combien vaut présentement Yékini ?

Je ne saurais vous le dire.

En tant que « roi », comment vois-tu la marche de l’arène ?

En fait, dans la lutte, il y a trois générations : ceux qui t’ont précédé, notamment pour ce qui me concerne, les Mohamed Ali, Mor Nguer. Après ceux-là, tu affrontes ceux de ta génération pour confirmer et en dernier ressort ceux de la génération à venir. C’est pour cela que j’ai dit que j’ai toujours des adversaires dans l’arène.

Pourquoi avoir déclaré qu’après quatre ou cinq combats, tu vas décrocher ? Est-ce que tu crains la concurrence de la génération en or des galas ?

J’ai fait quinze ans de carrière dont cinq en lutte traditionnelle dans les tournois Sérères et 10 dans l’arène. Chaque saison, je livre tout au plus un combat. Cela me fera déjà cinq ans, ce qui va porter ma présence dans l’arène à 20 ans. Cela me semble largement suffisant.

Que peux-tu dire de tes relations avec les promoteurs ?

C’est naturel chez un individu de prendre position pour tel ou tel protagoniste dans n’importe quel face à face… Cependant, si tu es animé de la volonté de bâtir, quelle que soit ta préférence, efforce-toi de ne pas la manifester ouvertement. Chacun est livre de son choix. De toutes façons, cela ne me dérange pas. Ce qui est sûr, c’est que personne ne peut se substituer à son favori dans l’enceinte qui est l’aire de vérité. Tu ne peux t’installer que dans les tribunes ou hors du terrain mais jamais dans le cercle délimité par les sacs. C’est chacun pour soi dès que l’arbitre donne le coup d’envoi. Encore une fois, cela ne me dérange pas que certains cherchent à me faire chuter. La seule chose que je ne peux tolérer ce sont des écarts de comportement ou de langage.

Peux-tu revenir sur ton voyage à Londres où tu est allé en compagnie de Balla Bèye 2 ? Comment cela s’est-il réellement passé et est-ce que tu es prêt à le rencontrer à nouveau dans l’arène ?

Pourquoi pas ? L’amitié entre Balla et moi date de longtemps. Il m’arrivait très souvent, lorsque nous devions nous rencontrer dans un endroit de l’appeler pour lui dire de passer me prendre à bord de son véhicule. J’y ajoutais : « je suis ton maître » (allusion au cousinage à plaisanterie entre les Sérères et les Hal Pulaar NDLR). Il m’arrivait également de l’appeler « mon neveu » parce que sa maman est Sérère comme moi. Je suis persuadé que c’est un grand sportif et comme tel il sait comment se comporter. C’est ainsi que l’on a toujours vécu avant le combat. La preuve, avant le 10 juin, au stade Demba Diop, nous avons fait du show à la grande joie des amateurs. Par la grâce de Dieu, j’ai remporté la victoire. Deux jours après, il m’a appelé. Nous avons causé et c’est fini. Lorsque nous voyagions, il n’avait pas de bagages à main car il avait tout enregistré. C’est lui-même qui a porté mon sac à main. Cela a intrigué les douaniers qui n’en revenaient pas car pour eux ils ne pouvaient pas s’expliquer qu’après notre combat, on puisse voyager ensemble avec autant de désinvolture. C’est cela le sport. En général, beaucoup de lutteurs ont des préjugés et émettent des réserves à approcher leurs semblables qui pourraient leur jeter un mauvais sort. Je pense qu’il faut plaider pour le bien et proscrire le mal. C’est tout « bénéf » pour tout le monde.

Certains grands sportifs comme Zidane font beaucoup dans le social. Est-ce votre cas ?

J’ai constaté que beaucoup de jeunes veulent venir à Dakar, notamment ceux de ma contrée. Parmi eux, il y en a qui ont un réel avenir dans la lutte et qui sont attirés le souvent par les mirages de Dakar. Une fois arrivés à destination, ils vivent dans des conditions très difficiles. A la longue, ils se découragent et se désintéressent totalement de la lutte. Pour leur venir en aide, en tant que sportif, j’ai acheté du matériel pour un centre de formation d’une valeur de 15 millions de francs qui sera implanté à Joal. Il est vrai que nous n’arrivons pas à la cheville des Zidane et autres qui gagnent des milliards comparés à nos maigres cachets. Nous intervenons donc en fonction de nos possibilités car, il faut reconnaître que 15 millions ce n’est pas négligeable. Joal étant une ville où vivent toutes les ethnies, cette structure peut aider ceux qui sont intéressés par la lutte à y faire leur préparation. Seulement, cette salle a besoin d’être bien gérée. Si à Dakar, une telle prestation revient à 20.000, voire 30.000 francs, à Joal, avec tout juste 5.000 frs, tout sportif peut la fréquenter. D’ailleurs, c’est dans cette salle que j’ai préparé tous mes combats. C’est cela ma façon de faire du social.

