Les Jeux olympiques de la jeunesse ont officiellement démarré le samedi 31 octobre. Mais cette compétition est concurrencée par une autre qui a démarré bien avant : celle des gâtés de la République. Olympique est un adjectif issu du mot Olympe ou Olympie. Dans la mythologie grecque, l’Olympe désigne le royaume sacré des divinités, un lieu céleste où les dieux vivent dans des palais d’or, se nourrissent d’ambroisie et de nectar, et décident du sort des mortels. En d’autres termes, l’Olympe renvoie au cercle des privilégiés.
Et c’est justement ce à quoi l’on assiste au Sénégal. Depuis plusieurs semaines, il y a un spectacle au sommet de la République entre l’exécutif et le législatif. Un duel auquel on peut ajouter l’opposition réunie autour du FDR et ce qui tient lieu de société civile. Ce qui est apparemment un jeu excitant pour tout ce monde ne l’est que pour eux, un petit groupe de privilégiés. Que ce soit du côté de Pastef ou de Kiiray, on semble se jouer du peuple. Chaque camp vit dans le luxe avec de grosses berlines. À chaque sortie, ce sont des convois qui consomment beaucoup de carburant pendant que les ambulances et les véhicules de sécurité en manquent.
En voulant dénoncer ce qui est une injustice dans son monde, Abdou Mbow nous révèle que les membres de commission avaient traditionnellement chacun deux véhicules mis à leur disposition par l’Assemblée nationale. Pendant ce temps, des inspecteurs de l’éducation se déplacent en moto Jakarta ou dans les véhicules des préfets ou sous-préfets pour faire leur travail. Des voitures des Eaux et Forêts tombent en panne faute de petites sommes, et le monde rural se trouve ainsi sans secours en cas d’incendie.
Lorsqu’on écoute les arguments de part et d’autre, on sent qu’ils sont tous dans la politique politicienne. La bourse familiale devient ainsi un argument électoral. Du côté de Pastef, on accuse le régime de Diomaye de vouloir utiliser les bourses pour gagner des électeurs. Et Kiiray essaie de faire croire aux populations démunies que l’aide tant attendue est bloquée par le camp de Sonko. Ainsi, la bourse cesse d’être un filet social pour devenir un hameçon électoral.
Face à ce spectacle, l’opposition s’indigne et accuse les deux camps. Seulement, on retrouve les mêmes têtes qui ont quitté le pouvoir il y a juste deux ans. Ceux-là qui sont coupables de tous les abus reviennent aujourd’hui en donneurs de leçons. Et ils donnent des leçons aux accusés d’aujourd’hui, qui étaient hier les donneurs de leçons. Les populations averties comprendront que c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Ceux qui sont au pouvoir gardent la forme du chiffre 9, et lorsqu’ils sont renversés, ils donnent un 6. Et vice-versa.
Et pour arbitrer tout cela, il y a la société prétendument civile. Aujourd’hui, ces acteurs supposés neutres appellent à la désescalade. Pourtant, certains parmi eux étaient dans l’arène il y a juste quelques jours.
Les positions de Babacar Ba ces dernières semaines n’ont rien de celles d’un arbitre. Toutes ces critiques ont été dirigées contre Pastef. Et aujourd’hui, il veut se positionner en médiateur. Lorsqu’on regarde la proximité qu’il y a entre la société civile et les partis politiques, on ne peut s’empêcher de constater qu’il s’agit de vases communicants.
D’ailleurs, certains ont utilisé la société civile comme tremplin politique pour ne pas ramper, et d’autres se sont réfugiés dans les ONG après un échec dans les partis. Finalement, ce qui ressemble à quatre camps au départ n’est qu’un seul en réalité. C’est la classe des dirigeants qui « se nourrissent d’ambroisie et de nectar, et décident du sort » de millions de Sénégalais qui ne demandent que le minimum pour vivre.
Le summum du drame du peuple est que chaque camp prétend parler en son nom tout en captant les subsides qui lui sont destinés. Cela rappelle un peu les missions des Nations unies dans certains pays en guerre. L’objectif affiché est de venir en aide aux populations, mais l’essentiel du budget est consacré au fonctionnement, en particulier à la sécurité des agents sur le terrain.
Autant rester à distance et faire tomber l’aide depuis le ciel. Là, au moins, on peut espérer qu’elle bénéficiera aux populations ciblées. Sauf que cette méthode a l’inconvénient de ne pas engraisser ceux qui vivent dans le dos des populations vulnérables, sous prétexte de leur venir en aide.
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