Pendant que Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko règlent leurs comptes, le Sénégal est à l’arrêt. Deux points de presse le même dimanche, un budget bloqué en commission, et tout un peuple pris en otage. Il est temps de dire la vérité sur les chiffres, d’assumer les responsabilités et de refonder nos institutions avant que l’espoir ne meure d’épuisement.
Il faut savoir ce que l’on doit à un pays avant de prétendre le conduire. Et c’est bien plus que le souvenir des combats menés en son nom. Le Sénégal attend une direction ; il assiste à un rapport de force. Il demande des résultats ; on lui expose des griefs. Ceux qui lui avaient promis de relever son espérance semblent désormais lui demander de prendre parti dans leur désillusion. La confrontation entre Bassirou Diomaye Faye, désormais à la tête de son parti Kiiray Les Républicains, et Ousmane Sonko, leader de PASTEF Les Républicains devenu principal parti d’opposition et Président de l’Assemblée, occupe l’espace que devraient remplir les réponses aux difficultés nationales. Leur histoire commune leur appartient. Les conséquences de leur querelle nous concernent tous.
Le Sénégal n’a pas les moyens de cette usure. Ses difficultés financières commandent une parole crédible, des choix assumés et une continuité de l’action publique. Le blocage actuel de la Loi de Finances Rectificative en commission des Finances, où PASTEF refuse de laisser passer le texte en plénière, est un fait précis : Sonko joint l’acte à la parole. L’incertitude politique compromet la confiance au moment même où le pays en a le plus besoin, alors que le FMI conditionne ses décaissements à cette même LFR, avec un trou avoué de 453 milliards dans la loi initiale de 5000 milliards.
Ce dimanche, le chef du Gouvernement Mouhamadou Al Aminou Lo a tenté de reprendre la main lors d’un point de presse. Face à la presse, il a défendu la sincérité de la LFR, accusé PASTEF de prise d’otage budgétaire et rappelé que sans vote, c’est tout le programme d’investissement public qui est menacé. En réponse, PASTEF Les Républicains, dans un contre-point de presse le même jour, a assumé son blocage, dénonçant un budget d’austérité dicté par le FMI et exigeant le maintien des subventions énergétiques. Deux points de presse le même jour, deux récits irréconciliables. La preuve que nous ne sommes plus dans un désaccord technique, mais dans une guerre de légitimité.
Au bout de ces affrontements, il y a des existences qui ne peuvent attendre. La faim ne suspend pas son exigence jusqu’au prochain compromis. Une jeunesse qui a beaucoup espéré peut comprendre l’effort. Elle ne saurait être condamnée à patienter pendant que ses dirigeants disputent leur place dans l’histoire. Le risque est celui d’une confiance brisée, d’une génération qui finirait par ne plus croire à la parole publique ni à la possibilité du changement. C’est sur cette confiance brisée que peuvent prospérer les révoltes.
Nos dirigeants doivent entendre cette limite qu’aucune popularité ne saurait abolir. Autant, M. Ousmane Sonko doit se rappeler que les décisions prises, les engagements défendus et les silences consentis demeurent. On ne devient pas étranger à un bilan parce que l’on combat ceux qui doivent désormais l’assumer. L’indécence commence lorsque la souffrance de tout un peuple sert à se refaire une innocence. Le privilège de la dénonciation perpétuelle ne saurait tenir lieu de programme politique ou économique. La fidélité à une cause se juge aussi à ce que l’on accepte de lui sacrifier de son orgueil.
Mais les fautes de Sonko ne confèrent pas à M. Diomaye Faye un brevet de compétence. Les Sénégalais peuvent comprendre la difficulté d’une tâche. Ils n’ont pas à supporter indéfiniment le coût de son apprentissage. La probité est une exigence ; elle ne dispense ni de la compétence ni du résultat. Le leadership se mesure à la capacité de décider pour tous. Du reste, les institutions doivent demeurer debout. Le Parlement a le devoir de contrôler l’exécutif. L’exécutif a le devoir de respecter le Parlement. Tous deux ont l’obligation de permettre à l’État de remplir sa mission. Chacun doit accepter la règle constitutionnelle. Car la Constitution est claire : le Président ne peut dissoudre l’Assemblée avant décembre 2026, et l’article 86 ne lui permet, en cas de blocage, que de reconduire par ordonnance un budget insincère. Faute de quoi, les procédures deviennent des armes, les fonctions des positions de combat et la nation l’otage de ceux qui devraient la servir.
Devant ce péril, la léthargie du reste de l’opposition est une faute supplémentaire. Ses moyens sont limités ; son devoir demeure entier. Le pays attend une pensée, une présence, une alternative.
Comment sortir de cette impasse ? Il faut d’abord dire la vérité budgétaire aux Sénégalais sur ce que coûte ce blocage, ce que le FMI exige réellement et où sont passés les 453 milliards. Sans vérité des chiffres, il n’y aura pas de confiance. Il faut ensuite que chacun assume sa responsabilité institutionnelle, que le Président de l’Assemblée accepte de faire voter le texte en plénière même pour voter contre, et que le Gouvernement défende son projet devant la Nation. Bloquer en commission est une lâcheté procédurale, voter contre en plénière est un acte politique qui s’assume. Il faudra enfin engager sans délai la refondation constitutionnelle pour qu’un tel chantage ne soit plus jamais possible, en introduisant un mécanisme de déblocage automatique du budget et un droit de dissolution en cas de censure budgétaire.
En tout état de cause, le Sénégal a confié à des hommes des responsabilités. Il ne leur a remis ni sa dignité en dépôt ni son avenir en propriété. Qu’ils se souviennent de ce qu’ils lui doivent.
Rewmi.com L'Equilibre notre Crédo
