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Conséquence de la coupe des arbres: Le bois se fait rare
Conséquence de la coupe des arbres: Le bois se fait rare

Conséquence de la coupe des arbres: Le bois se fait rare

Le bois, objet de travail des artisans, est en rupture au ‘’Pakk’’ de Pikine Texaco. Une interdiction de coupe d’arbre ne rend pas la tâche facile aux acteurs, allant du sculpteur au finisseur en passant par les fournisseurs. 

Bocar Gaye, habitant à Thiaroye Sant Yalla, est artisan de bois, depuis une trentaine d’années, au village artisanal sis à la cité Pépinière de Pikine. « Nous travaillons le plus souvent sur du bois appelé ‘’Wéén’’ en wolof. Il y a aussi un autre type de bois du nom de ‘’Dimb’’, mais le plus prisé pour nous artisans, c’est certainement le ‘’Wéén’’. Pratiquement tous ces objets que vous voyez là sont du bois de ‘’wéén’’. Cependant, il faut noter que le bois se fait rare ces temps-ci, car la coupe d’arbre est interdite maintenant dans de nombreuses zones. Vu qu’il est difficile d’en trouver de nos jours, cela impacte nos chiffres d’affaires.

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Ces interdictions entraînent une rupture de bois au niveau des ‘’Pakk’’ (NDLR : Lieu où des madriers sont déposés en grande quantité) », indique-t-il. Selon l’homme de l’art, un camion venait décharger du bois tous les 4 mois dans le dit ‘’Pakk’’ mais c’est devenu rarissime et ce n’est pas de la bonne qualité. «Auparavant, les gens se bousculaient dans les ‘’Pakk’’ pour acheter du bois parce que c’était de la bonne qualité, le déchargement s’épuisait en un temps record, mais aujourd’hui, ce n’est plus pareil, il y a une pénurie de bois au niveau de ces ‘’Pakk’’. Que ça soit ici à la cité Pépinière ou ailleurs comme à Tally Diallo c’est la rupture partout. On se retrouve souvent avec les bois de chauffage, tels que ceux utilisés pour la cuisson lors des repas et autres.

Auparavant, on se ruait au ‘’Pakk’’ dès qu’un camion arrivait, c’était du bon bois qui provenait essentiellement de la Casamance ou de Tamba. Avant, on ne songeait même pas à utiliser certains types de bois, on le gardait souvent pour les découper en morceaux avant de les revendre aux dibiteries, mais les conditions actuelles nous poussent  à travailler avec du bois qui n’est pas de meilleure qualité. Certains artisans peuvent quand même utiliser beaucoup d’autres types de bois pour la sculpture avant de les revendre, mais ce n’est pas du bon bois, il se gâte facilement. Il y a par exemple le bois de ‘’Guérté Toubab’’ qui est également employé. Il y aura certes une différence de résultats, mais on fait avec puisque c’est ce dont on dispose », confie-t-il.

Processus de fabrication d’objets d’art

« C’est un circuit, le bois, à son arrivée, est d’abord découpé en tranches et en dimensions adéquates par des personnes appelées sculpteurs, puis ils nous revendent cela à nous les finisseurs. C’est tout un arsenal d’outils qu’on utilise pour sculpter, il y a par exemple ce qu’on appelle le ‘’sérém’’ une sorte de hache pour les sculpteurs et nous à notre niveau on travaille avec des couteaux, des lames, des brosses à cirage, entre autres. Une fois que le camion 16-21 de bois arrive au niveau des ‘’Pakk’’, c’est le sculpteur qui part pour acheter et vient ensuite nous revendre ça. On se retrouve avec un tronc ou un morceau à sculpter pendant des heures ou des jours jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine forme. On va user de nos forces manuelles musculaires pour le rendre souple et beaucoup plus polie et lisse, ce qui prend vraiment beaucoup de peine, on utilise par exemple des couteaux à copeaux, des gouges, des ciseaux, des machettes, entre autres pour le grattage.