Penses-tu à la reconversion ?

Je ne cesse d’y penser depuis le début de ma carrière. Car, à un certain âge, il n’est plus possible de s’activer correctement dans certains secteurs. Ainsi, chaque fois je m’évertue à mettre quelque chose de côté pour l’avenir car je suis appelé à quitter l’arène un jour. Et je dois avouer qu’après ma retraite, je ne souhaiterai pas être toujours fréquent dans l’arène. Néanmoins, je ne manquerai pas de donner un coup de main à ceux qui, dans le passé, m’avaient assisté. J’exercerai une autre activité moins contraignante.

Ton combat contre Balla Bèye a été assez particulier car tu as eu à dire après l’avoir battu que c’était là la plus belle de tes victoires et tu es même allé la fêter chez toi à Joal. On a même eu l’impression que tu avais d’autres adversaires, en plus de ton adversaire du jour. Qu’en est-il réellement ?

Ainsi va le sport. Pour moi, en tant que sportifs, ces gens qui font tout pour que je sois battu ne sont pas des ennemis. Ce sont tout juste des adversaires. C’est que quand tu es au sommet, tu es la cible de tout le monde. Même ceux qui, à tes débuts, t’encourageaient et te poussaient au dépassement. Quand ils m’ont tourné le dos, j’ai compris que ce n’était point de l’inimité, mais tout simplement de l’adversité et que c’était dans l’ordre normal des choses. Car, un champion doit en chasser un autre. Cela me motive énormément pour que leur rêve ne se réalise point. Voilà la raison du climat assez spécial qui a prévalu avant, durant et après le combat contre Balla Bèye 2.

Quel commentaire peux-tu faire sur l’ »affaire Mohamed Ndao Tyson ». On a entendu tout le monde sauf toi. C’est l’occasion aujourd’hui de le faire ?

Je ne peux que prier pour lui et souhaiter que la voie qu’il compte suivre après la lutte soit bénéfique pour lui en tant que frère. J’ignore les causes de sa décision.

D’où vient le nom Yékini ?

C’est un de mes copains, Malick Ndène qui vit actuellement en Espagne, qui m’a donné ce nom en 1992 alors que je jouais au football. Parce que pour lui, je ressemblais à Yékini, l’ex attaquant des Green Eagles du Nigeria. C’est à cette même année que j’ai commencé à lutter. C’est de là qu’est parti ce nom et il m’a collé à la peau jusqu’à présent.

Etais-tu un brillant footballeur ?

J’étais un défenseur central hors pair. J’étais un bon libéro.

Le Sénégal n’a jamais eu de médaille olympique en lutte alors qu’il compte un champion de ton rang qui n’a pratiquement plus rien à prouver en Afrique. Comment expliques-tu ce manquement ?

En 1997, aux jeux africains en Afrique du Sud, j’ai remporté la médaille d’argent. Après le tournoi, un Bulgare a conseillé à mon encadrement de me chercher une bourse pour les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Bulgarie, assuré qu’il était que j’avais les aptitudes physiques et techniques pour gagner une médaille olympique en un an. A mon retour, j’ai tout tenté avec le concours du CNG, mais en vain. Dès lors, il n’était plus question pour moi de me consacrer uniquement aux tournois de lutte qui ne m’apportaient rien. J’ai alors décidé de m’investir dans la lutte avec frappe. J’étais assuré que si l’on m’avait accordé cette bourse, j’aurais rapporté une médaille olympique.

Est-ce trop tard ?

Tout à fait, il est vraiment trop tard pour cela. La lutte gréco-romaine est dure. Avant, j’avais la volonté et j’étais dans de très bonnes dispositions. Ce qui n’est plus le cas actuellement. De nos jours, l’urgence, voire la priorité ce sont les jeunes. Qu’on les aide à se former à l’étranger

Tu étais cité en exemple par une certaine frange de la population grâce à tes bonnes actions. Apparemment ce n’est plus le cas…

Attends, il faut bien qu’on s’accorde sur un point : il m’arrivait après chacun de mes combat de partager un partie de mes gains avec des gens que j’assistais au plan social. Seulement, si ces derniers se retrouvent de l’autre côté de la barrière et deviennent mes adversaires, vous conviendrez avec moi que je me dois de réviser ma position. C’est ce que j’ai fait. C’est aussi simple que cela.

Quel commentaire peux-tu faire des espoirs qui ont disputé les galas de la saison 2006/2007 ?

Ce sont de potentiels adversaires pour moi. C’est une génération de champions en qui j’ai pu déceler de nombreuses qualités. S’ils sont bien encadrés, avec un plan de carrière bien défini, ils sont promis à un très bel avenir. Je peux même dire qu’ils peuvent nous dépasser et hisser la lutte à un niveau très élevé.

Des lutteurs ont quitté l’écurie Ndakarou pour aller vers d’autres. Qu’est-ce qui est à la base de ce départ ?

Ce sont deux ou trois lutteurs. Nous sommes une écurie avec un vrai esprit de groupe. Ceux qui n’étaient pas dans de telles dispositions ont dû partir sur mon injonction avec l’accord de Katy car c’est moi qui les y avais amenés, dans un premier temps. Puis, nous avons du écrire au CNG lorsque certains s’entêtaient à fréquenter notre écurie. Il y en a qui sont revenus se repentir et nous les avons repris et ils ont continué à travailler avec nous.

As-tu un problème avec Mbaye Diagne ton manager depuis ton combat contre Balla Bèye 2 ?

Il est vrai que le jour du combat j’ai été un peu chaud, mais cela se limitait strictement à ce cadre et à l’ambiance du moment. Mbaye Diagne et moi, nous n’avons aucun problème et je ne pense pas qu’on en ait un jour. Il fait partie de ceux qui m’ont accueilli et il a pratiquement l’âge de l’aîné de ma famille. Je n’ai que du respect pour lui.

Qu’est-ce qui est à la base du départ de Cheikh Diène.

C’est suite à une mésentente qu’il est parti. Après tout, la vie continue. Mieux vaut qu’il en soit ainsi dès lors que l’on ne s’entend plus.

Tu es connu comme un lutteur calme. Mais, on t’a vu « péter les plombs » contre Tapha Guèye et puis là avec Mbaye Diagne. Serais-tu un faux calme ?

Nul n’est parfait. Il y a des situations face auxquelles quel que soit ton calme, tu as du mal à te retenir. Il faut savoir reconnaître ses erreurs.

L’on a expérimenté lors du combat Gris Bordeaux-Bombarider un produit anti – dérapant nommé granulat pour protéger le gazon synthétique et éviter aux lutteurs toute glissade. Quel commentaire cette expérience t’inspire-t-elle ?

La lutte se pratique sur du sable. Et rien ne peut le remplacer. C’est un vieux débat. Le problème est que c’est l’Etat qui doit mettre à exécution son projet d’arène nationale pour éviter aux promoteurs de louer les stades pour leurs galas. La récente distinction de la lutte à travers le « Lion d’or » plaide largement pour la réalisation de ce vœu qui est celui de toutes les composantes qui gravitent autour de cette discipline : promoteurs, lutteurs, amateurs, presse. Au Niger, chaque région compte une arène

Ton poulain, Yékini Jr, a subi trois revers cette saison…

Cela arrive dans la vie de tout sportif. Yékini Jr n’a pourtant pas baissé le volume de ses entraînements. Son encadrement technique et psychologique est resté le même. En cas de contre-performance, on doit pouvoir comprendre que cela entre dans le cadre normal du sport. De grands sportifs ont traversé ce genre de situation : Mike Tyson, Oscar De La Hoya et d’autres.

Ne pense-tus pas que ton absence à ses côtés lors de ces combats perdus a influé sur ses résultats négatifs ?

« Khar defay wessou mboté » (Il faut savoir prendre ses responsabilités). Il n’est pas dit que je dois chaque fois aller avec lui et les autres au stade. Je suis appelé à raccrocher un jour. Que feront-ils dans ce cas ? Yékini Jr habite chez mois depuis cinq ans. Je lui ai dit qu’il n’est pas question que tu sois accompagné. Il est grandement temps de prendre tes responsabilités.

Présentement quel est le rêve de Yékini ?

Je l’ai déjà réalisé : être le roi des arènes et recevoir la plus haute distinction qui n’a jamais été décernée à un lutteur : le « Lion d’Or ».

As-tu envisagé la défaite.

Je l’ai dit plusieurs fois. Je pense surtout à mes fans. En sport, victoire et défaite vont de pair.

Quels sont tes combats le plus difficiles ? Et pourquoi ?

Il y a en deux. Contre Pouye 2 et le premier contre Balla Bèye 2. Contre Pouye 2, je venais tout juste de commencer la lutte avec frappe. Et comme tel je n’avais aucune option de la bagarre et en plus mon adversaire était un redoutable gaucher et un très grand technicien. Je ne savais pas trop comment m’y prendre. Nous avons lutté pendant trente minutes au point de nous attirer l’admiration de feu Moustapha Ndiaye qui reportait le combat. Finalement j’ai eu raison de lui.

