1 octobre, 2014
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Zone des niayes : Le maraîchage retient les fils au terroir

Zone des niayes : Le maraîchage retient les fils au terroir

Dans la zone des Niayes, le maraîchage permet la sédentarisation d’un nombre important de ses fils. La production des légumes venant de l’activité maraîchère des Niayes ravitaille une grande partie des marchés de Dakar et d’ailleurs. Une production de légumes qui se réalise avec des moyens rudimentaires et une dépense démesurée en énergie.

source : Le Matin

Les Niayes retiennent les fils du terroir

Thieudème, un village de la communauté rurale de Diender, dans la zone des Niayes, se situe à 2h30mn de Dakar. Pour s’y rendre, il faut emprunter la route des Niayes à partir Rufisque. À hauteur de Rufisque une déviation mène vers Bayakh, un village carrefour. Et de là, une route conduit vers Kayar, un village de pêcheurs. Dans l’autre direction menant vers Mboro, après 20mn à 25mn de route, se trouve Mbidieum. À ce niveau, un sentier conduit directement à Thieudème. Ce sentier d’à peu près 1,5 Km est bordé des deux côtés par de l’euphorbe servant de clôtures aux vergers de manguiers. L’entrée du village de Thieudème ne laisse personne indifférent. Un grand palétuvier y est planté. « Ce n’est pas un arbre ordinaire, il sert de protection aux villageois », a soutenu Mbaye Sarr, un notable du village. Thieudème est fortement peuplé. Environ 5000 habitants y vivent sur une surface de 2 Kms de long et de 1,5 Km de large. Les concessions sont vastes, mais pleines de monde à cause de la vie en communauté. Les bâtisses sont collées les unes aux autres. Personne ne s’éloigne de sa famille pour se procurer sa propre maison. / PAS D’ÉLECTRICITÉ DANS LE VILLAGE / Le village de Thieudème n’a pas de districts sanitaires encore moins d’électricité. Les malades ou les femmes en grossesse, par manque de véhicules, sont obligées de prendre les charrettes vers d’autres villages pour se faire soigner ou pour pouvoir accoucher. Souvent, les parturientes mettent du temps avant d’être acheminées vers une maternité. Aussi tout peut-il arriver en cours de route. Ces paysannes qui pratiquent de durs labeurs dans les champs ne font l’objet d’aucun suivi pendant leurs grossesses. Par ailleurs, il n’y a qu’une seule école et elle a été construite en 1983 avec seulement 3 salles de classe. / LA CONSERVATION DES TRADITIONS / Dans le village de Thieudème, les valeurs traditionnelles sont jalousement conservées. Ces valeurs de solidarité, de partage, d’entraide se manifestent lors des événements heureux ou malheureux qui touchent un membre de la communauté. Dans ces situations, chacun cherche à être le plus utile possible. L’étranger est reçu avec chaleur. Il a droit à tous les honneurs. Aux heures de repas, les passants sont les conviés. « La personne qui arrive dans le village pour la première fois ne doit pas refuser de manger par exemple, au risque de ne plus être intégré ». La vie en communauté est toujours de mode dans ce village. Partout des verres de thé sont servis gratuitement et avec le cœur. / LES ACTIVITÉS MARAÎCHÈRES / Notre rendez-vous découverte se poursuit dans la zone agricole. Un trajet de 1,5 Km sépare le village des champs. Divers moyens de transport mènent aux champs. Certains y vont avec des tractions animales, à vélos, en charrettes ou à pied. Comme notre reporter . À 11h45mn, le soleil darde déjà ses rayons, et les champs sont en vue. Au niveau du premier secteur, la verdure fait penser à la Casamance. Les dunes sont bordées de palmiers. De ces palmiers est extrait le vin de palme avec lequel les bars du Sénégal sont ravitaillés. D’ailleurs, des véhicules transportent au quotidien les gourdes remplies de vin vers Dakar et sa banlieue. Albert Ndiaye, malgré ses 45 ans, un “candam” (ceinturon en tiges de bambous permettant de grimper sur les palmiers) accroché autour du cou, des bouteilles et gourdes en main s’apprête à monter sur l’arbre. M. Ndiaye travaille depuis 25 ans à l’extraction du vin qui est, selon lui, une activité juteuse, rentable et génératrice de revenus. Albert poursuit : « Les ventes tirées de l’extraction du vin nous ont permis d’avoir de belles villas à Dakar, mais de gérer de grandes familles”. Toutefois, il lance qu’il s’agit d’un travail à risque. Et il explique : « Nous montons d’arbre en arbre et souvent il y a des accidents ». De plus, ajoute-t-il, « nous passons la nuit ici (ndlr : au pied des arbres) où nous cohabitons avec les serpents et d’autres animaux féroces ». « BALÈNE SARR », ZONE CULTIVABLE AUX RELENTS MYSTIQUES À 30 m des palmiers se trouve la zone cultivable. Ce secteur s’appelle “Balène Sarr”, un nom mythique. À Balène se trouve le totem du village. Un sanctuaire servant à