Accueil / CULTURE / Youssou Ndour:  »Alsaama Day », un bijou présenté dans un emballage linguistique quelconque

Youssou Ndour:  »Alsaama Day », un bijou présenté dans un emballage linguistique quelconque

Alsaama Day. Derrière ce titre bizarre du dernier album du chanteur Youssou Ndour, sorti le 10 avril dernier, se cache un trésor de rythmes, de textes forts et de belles mélodies, tous puisés d’un vécu, d’une riche expérience musicale.
A l’écoute ce nouvel opus du ‘’roi du mballax » c’est un pur bonheur. Un mballax à la fois soft et dépouillé, des textes inspirés et instructifs pour des mélomanes sevrés depuis trois ans et demi de chansons inédites de l’artiste.

Depuis l’album ‘’Sant » (novembre 2003), un disque en hommage aux soufis sénégalais, que Youssou Ndour considère comme une ‘’parenthèse » dans sa discographie. C’est donc sous l’étiquette d’un nouveau jour que  »Alsaama Day » peut être présenté.

Dans ‘’Alsaama Day », Ndour incite à la persévérance et au courage pour affronter les obstacles de la vie et ne pas baisser les bras quand rien ne semble évident (Bul Baayeku), magnifie les vertus de l’amour authentique (Bëg Du Bagn), de l’amitié sincère. L’artiste revient sur l’enfance, thème maintes fois chanté, mais en s’adressant cette fois-ci à l’enfant (Del Sol Dal).

Présenté par le chanteur comme le ‘’reflet d’une société en mutation », ce nouvel album, première partie d’une version qui sortira à l’international en septembre prochain, donne l’occasion au musicien de regretter le remplacement des moyens traditionnels de communication (tama et sabar) par le téléphone, les nouvelles technologies en général, qui ont réduit les contacts humains.

Dans le métaphorique ‘’Borom Gaal » — allusion à l’émigration clandestine et en même temps mis en garde contre les dangers du grand bleu — Youssou Ndour s’adresse à la mer : (S’il est vrai que tu es porteuse de paix/Je te prie de me le prouver/Combien de souffrances tu as causées/Semant désolation et désespoir dans des familles). Ce titre a une dose de salsa avec la participation des musiciens du Baobab (Rudi Gomis, Balla Sidibé, Thierno Koité…).

Le seul hic, si on peut l’appeler ainsi, c’est titre de l’album — Alsaama Day –. Il a suscité, et continue de le faire, beaucoup de commentaires et de questions. Où est-ce qu’il est allé chercher ce titre, se sont demandé plusieurs mélomanes ? Même certains mandingues qui disent ‘’Alsaama » pour saluer le matin se sont fait expliquer pour comprendre.

Malgré ses explications souvent tirées par les cheveux, Youssou Ndour n’a pu justifier la cohérence de ‘’Alsaama Day ». Il a mis en avant, ici et là, l’effet marketing recherché pour frapper les esprits et le souci de montrer qu’il existe d’autres langues au Sénégal.

Youssou Ndour est allé même jusqu’à dire que ‘’Alsaama Day » veut dire ‘’bonjour » en mandingue.

En fin de compte, ça donne un titre quelconque. Incompréhensible. D’abord parce que rien que le mot ‘’Alsaama » aurait suscité les curiosités dans un pays où le mandingue n’est parlé que par une minorité.

Ensuite, si tant est que le souci est de mettre en évidence la diversité linguistique, le fait est que le mandingue n’a pas besoin de s’associer ainsi à l’anglais pour s’affirmer. Les langues ayant la même dignité, le mandingue aurait plus gagné à voir ses mots voyager seuls. Cette langue africaine gagne-t-elle quelque chose en étant associée à l’anglais ? Pas si sûr.

Question : Youssou Ndour s’est-il entouré de conseils avant de sortir cette bizarrerie ? Apparemment non si l’on sait qu’il travaille depuis quelques années avec Ousmane Sow Huchard, homme de culture reconnu, qui maîtrise parfaitement le mandingue.

Youssou Ndour a voulu montrer qu’il fait des recherches. Pour ‘’Alsaama Day », il a peut-être cherché mais il n’a pas trouvé grand chose. Lui l’artiste planétaire, dont les moindres chansons sont connues par cœur par les mélomanes et passées en boucle par les radios, doit veiller à faire passer des messages clairs et réfléchis.

La comparaison peut être qualifiée d’excessive, mais ça rappelle 2002. Cette année-là, Youssou Ndour avait sorti le morceau ‘’Batay » où il racontait que pour parler du référendum pour la communauté française, le général De Gaulle était venu à Dakar en 1959, alors que dans les programmes scolaires enseignés au Sénégal, on apprend que c’est en 1958 que le président français avait effectué une tournée dans certaines colonies.

Plus loin, en 1985, Ndour avait ‘’transformé » un mot wolof, passé depuis le langage courant. Dans le titre ‘’Warèef » où il chante les vertus de la destination Sénégal, le leader du Super Etoile emploie de mot ‘’Nopaliku » (se reposer en wolof) alors qu’il aurait fallu dire ‘’Nopalu ». Depuis, ce mot (Nopaliku) est passé dans l’usage courant.

Il suffit que Youssou Ndour crie pour que les gens l’écoutent pour essayer de comprendre ce qu’il a voulu exprimer, dit-on souvent au Sénégal. Ne serait-ce que pour ça, il doit, plus que les autres, s’entourer de toutes les précautions nécessaires.

 »Alsaama Day », puisse qu’il faut se résoudre à l’appeler ainsi, est bien un bijou sur le plan strictement musical. Mais il est présenté dans un emballage linguistique quelconque.


À voir aussi

Décès de Lilyan Kesteloot, spécialiste des littératures négo-africaines contemporaines

L’universitaire et chercheuse belge Lilyan Kesteloot, spécialiste des littératures négro-africaines francophones, est décédé mercredi à …

Thione Seck s’épanche- Les Faux billets, Modou Kara, Youssou Ndour – Le lead vocal du Raam daan dit tout

Absent de la scène musique depuis quelques temps, Thione Seck compte signer son retour avec …