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Impact de la planification familiale en 2022: 908 décès maternels, 339 447 grossesses et 142 568 avortements à risque évités
Impact de la planification familiale en 2022: 908 décès maternels, 339 447 grossesses et 142 568 avortements à risque évitésMarie Stopes mobile team leader Fama Diop Gueye educates women about family planning options during a group counselling session in St. Louis, Senegal on September 7, 2017.

Refus du Mari ou de la belle-mère: Ces obstacles de la planification familiale à surmonter

Les chiffres restent encore faibles, quant à la planification familiale au Sénégal. Les obstacles pour les faire progresser sont nombreux et semblent infranchissables. Si ce n’est le mari, le refus porte le visage de la belle-mère. Et vogue la galère pour les mères.

Le taux de planification familiale au Sénégal est de 21% en 2016, selon les dernières estimations faites. Les statistiques montrent que 23 % des femmes en union utilisent une méthode moderne de planification familiale. 35 % des femmes en union veulent espacer et 14 % souhaitent limiter des naissances. La demande totale en planification familiale est estimée à 49 %.

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Les femmes sont considérées comme ayant des besoins non satisfaits en matière de planification quand elles veulent limiter ou espacer des naissances. Mais elles n’utilisent pas la contraception. Ainsi des besoins non satisfaites en matière de planification familiale ont été décelés dans le pays. 

Au Sénégal, beaucoup de femmes rencontrent des difficultés pour espacer leurs naissances. Elles se heurtent au refus du mari ou de la belle-mère. C’est le cas pour Mme Bâ, rencontrée dans un quartier de Dakar. Cette dernière explique son vécu : « J’ai deux enfants avec des grossesses très difficiles et rapprochées. Après mon deuxième accouchement, j’ai décidé de faire une planification familiale et mon mari était réticent ». Elle poursuit : «Au bout d’un an, il a voulu que j’arrête, mais j’ai refusé, et il commencé à me créer des problèmes, m’obligeant à enlever le moyen de planification ». Et Mme Ba n’a pas attendu longtemps pour contracter une nouvelle grossesse. « Me revoilà encore enceinte, avec une peur au ventre. Je ne sais pas encore ce qui m’attend mais à 5 mois de grossesse, je suis déjà fatiguée et mon petit commerce est au ralenti », se désole-t-elle, tout en restant déterminée, que cet enfant sera son dernier. « J’ai deux filles, et mon mari veut un garçon. Mais pour cette grossesse, que cet enfant soit une fille ou un garçon, il sera mon dernier », tonne-t-elle, meurtrie. Elle soutient que la vie est très chère à Dakar et que son mari est technicien-froid. « Je suis obligée de gérer certaines charges des enfants, car nous sommes en location et à la fin de chaque mois, on a du mal à gérer la location, la dépense, l’eau et l‘électricité », regrette-t-elle. 

Mme Ba est loin d’être la seule à vivre cette situation des maris qui s’opposent à la planification familiale. Une autre dame que nous avons rencontrée, déclare sous le couvert de l’anonymat : « J’ai trois enfants dont deux filles et un garçon d’un an et demi. J’ai commencé la planification familiale après le dernier enfant, car je suis fatiguée. Mon mari ne travaille que rarement. Il peine à trouver un vrai emploi. Il fait toujours des petits boulots, à gauche et à droite. Rien de garanti. Il ne s’oppose pas à cette méthode d’espacement de naissances, mais c’est ma belle-mère qui me fatigue. Quand elle me croise, alors que je me rends au poste de santé, elle ne salue pas ». Cette maman de trois enfants ne compte pas céder aux caprices de sa belle-mère. « Nos relations se sont détériorées à cause de mon choix de vie. En plus, elle ne s’occupe pas des enfants. Je suis obligée de les gérer, avec tous les travaux domestiques de la maison », se désole-t-elle. 

Si les deux premières se heurtent à leur mari ou à leur belle mère, F. N., elle a pris sa décision lors de sa troisième grossesse. « Je suis atteinte de maladie chronique. J’avais même voulu interrompre cette grossesse, car la maladie s’est signalée au début. J’ai trois filles et je rends grâce à Dieu, elles grandissent bien. Mais j’en ai fini avec l’enfantement », martèle-t-elle. F. N. raconte une grossesse difficile. « J’avais pensé que je n’allais pas m’en sortir. Après accouchement je rends grâce à Allah, qui m’a laissée en vie. Maintenant, j’en ai fini et je l’ai dit à mon mari. Et je pense qu’il a compris ma décision. S’il veut un garçon, il peut épouser une deuxième femme », argue-t-elle.

