mercredi , 11 décembre 2019
Rewmi.com / Décryptage / Aar li nu Bokk et les autorités : Le jeu du chat et de la souris

Aar li nu Bokk et les autorités : Le jeu du chat et de la souris

C’est décidément le jeu du chat et de la souris entre les autorités étatiques et le collectif Aar linu bokk.

A chaque occasion, le mouvement, composé de jeunes activistes, descend sur le terrain et récolte, pour la plupart des cas, des arrestations. Et après libération, on recommence.

Et dans la plupart des cas, c’est Guy Marius Sagna de ‘’France dégage’’ qui est interpellé. Il vient ainsi de récolter son énième interpellation même si, cette fois-ci, il a été arrêté avec Babacar Diop du RDS.

Sagna venait ainsi d’être nommé à la tête du collectif Aar linu bokk. L’homme a réussi ainsi à incarner le refus d’une jeunesse qui n’est pas satisfaite de la gestion du régime de Macky. Il symbolise, à lui-seul, une forme d’indignation de nombre de Sénégalais qui ont le sentiment d’être orphelins, abandonnés à eux-mêmes par des hommes politiques qui, après les élections, sont devenus moins présents sur le terrain.

Avec Babacar Diop, Abdourahmane Sow et bien d’autres, Guy s’est fait le devoir de défier les autorités étatiques à chaque fois que de besoin, au moment où beaucoup de Sénégalais baissent le bras.

Le motif de son arrestation et celle de Diop, la manifestation non-déclarée est juste un prétexte démodé. Dans une république comme la nôtre, l’arrêté Ousmane Ngom est désuet parce que représentant un des motifs pour lesquels Macky Sall a justement été porté au pouvoir : lutter contre les atteintes aux libertés et aux réflexes autocratiques.

Donc, il faudra désormais revenir sur cet arrêté d’autant plus que des jeunes du pouvoir se sont permis, du moins une fois, de le violer sans conséquence majeure.

Pis, le motif de risque de trouble à l’ordre public s’inscrit dans la même dynamique d’atteinte aux libertés fondamentales. Ces jeunes peuvent marcher tous les jours, personne ne peut démontrer que l’ordre public sera menacé.

La frilosité du régime en place et sa propension à interdire, trahi une autre préoccupation.

Eu égard en effet au caractère souvent sensibles des thèmes abordés, comme la gestion du pétrole et du gaz où des membres de la famille présidentielle sont cités, leur arrestation n’est qu’une façon de casser le mouvement en éliminant les têtes pensantes et les meneurs.

Le pouvoir se fait le devoir de neutraliser pratiquement les seules poches de contestation qui résistent en utilisant la manière forte.

Toutefois la répétition des arrestations et libérations va finir par créer une forme de banalisation de l’action publique de coercition qu’incarne les forces de l’ordre.

En effet, à voir la manière dont Guy et Babacar ont déjoué la vigilance des policiers et se sont comportés lors de leur arrestation, montre qu’ils se soucient peu d’être sous le coup de la loi ou non.

Ces images qui circulent sur les réseaux sociaux ne sont pas pour aider à créer ‘’la peur du gendarme’’ nécessaire cependant à susciter un sentiment dissuasif de crainte.

Il est démontré, du point de vue de la criminalistique, que la récurrence des confrontations avec des citoyens banalisent les policiers qui ne pourront plus bénéficier de cette crainte qui dissuade bien des criminels.

En clair, ce que nous voulons dire, c’est que l’Etat ne gagne rien à arrêter ces activistes. Au contraire, il les rend plus populaires, mieux aimés par les populations et à banaliser l’action des forces de l’ordre qui peuvent avoir du mal à s’en prendre à des gens qui revendiquent des problèmes dont ils souffrent eux-mêmes.

Laissons-les donc manifester tout tranquillement comme dans tout état démocratique qui se respecte.

En Guinée Conakry par exemple, chaque mardi, le FNDC (Front national de défense de la Constitution) réunit deux millions de personnes toutes habillées en rouge dans les rues de Conakry sans que le pouvoir n’interdise ces manifestations.

Macky ne peut pas faire moins que Condé.

Assane Samb

 

Check Also

GO: Innocence Ntap, le dialogue impossible

La brave Inno ne sait plus où donner de la tête. D’un côté, l’État acculé …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *