jeudi , 2 avril 2020
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Emigration clandestine : Les jeunes continuent à se suicider

Ce sont les Policiers de la Médina qui les ont arrêtés. Ces jeunes étaient des candidats à l’émigration clandestine. La mort de leurs concitoyens dans les eaux mauritaniennes ne leur a fait aucun effet.

Ce sont pourtant des milliers de jeunes Africains, dont de nombreux Sénégalais et Gambiens, qui périssent en mer parce qu’ils tentent de regagner l’Europe. Les chiffres sont alarmants : Le projet « Missing Migrants », de l’Organisation internationale pour les Migrations, parle de 6.615 de migrants morts en mer. Ces statistiques n’intègrent pas l’année 2019 où, tout récemment, ce sont 60 d’entre eux qui sont morts dans les eaux mauritaniennes dont des Sénégalais.

Or, le problème, c’est que ces chiffres sont largement en deçà de la réalité. Car, il ne faut pas l’oublier, malgré les efforts, les organismes ont peu de possibilités de collecter des informations globales.

La mer tue des enfants de l’Afrique en proie à un désespoir lancinant du fait du manque de vision et de perspectives réelles d’avenir.

Au Sénégal par exemple, pour des raisons électoralistes, 1 million d’emplois ont été promis aux jeunes sans que leur quotidien ait de réelles perspectives de changement.

Malheureusement, c’est mal maîtriser la situation que de penser que tous ceux qui partent ont de problèmes d’emplois ou d’insertion sociale, même s’il en a beaucoup parmi eux.

En réalité, des sommes d’argent importantes sont amassées par des jeunes avec, parfois, la complicité de proches, dont les parents, parce qu’ils pensent que de l’autre côté, on ramasse facilement de la fortune et qu’on peut gagner plus.

Beaucoup parmi ceux qui partent ont déjà un emploi et gagnaient des revenus. Et un phénomène récent, c’est l’engouement des jeunes filles ou femmes à se lancer. Elles font exactement comme les garçons et n’hésitent pas à braver la mer et à y laisser leurs vies.

Tous les efforts faits depuis 2005, notamment avec le Frontex, n’ont servi qu’à le ralentir par moments et non à l’endiguer.

Les jeunes savent très bien ce qui les attend et ils se lancent quand même. C’est pourquoi nous pensons que les suicides se poursuivent.

Pour comprendre ce phénomène, il faut interroger la société sénégalaise, africaine, nos prismes-standards d’évaluation de la réussite et le sort réservé à ceux qui échouent.
Nous vivons dans des sociétés impitoyables où les atrocités sont masquées derrière le sourire facile.

En réalité, les jeunes subissent une pression sociale très forte, insidieuse, permanente. Ils vivent ces réalités dans leurs propres familles, dans leurs quartiers et villages et au sein de leurs entourages.

Ils savent que s’ils ne réussissent pas financièrement et matériellement, ils ne seront jamais vraiment intégrés. Et pour eux, l’émigration offre l’opportunité la plus facile.

Or, c’est méconnaitre ce qui les attend en Europe et dans les autres pays nantis. Là-bas, l’immigré devient un ‘’dahar’’ (bleu) qui n’est même pas respecté par les Sénégalais qu’il trouve sur place.

Tout est fait pour l’humilier. Et dans la rue, c’est pire encore. La non-maîtrise de la langue, l’absence de papiers, le caractère ésotérique de l’environnement, font de vous un paria.

Non seulement l’argent n’est pas au rendez-vous, mais vous êtes sous pression : Les amis qui vous ont accueilli vous laisse en général un mois avant de réclamer votre participation au payement de factures de location, de gaz, d’eau, d’électricité et de consommation. Il faut contribuer, qu’importe le moyen.

Pis, au Sénégal, on attend et ne comprend pas que vous tardiez à envoyer.

Pour quelqu’un qui n’a rien et n’est pas intégré, ça démentiel. Beaucoup d’émigrés craquent, pleurent, menacent de rentrer avant de s’intégrer dans un système insolite mis en place par les Sénégalais et autres immigrés et qui consiste à jouer au chat et à la souris avec les forces de l’ordre.

Ainsi, on fait 5 à 10 ans avant d’avoir des papiers, pour les plus chanceux, et rentrer au Sénégal avec des sommes modiques d’argent et repartir au bout de quelques jours, si vous n’étiez pas déjà mort en mer.

Donc, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Malheureusement, nous avons le sentiment que le travail d’alerte et de veille qui devrait prévaloir ne l’a pas été suffisamment.

Ceux qui partent font ce qu’ils appellent ‘’le gondi’’, c’est-à-dire tout faire pour impressionner ceux qui sont restés. Surtout avec les réseaux sociaux.

En réalité, derrière leurs sourires, se cachent beaucoup de souffrance et l’envie permanente de retourner au Sénégal.

Paradoxe de l’émigration: Ceux qui sont restés veulent partir et ceux qui sont partis veulent rentrer.

Donc, il est temps que tout le monde sache qu’on n’est jamais assez heureux que chez soi et qu’il n’y a pas d’eldorado sur cette terre.

Assane Samb

 

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