Adja Tagui Danfakha, présidente des Badienu Gox du district-Nord « Nous nous heurtons au refus des maris et des belles-mères »

Pour l’atteinte des objectifs de la planification familiale, les Badienu Gox jouent un rôle important dans l’approche communautaire. Cependant, ces dernières font face aux réticences des maris et des belles mères. Selon la présidente des Badienu Gox du district Nord, Adja Tagui Danfakha, leur travail consiste à entrer dans les maisons pour montrer aux femmes ce que cet espacement peut apporter à la santé de la mère et de l’enfant, et surtout aux poches du mari. « C’est un rôle très grand que de les conseiller. Il y avait trop de rumeurs à propos de l’espacement des naissances. C’est pourquoi les femmes avaient peur de faire une planification familiale. A présent, on sent une nette amélioration par rapport aux préjugés. Car cela permet d’éviter beaucoup de dépenses pour le mari », dit-elle. 

Mme Danfakha fait noter que par ailleurs, les Badienu Gox rencontrent beaucoup de problèmes avec les maris qui ne comprennent rien aux à l’espacement des naissances. « Ils refusent carrément cela. Nous leur parlons en leur expliquant tout. Mais les belles-mères aussi restent des obstacles pour l’atteinte de nos objectifs. Elles nous fatiguent beaucoup. Si elles sont à la maison, elles ne veulent nullement accepter leur belle-fille fasse un espacement de naissances. Elles ont des idées arrêtées sur ce sujet », fait-elle savoir, avant de poursuivre : « Elles pensent que nous venons pour arrêter la procréation de leur belle fille. Elles se laissent aller à des préjugés selon lesquels nous sommes là pour pousser les femmes à limiter le nombre de leurs enfants à deux ou trois. On nous taxe même de briseuses de ménages, ne venant qu’en dans la mi-journée, pour détourner leurs belles-filles ». 

A en croire Mme Danfakha, les belles-mères ne savent pas que les Badienu Gox viennent aider les jeunes femmes à conserver leur bonne santé. « Il nous arrive même de frapper à une porte et qu’on nous rabroue, dès qu’on nous identifie. Nous sommes indésirables dans certaines maisons. Il y a des épouses qui veulent faire de la planification à l’insu de leur mari, pour éviter d’être confrontées au refus de ce dernier. Et si le mari est au courant, il n’hésite pas à nous attaquer en retour », regrette-t-elle. 

La Badienu-Gox rassure toutefois qu’elle et ses consœurs commencent à les convaincre les époux, qui se rendent maintenant compte de l’importance du travail de ces médiatrices pour le bien-être de leurs femmes. « Car après trois ans d’espacement des naissances, la femme reprend forme, et sa santé s’améliore. Alors, elle est prête à accueillir une autre grossesse », se réjouit-elle.  

Aziz Sène, acteur communautaire « Nous avons initié l’école des maris avec des causeries aux principaux intéressés » Quel est le rôle des acteurs communautaires dans la planification familiale?

Le rôle des acteurs dans la planification familiale est, en premier lieu, de faire la promotion de la planification en milieu communautaire. Il s’agit de sensibiliser les femmes en âge de reproduction sur l’importance du planning par rapport à leur santé. Nous organisons des dialogues communautaires pour permettre aux leaders locaux d’avoir une bonne compréhension de la planification familiale.

Que faites-vous face au refus des maris ?

Par rapport au refus des maris, nous avons des stratégies comme l’école des maris, les causeries ciblées qui concernent uniquement les hommes mariés. Ces stratégies nous permettent de faire comprendre aux hommes que la planification familiale est d’une importance capitale dans une famille, sur le plan social et économique. Et même parfois, nous nous basons sur le Coran qui dit qu’une femme doit allaiter son enfant deux ans, avant de prendre une nouvelle grossesse. Cette stratégie nous a beaucoup aidés sur nos campagnes de communication.

Comment peut-on mesurer l’engagement des relais communautaires, en matière de planification familiale ?

Nous avons des outils de collecte qui nous permettent de capitaliser nos activités de terrain. Et ces données collectées vont jusqu’au ministère de la Santé à travers la plate-forme DHS2, une plate-forme mise en place par le ministère pour avoir une idée de l’engagement des acteurs communautaires. Toujours sur l’engagement, nous optons pour des objectifs de recrutement de deux FAR (femme en âge de reproduction) par mois, pour chaque acteur.

 

NGOYA NDIAYE

 

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