Quant à Balla Bèye 2, on a lutté juste après sa première défaite dans la lutte. A 20 jours du combat, j’ai contacté une blessure au pied. Cela m’a handicapé. Je ne pouvais plus m’entraîner au risque de prendre du poids. Physiquement je n’étais pas au point.

Le plus facile ? Celui contre Khadim Ndiaye. Es-tu prêt à lui accorder une revanche.

Bien sûr, il n’a qu’à se préparer. Peut-être qu’il évitera de connaître le même sort que la dernière fois.

Justement que lui avais-tu fait ?

J’ai gonflé son ventre (rires)… Non ! Plus sérieusement, Khadim voulait juste justifier sa chute. Il avait sans doute trop mangé en bon « Ndiayène » très friand de lait caillé. Il ne se gêne point après le repas de midi d’en prendre … Il n’avait pas digéré ce jour-là.

Quel est ton plat préféré ?

Le mafé bien préparé (riz avec de la sauce d’arachide).

En direction des Arènes « Adrien Senghor » quelle est peut être ton action ?

Il revient à l’Etat d’entreprendre une action de réhabilitation ou autre. Moi, si l’on m’y invite, j’y vais pour de l’animation.

Comment as-tu accueilli le 5e sacre du Sénégal en lutte africaine ?

Avant les compétitions, je suis allé voir les jeunes à leur lieu de regroupement pour les encourager et les gonfler à bloc. Lors de l’ouverture, j’ai également participé à la fête pour les libérer. Car, c’était la première fois qu’ils combattaient à domicile et ce n’est pas facile à cause de la pression. Contrairement à l’étranger. La première victoire peut tout déclencher et il en a été ainsi.

Comment analystes-tu le combat Zoss _Lac de Guiers ?

Zoss s’y est très mal pris en voulant charger un adversaire plus grand que lui et avec une meilleure rallonge, avec autant de désinvolture et d’à-peu-près. Son erreur lui a été fatale. Il aurait du mieux calculer son entrée en jambes.

Les “khons”, y crois-tu ?

J’y crois personnellement et je me prépare en conséquence. Il est vrai que souvent des lutteurs cherchent à expliquer leur chute par les pratiques mystiques de leurs adversaires. En définitive, le sport est fait de victoire et de défaite.

Le statut du lutteur a beaucoup évolué de nos jours et au plan social, ils sont bien lotis. Et les tentations ne manquent pas…

En fait, tout sportif est responsable de ses actes. Pour un sportif de combat en tout cas, l’aire de vérité qu’est l’enceinte est la seule référence. Et l’on n’y triche pas.

Des coups de téléphone d’admiratrices, tu dois beaucoup en recevoir ?

Chaque jour que Dieu fait j’en reçois. Il en est même certaines qui vont plus loin en simulant un évanouissement en vous rencontrant. Il nous appartient de gérer et de bien gérer.

Le jour du combat de quoi est composée ton alimentation ?

Le matin je prends du café au lait et un peu de pain. A l’heure du déjeuner, je prends des fruits ou du jus de pomme. Le reste je prends mes potions mystiques (saafara).

T’intéresses-tu à la politique ?

Je n’envisage pas d’en faire, même après ma retraite. Cependant, je ne peux rester indifférent aux bonnes actions d’une personne. Mbaye Jacques Diop (président du Craes) par exemple est un politicien, mais c’est un grand sportif. Lorsqu’il a su que je suis un ami du boxeur Souleymane Mbaye, il m’a fait appeler et m’a exprimé le souhait de voyager avec moi pour aller voir le combat… Mieux, il a convié Balla Bèye 2 à nous accompagner.

Face à toi, Gris-Bordeaux par exemple n’a pratiquement rien à perdre. Bien au contraire. N’est-il pas mieux indiqué pour lui de rencontrer d’autres lutteurs avant d’accéder à toi ?

J’ai toujours dit que je suis animé du souci de bien faire. Effectivement, entre Gris Bordeaux et moi, il y a des adversaires potentiels. Cependant, la tradition veut que tout champion bénéficie souvent d’une ascension fulgurante. S’il y avait une logique dans la lutte, son adversaire tout désigné serait Balla Bèye 2 ou Khadim Ndiaye. Parce que ces deux là, je les ai battus chacun à deux reprises et ce sont des champions. Bombardier, je ne devrais plus l’affronter parce que je l’ai également battu à deux reprises. Ma préférence va vers les espoirs qui se sont le plus illustrés cette saison pour mes cinq derniers combats. Je suis tout de même prêt à accorder des revanches. Et si Dieu exause mon vœu, je réaliserai un exploit inédit : triompher de trois générations de lutteurs.


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