Le polissage se fait trois fois de suite à l’aide du papier à gratter, c’est vraiment un travail pénible qui va aboutir enfin à la phase dite niveau zéro (0). L’art est un vieux métier et il diffère selon chaque pays, chaque artisan s’inspire de sa propre culture et de ses origines. Ce n’est pas tout le monde qui sait manier un bois brut jusqu’à en faire un objet d’art, c’est-à-dire une transformation du bois brut en une tortue ou un masque rien qu’à l’aide de quelques papiers à grattage et des lames. C’est de la passion et surtout la patience de l’artisan. Après de durs labeurs, on fait le tour des sites touristiques comme Mbour, Somone, Gorée, Gambie, Soumbédioune ou bien on expose juste dans nos ateliers », indique notre interlocuteur.

Difficultés rencontrées par les artisans du bois :

«Même en disposant des objets déjà sculptés, tu as du mal à les écouler. On n’a pas d’endroit où exposer nos produits, moi en ce qui me concerne, je faisais la navette entre la Gambie et le Sénégal, muni de mon sac rempli d’objets, je faisais le tour des centre-villes, mais ce n’est pas facile. Je suis obligé de rester ici dans mon atelier à attendre des clients, je ne vais plus nulle part, tout est exposé ici dans mon petit atelier, j’accroche des tortues, des lions, des statues, des valentins et des masques dans le peu d’espace que constitue mon atelier et d’ailleurs je l’ai acquis par une bonne volonté ; un vieux nous a donné ces cantines en location. Il y a 50 ans, ce Village artisanal était un lustre, il y avait beaucoup de monde, beaucoup de jeunes s’y activaient, mais aujourd’hui, la majeure partie de ces occupants sont partis. Le métier d’artisan nécessite du soutien et on le fait par amour. Il y a beaucoup de jeunes qui sont là et qui n’ont pas de moyens. C’est la raison pour laquelle je lance un appel aux autorités afin qu’elles nous assistent davantage.

C’est un métier qui en valait vraiment la peine, mais là c’est tout le contraire, l’artisanat ne marche plus. Non seulement on n’a pas d’association mais aussi les hommes politiques de la ville de Pikine ne viennent vers nous que quand il y a des échéances électorales qui approchent », se désole notre artisan. Pour ce qui est du gain, tout le monde est au même pied, du sculpteur en passant par les propriétaires de ‘’Pakk’’ jusqu’au finisseur (l’artisan). Un vieux, trouvé recroquevillé sur une chaise pliante à tissu à l’intérieur du ‘’Pakk’’, confie sur sa précaire vie. Tout autour de ce vieil homme, on voyait de gigantesques troncs d’arbre sciés, des écorchures par terre mélangées avec des débris de bois de taille moyenne pouvant servir à la cuisson. « Je suis là depuis 10 ans, il y avait mon frère avant. Aujourd’hui, je ne reste que par nécessité, il y a une pénurie de bois et la clientèle se fait rare. Je peux rester ainsi sur ma pliante du matin au soir, sans que personne ne vienne acheter. Des propriétaires de dibiteries et des gens qui ont des cérémonies venaient régulièrement acheter du bois, mais maintenant ce n’est plus la même situation.

Les 100 kilogrammes se vendent entre 6500 FCFA et 7500 FCFA, mais là c’est autre chose, je ne vois plus presque personne », nous renseigne le vieux Diallo. Interrogé sur l’origine du bois, il laisse entendre qu’il provient de Tamba par des camions gros porteurs de trois ou quatre tonnes. «Ce sont des troncs d’arbre qui proviennent de la Casamance, mais d’autres nous viennent également de Tamba. Les camions passent au port pour les besoins du pesage puis ils viennent décharger dans nos ‘’Pakk’’. On peut donner 1 million 500 FCFA voire 2 pour une charge de 3 tonnes de bois », dit le vieux Diallo.

Mamadou SOW (Stagiaire)

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