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ZEINAB SILE BORGOTO AU PROCÈS DE HISSEIN HABRÉ « Quand j’ai vu le corps sans vie de mon mari, je suis tombée en syncope »

  • Date: 3 décembre 2015

Le procès de Hissein Habré a repris, hier, avec la suite de l’audition des témoins. En effet, Kal Assoum Manre et Zeinab Sile Borgoto par ailleurs épouse du défunt commandant Galliam, ancien directeur de cabinet militaire de Hissein Habré ont été à la barre. Ils ont prolongé la liste des témoins à charge contre l’ancien président tchadien.

Cultivateur de son état, Kal Assoum Manre a été, hier, à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). C’est pour faire sa déposition dans le procès de l’ancien président tchadien, Hissein Habré, qui s’est ouvert à Dakar depuis plusieurs jours. Le témoin a soutenu qu’il avait 16 ans lorsque des militaires avaient pris d’assaut son village natal, Maybo. « Le 7 mars 1985, des militaires avaient envahi le village sous prétexte qu’ils recherchaient les Codos. Sur ces entrefaites, ils ont demandé aux villageois de venir sous le manguier pour écouter le message dont ils sont porteurs », narre-t-il. À l’en croire, ils ont été divisés en deux groupes par les militaires qui leur ont demandé de se coucher à plat ventre. C’est ainsi qu’ils seraient fusillés par les hommes en tenue. Devant les juges, le témoin a indiqué qu’il a pris une balle au cours de cette exécution. « J’ai tenté de me sauver, en vain. Car, j’avais reçu une balle et j’avais perdu connaissance. Il faut dire que cette balle que j’ai reçu a sectionné mon bras », ajoute-t-il. À la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae), hier, Kal Assoum Manre a indiqué qu’il n’a jamais reçu de soins. Il s’en est sorti indemne grâce à l’intervention des femmes du village qui l’on soigné avec des feuilles d’arbres. Selon le témoin, cette attaque a fait 13 morts et 4 rescapés. Toutefois, renseigne-t-il, les militaires sont aussitôt repartis après les faits. Non sans piller le village. Cependant, il a révélé que les militaires ont commis des exactions dans plusieurs villages environnants. À la fin de sa déposition, le témoin a soutenu qu’il est handicapé à vie et il ne peut plus travailler. Sur ce, dit-il, c’est sa femme qui se donne à fond pour assurer la dépense quotidienne.

Zeinab Sile Borgoto : « Ils ont déposé le corps sans vie de mon mari devant ma maison »

À sa suite, Zeinab Sile Borgoto, par ailleurs, épouse du défunt commandant Galliam a été à la barre aussi. Elle a été entendue en qualité de témoin mais aussi victime parce qu’elle a perdu son époux sous le régime de Habré. En effet, le commandant Galliam a été ancien directeur de cabinet militaire de Hissein Habré. Mais, il sera arrêté en 1987 parce que, nous dit-on, il s’est opposé à l’arrestation des Hadjaraïs dont il faisait partie. Selon la dame, une semaine avant son arrestation, son mari lui avait montré une blessure arguant que c’est le Président Habré qui lui a écrasé une cigarette sur la main parce qu’il n’était pas d’accord sur l’arrestation des Hadjaraïs. À la barre, hier, la veuve a soutenu qu’après l’arrestation de son mari, sa mère faisait des démarches auprès de Fatim Chahata Habré pour faire libérer son époux, en vain. La souffrance ne faisait que commencer, selon elle, car en 1988 Zeinab a reçu un coup de fil anonyme l’informant de la mort de son mari. « Ils ont enterré mon mari avant de le déterrer pour le déposer devant ma maison. Quand j’ai vu le corps sans vie de mon mari, je suis tombée en syncope. Sa tête était enflée, le sang sortait dans les yeux, la bouche et le nez », raconte la veuve.  Par la suite, elle a rejeté les mentions faites dans le certificat de genre de mort qui atteste que le commandant Galliam était mort de méningite. « Mon mari est mort suite aux tortures qu’il a subies au camp des martyrs. Je précise qu’il ne souffrait d’aucune maladie auparavant », renchérit-elle. Avant de continuer : «  Je veux que Hissein Habré me dise pourquoi il a tué mon époux. Qu’est-ce que mon mari a fait pour mériter ce sort », clame la dame. Une question dont elle n’aura jamais la réponse car l’accusé, Hissein Habré, a décidé de garder un silence de cathédrale devant les juges des Chambres africaines extraordinaires (Cae).

Cheikh Moussa SARR

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