lundi , 25 mai 2020
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Mesures du 03 avril : Le retour à l’état-providence

On le croyait à jamais derrière nous. L’état-providence est de retour parmi nous. Cette démarche économique des années passées avait été enterrée depuis les années 90 par le Président Abdou Diouf ou même bien avant, après son fameux slogan : ‘’Moins d’Etat, mieux d’Etat’’.

L’Etat-providence est souvent perçu comme une forme de politique adoptée par certains États qui se dotent de larges compétences réglementaires, économiques et sociales en vue d’assurer une panoplie plus ou moins étendue de fonctions sociales au bénéfice de leurs citoyens.

Il était largement en vogue depuis les années 70 et avait permis la mise en place de systèmes de sécurité sociale. Bien entendu, avec le triomphe d’une forme de libéralisme sauvage, on a eu tendance à faire reculer l’Etat qui a, depuis, a cessé de pouvoir aux besoins fondamentaux des citoyens dans plusieurs domaines.

Il s’est désormais limité à gérer les tâches de souveraineté comme la diplomatie, la sécurité, etc.

Au Sénégal, cela s’est traduit par le fait de reléguer la santé et l’éducation au second plan avec comme conséquence, davantage de fragilisation du tissu social  et économique.

Certes, des efforts ont été faits surtout avec l’arrivée d’Abdoulaye Wade qui a jeté à la poubelle le Plan d’ajustement structurel (Pas) qui a fait de nombreux ravages au Sénégal et ailleurs.

Le Pas a accentué la paupérisation, le chômage, la précarité des couches les plus fragiles et crée une masse énorme d’exclus du système.

Les bourses familiales n’ont pas pu relever la pente. Il en est de même de la Couverture maladie universelle (Cmu), du Plan sésame et de la carte de l’égalité des chances.

Ces programmes, importants, n’ont pas véritablement touché la grande masse qui s’est réfugiée dans l’informel qui a des allures de sauve-qui-peut. La pauvreté a augmenté davantage dans le monde rural, les banlieues des grandes villes comme Dakar et également les quartiers résidentiels qui ne sont guère épargnés.

La criminalité a augmenté ainsi qu’un exode rural massif. L’agriculture telle que pratiquée par les paysans ne permettant plus de nourrir les familles.

Il s’en est suivi également une émigration en masse avec des phénomènes nouveaux comme l’embarcation d’hommes et de femmes dans des pirogues de fortune, ce qui a commencé pratiquement en 2005. Les jeunes deviennent désespérées et se suicident pratiquement en mer avec des milliers de morts.

Aujourd’hui, le discours du Grand Manitou de ce 03 avril nous ramène, brusquement à l’Etat-providence, inconnu de la plupart des sénégalais, circonstances obligent.

Le coronavirus nous a obligés à revoir les rapports de l’Etat avec les citoyens. Il nous a rappelés à l’ordre. Non pas seulement parce que les maris que nous sommes restent beaucoup plus à la maison, mais parce que l’Etat a été obligé de remettre le citoyen, l’humain, au centre de ses préoccupations.

Aujourd’hui, la priorité, ce n’est pas le taux de croissance. L’Etat s’énervait lorsqu’on lui disait que l’on ne mangeait pas la croissance. Car, pour le sénégalais lambda, qu’importe que le taux de croissance soit réduit de 6 à 2 ou 3%. Ce qui importe pour lui, c’est qu’il mange à sa faim et que ses factures d’eau et d’électricité soient payées. Et c’est cela que va permettre désormais le plan de résiliation sociale et économique du Covid-19.

Malheureusement, les loyers n’ont pas été pris en compte car ce serait sans doute compliqué à gérer du fait des abus possibles.

Mais, nous attendons toujours l’Etat sur les effets induits de la baisse drastique du baril de pétrole.

Bien sûr, les entreprises vont davantage respirer du fait des réductions et autres suspensions d’impôts et les mesures additionnelles, mais il faudra accélérer la cadence de l’opérationnalisation des appuis.

Aujourd’hui, beaucoup de citoyens sont déjà durement frappés par les restrictions de liberté et de travailler. Certains sont déjà en auto-confinement parce qu’ils ne peuvent plus quitter leurs régions et leur présence sur les lieux de travail aurait un faible impact sur leurs revenus.

Donc, il est non seulement nécessaire d’aller vite, mais l’Etat doit prendre les mesures nécessaires à une bonne distribution des vivres afin d’éviter toute politisation de la démarche par certains élus ou hauts responsables trop enclins au clanisme.

Assane Samb

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