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Yoro Dia journaliste et analyste politique : « le Senegal doit montrer a Yaya Jammeh que trop cest trop »

Pour mettre fin aux dérives du président gambien, le journaliste et analyste politique
Yoro Dia estime qu’il est indispensable de préparer Fodé Kaba 3. Une opération qui consiste, selon le politologue, à aider les Gambiens à se débarrasser de Yahya Jammeh. Entretien.

Quel commentaire faites-vous
des dernières déclarations du président gambien Yahya Jammeh sur les différents présidents de
la République du Sénégal ?

En tant que sénégalais, j’ai été choqué par la déclaration et le manque de retenue de Yahya Jammeh. Mais ça ne m’étonne pas. Si vous suivez mes sorties sur lui, je me suis fait une religion sur ce dirigeant. J’ai toujours dit que dans nos rapports avec la Gambie, le Sénégal se couvre de manière permanente de déshonneur. En 1938, quand les démocraties occidentales ont signé les accords de Munich pour éviter la guerre avec Hitler, le premier ministre anglais, Winston Churchill, a dit : entre la guerre et le déshonneur, ils ont choisi le dernier mais ils auront la guerre.

Avec Yahya Jammeh, c’est exactement la même chose. Entre le déshonneur et acheter la paix avec lui, depuis Abdou Diouf, le Sénégal a choisi de se déshonorer. Nous l’avons en permanence et nous n’avons pas la paix en Casamance. Donc pour avoir la paix en Casamance, le Sénégal se couvre de déshonneur en permanence et on n’a pas ce qu’on attend de lui. L’autre élément qu’il faut noter, c’est la cécité stratégique de nos dirigeants.

Aujourd’hui, Yahya Jammeh est parvenu de façon incroyable à nous faire croire qu’il est indispensable à toute résolution de la crise casamançaise alors que c’est l’inverse. Il suffit de regarder une carte pour constater que la Gambie est un bantoustan à l’intérieur du Sénégal. Nous, on peut se passer de la Gambie ; par contre, le pays de Jammeh a besoin du Sénégal pour exister. C’est la même chose entre la France et la Principauté de Monaco. Vous n’entendrez jamais le prince de Monaco faire des déclarations déplacées vis-àvis de la France. Quand il y a eu des incidents pareils, De gaulle a dit : prenez le problème de Monaco, je fais un sens interdit à la frontière.

Quelle doit être donc l’attitude de nos dirigeants vis-vis de la Gambie ?

Aujourd’hui, si le Sénégal décidait de mettre un sens interdit à la frontière gambienne, la Gambie n’aurait pas une autre alternative. Donc, c’est inadmissible qu’un président de ce pays voisin ose parler comme ça d’Abdou Diouf, d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall. La Guinée Bissau a toujours soutenu le MFDC quand il y avait des régimes militaires. Mais depuis que la démocratie est revenue dans ce pays, le régime démocratique légitime a chassé le MFDC.

Pour la Gambie, je fais partie de ceux qui pensent qu’on n’aura jamais ce qu’on veut aussi longtemps que Yahya Yammeh restera au pouvoir. Il a exigé et obtenu du Sénégal qu’on expulse Bayo, un opposant gambien, en disant qu’il n’acceptera pas que des opposants sénégalais aillent en Gambie pour attaquer Macky Sall. Mais les Sénégalais n’ont pas besoin d’aller en Gambie pour attaquer leur chef d’Etat, ils le font à la place de l’obélisque, dans les radios et journaux alors que chez lui, personne n’ose le faire.

Jusqu’à quand le Sénégal va tolérer l’une des dictatures les plus sanglantes du continent. Le rapport de forces est largement favorable au Sénégal. La Gambie et le Sénégal, c’est comme la France et Monaco ou l’Afrique du Sud et le Lesotho. Yahya Jammeh ne connaît que les rapports de forces.

Abdou Diouf a fait plein d’efforts pour l’amadouer mais il n’a pas eu le résultat escompté en Casamance. Abdoulaye Wade a fait la même chose et Macky est en train de commettre la même erreur. Yahya n’aidera jamais le Sénégal à obtenir une paix définitive en Casamance car c’est le seul moyen de pression dont il dispose sur le Sénégal.

Selon vous, qu’est-ce qui explique cette inertie des différents présidents sénégalais ?
Yahya Jammeh les attaque souvent et personne ne réagit !

C’est ce que j’appelle la cécité stratégique de nos dirigeants. C’est-à-dire de façon incroyable, Jammeh a réussi à faire croire à nos dirigeants qu’on ne peut pas se passer de la Gambie alors que c’est le contraire. Moi quand on a parlé du pont de Farafenny, j’ai dit que le Sénégal perd encore son temps. Le pont et le bac, c’est la même chose. Yahya est un fou furieux, il peut se lever un jour et décider de le fermer.