guérir les gens possédés par les “jinns” (démons). Les activités maraîchères pratiquées dans cette zone ont beaucoup participé à retenir les jeunes dans le village. Les villageois possèdent des champs de dimensions considérables réparties en parcelles. Une variété de cultures s’y retrouve. Ainsi plans de carottes, de choux, d’aubergines, de piment etc. s’y côtoient. Dans ce village, aussi les hommes que les femmes accèdent à la terre. Ousmane Diop, trouvé dans son champ de choux avec ses 5 enfants nous explique : « Les plans de choux ont une durée de vie de 3 mois au maximum avant les récoltes. Et pour beaucoup produire, il faut une main-d’œuvre déterminée, des financements appuyés et un suivi régulier des plantes ». De l’autre côté du champ d’Ousmane, Ndèye, maraîchère. En short, un petit sac en bandoulière, elle porte des haillons. Elle donne l’air d’être une femme seule. Mais Ndèye explique sa grande détermination : « Nous travaillons comme les hommes. Ceci pour être en mesure de satisfaire nous-mêmes nos besoins ». « Nous avons l’obligation de travailler notre champ avant de retourner à la maison préparer le repas pour la famille », a-t-elle ajouté. / DES MOYENS RUDIMENTAIRES / A Thieudème, la nappe n’est pas profonde. Il suffit de creuser 2 à 3 m de profondeur pour obtenir de l’eau. C’est à Thieudème que se trouve le lac “Taan ma” qui est maintenant tari. Ce lac produisait aux populations locales des poissons appelés “colèr”, qui entraient dans la préparation de la sauce du couscous. Les maraîchers utilisent deux seaux de 10 l chacun. Ils barrent l’ouverture avec un morceau de bois. Puis, ils attachent une corde sur l’un des seaux pour puiser l’eau. Ailleurs, les maraîchers utilisent des puits appelés “daw dougue”(tu entres et ressors avec de l’eau). UN SAC DE CHOUX COÛTE ENTRE 6000 ET 6500 FCFA / Un champ peut produire entre 100 et 140 sacs de choux. Les récoltes se transportent souvent vers Dakar, Kaolack, Thiès etc. Le sac de choux est vendu dans les champs entre 6000 Fcfa et 6500 Fcfa. Les maraîchers évaluent leurs bénéfices après la vente de production. Ils soustraient l’ensemble des dépenses ainsi que la main-d’œuvre pour savoir exactement s’ils se sont tirés d’affaire ou pas. / HORAIRE DE TRAVAIL DÉMESURÉ / A Thieudème, les maraîchers quittent le village à 5 h le matin pour ne revenir qu’entre 19 H-20 h le soir. Ils n’observent de pause qu’à 15 h, juste le temps de prendre le déjeuner et 2 verres de thé. Ils reprennent les activités à 16 h. Ces braves maraîchers ne sont au village le jour que lorsqu’il y a une cérémonie (mariage, baptême, décès etc.) dans le village. / LES MARAÎCHERS, CRÉATEURS D’EMPLOIS / A Thieudème, certains propriétaires de terre prennent des employés qu’ils payent souvent à la fin du mois. D’autres proposent des lopins de terre et le financement de la campagne. De plus l’employé est logé et nourri. Une fois la récolte vendue, après le retrait de la totalité des frais investis durant la campagne, la somme restante est divisée en deux parts égales entre le propriétaire terrien et son ouvrier agricole. Si, dans le protocole d’accord préétabli, il était stipulé que l’employeur ne donnait que les frais du champ, dans ce cas, ils divisent par deux parties égales sans rien en soustraire. La plupart des personnes employées dans les champs à Thieudème sont des Guinéens, des Baol-Baol etc. L’autre type d’exploitation consiste en la location d’une parcelle de terre. Dans ce cas de figure, celui qui travaille la terre le fait pour son propre compte. Seulement, ce qu’il faudrait noter, c’est qu’entre le Lébou et la terre, c’est un pacte à mort. Ils ne vende
nt jamais. / THIEUDÈME, UN PONT ENTRE LES MARAÎCHERS ET LES MARCHÉS / Les femmes du village servent de lien entre les maraîchers et les marchés de Dakar et banlieue. Les femmes du village parcourent plusieurs zones à la recherche de légumes. Les légumes achetés sont transportés dans des marchés comme Dalifort, Castors (à Dakar), Thiaroye, Rufisque entre autres. Les femmes prennent des cars « Ndiaga Ndiaye » qui quittent le village à 4h du matin pour les marchés intérieurs de Dakar. Dans ces marchés, elles revendent au détail. Souvent, elles ne reviennent que dans la mi-journée. De retour du marché, elles se lancent dans une nouvelle aventure pour un marché ultérieur. Il est important de noter que certaines parmi ces femmes sont soutiens des familles. Nogaye, l’une des commerçantes explique : « Nous achetons le sac de chou à des prix variés. Mais la revente au détail au niveau des marchés nous rapporte beaucoup ». Dans ce sillage, elle poursuit : « Les maraîchers dont la plupart sont nos parents ou nos époux nous comprennent parfaitement. Nous pouvons rester plusieurs jours sans leur donner de l’argent après le marché ».