Le Sénégal doit se donner les moyens pour lui faire savoir qu’il y a des choses inacceptables. Comme il est militaire, il ne comprend que ce langage. Il ne va devenir normal que quand il sentira que notre pays prépare sérieusement “l’Opération Fodé Kaba 3”. Pour moi, il urge de restaurer la démocratie en Gambie. Je tiens à rappeler qu’au temps de Diawara, ce pays faisait partie des rares Etats démocratiques en Afrique. Il faut faire partir Yahya Jammeh, le rapport de forces sur le plan social, économique et militaire est favorable au Sénégal.

Tu ne peux pas t’installer à l’intérieur du Sénégal et l’insulter. C’est comme si tu venais au milieu de la maison de quelqu’un et l’injurier. Ce qu’il a dit sur Wade, c’est inacceptable. Wade n’est plus au pouvoir, mais Macky doit lui faire savoir que c’est inadmissible. Le fait qu’il dise que le président Sall est au solde des occidentaux, c’est inacceptable et il faut que le Sénégal lui fasse savoir que trop c’est trop ! Jusqu’à quand on va accepter qu’un bouffon comme ça insulte copieusement les présidents du Sénégal ? Pour mettre fin aux dérives de Tambacounda. Et tout le monde aura la paix”, préconise-t-il.

Dans ses sorties antérieures, Jammeh a aussi accusé Macky Sall de vouloir bloquer l’économie gambienne. L’ancien représentant du Sénégal à Banjul trouve que c’est faux, c’est une illusion. Selon lui, le Président Macky Sall a plein de solutions pour étouffer la Gambie.

Mais que très certainement, il ne veut pas que le peuple gambien en souffre. “Il suffit juste de bloquer le passage entre les deux pays pour que, économiquement, la Gambie étouffe. Ça a été le cas il y a quelques années. Et il a fallu l’intervention de nos amis mauritaniens, parce qu’il n’y avait plus de gaz. En quelques jours, ils ont beaucoup souffert. J’étais là pour vivre cet enfer avec eux. C’est la Mauritanie qui a envoyé une petite quantité pour les dépanner”, se souvient-il.

En outre, entre Jammeh et les chefs d’Etat sénégalais, ce n’est pas uniquement une histoire d’économie. C’est aussi une affaire de stabilité. Yahya considère le Sénégal comme un refuge de ses ennemis. Il accuse très souvent le Sénégal de vouloir déstabiliser son régime. Mais l’ambassadeur n’y voit que “des histoires de politique politicienne”.

Pour lui, le Sénégal n’a aucun intérêt à affaiblir la Gambie. Sinon il l’aurait fait bien avant 1994, c’est-à-dire avant l’arrivée de l’enfant de Kanilaï au pouvoir. “Si le Sénégal veut déstabiliser la Gambie, elle ne pourra pas s’y opposer”, a conclu Ndiouga Ndiaye.

Jammeh, je suis de ceux qui pensent quel’opération“FodéKaba3” est indispensable. Si vous instaurez une démocratie en Gambie et en Guinée Bissau, il y aura une zone de copropriété économique. Il ne faut pas que le président Sall tombe dans le piège, car Yahya Jammeh a pratiqué Abdou Diouf pendant une dizaine d’années, Abdoulaye 12 ans. Aujourd’hui, il est avec Macky depuis bientôt 5 ans et c’est toujours la même stratégie. Il est temps que le Sénégal se réveille.

Fodé Kaba 3 dont vous parlez consiste à faire quoi ?

Nous sommes une société démocratique et ouverte. Si les Gambiens veulent, on peut les aider à se débarrasser de leur dictateur de président. Il faut faire savoir à Yahya Jammeh que nous sommes un peuple démocratique et lui, c’est une dictature et que le Sénégal ne se privera d’aucun moyen pour faire revenir la Gambie dans la voie de la démocratie. Maintenant s’il estime que le rapport de forces lui est favorable et souhaite une option militaire, pourquoi pas ?

Mais il y a une option plus simple : attendre qu’il voyage et lui fermer notre espace aérien. On a le droit de fermer nos frontières, lui montrer qui nous sommes. Il faut inverser la dialectique. Il ne faut pas que les présidents continuent de croire que la Gambie est indispensable, c’est faux. Les chefs d’Etat le savent, mais ils se disent que la résolution de notre plus grande crise que constitue la Casamance ne passera que par la Gambie.

On ne va avoir la paix définitive que lorsque le Sénégal se donnera les moyens de se défendre sur les deux fronts, aussi bien en Guinée Bissau qu’en Gambie. Je vous donne un exemple simple : depuis l’opération Gabou en 1998, nous avons la paix sur le front sud car les Bissau Guinéens se sont rendu compte qu’ils ont un voisin puissant. Il faut aussi montrer à Yahya Jammeh la conséquence de jouer avec le feu.

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