Ramadan et Métiers Pénibles: « Le boulot n’a rien à voir avec le jeûne »
Ramadan et Métiers Pénibles: « Le boulot n’a rien à voir avec le jeûne »

Ramadan et Métiers Pénibles: « Le boulot n’a rien à voir avec le jeûne »

Allier travail et jeûne n’est pas chose facile, surtout pour les métiers qui exigent certains efforts physiques. Endurer la soif, la faim et la fatigue tout au long de la journée est devenu une habitude en ce mois béni de Ramadan. « Le jeûne n’est pas une excuse pour lever le pied », diront certains, là où d’autres estiment que fournir de l’effort est le principe même du Ramadan

Il est 16 heures passées de quelques minutes aux Parcelles Assainies, en ce samedi, la température semble être la même que celle des précédents jours ; un soleil pas trop clément persiste à faire suer les ouvriers trouvés devant un bâtiment de quatre étages en construction. Notre attention fut d’abord attirée par une corde qui accrochait des seaux remplis de sable et de béton. Plus haut encore, un jeune ouvrier, à travers une poulie, essayait de tirer sur ladite corde   pour   faire   remonter   le   tout.   « Nous débutons le travail très tôt le matin et nous restons jusqu’à 18 heures. Entre-temps, nous prenons une petite pause pour la prière de 14 heures », commente le jeune Abdou Diouf, qui se dit être un apprenti-maçon. Visiblement, il est épuisé, mais il ne semble pas pour autant se lasser vu l’effort qu’il fournissait encore tant sur les pelles de sable et de béton pour le remplissage des seaux et tant sur la corde qui grinçait sur la poulie avec un bruit strident.

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« Nous sommes habitués de tenir dans des circonstances caractérisées par la faim et la soif, tel est notre quotidien que ça soit Ramadan ou pas. Ça ne nous empêche pas de travailler, le boulot c’est le boulot, ça n’a rien à voir avec le jeûne », renchérit notre maçon, casque de sécurité sur la tête. Pape Mory Pène est également ouvrier qui pense que ce n’est pas si dur d’allier jeûne et travail, si on laisse tout entre les mains de Dieu : « Le Ramadan, je dirais qu’on le vit presque comme tout le monde et dans notre métier, il nous faut beaucoup de détermination pour pouvoir le faire. Parce que même en dehors du Ramadan on a l’habitude de travailler sous le chaud soleil, en plein air et puisque c’est une obligation divine, on fait avec », justifie-t-il tout bonnement.

Loin des bureaux climatisés, des zones ombrageuses pour se reposer comme la plupart des personnes, les ouvriers maçons sont comparables aux boulangers. En effet, ces derniers affrontent au quotidien la chaleur dans les fours pendant cette période de Ramadan. « Je travaille tous les jours de 00 heure jusqu’à 06 heures du matin et de 14 heures à 20 heures. Difficile de ne pas penser à boire quand il fait plus de 40°C près d’un four à l’intérieur de nos boulangeries. Malgré la sueur au front, je ne pense qu’à distribuer du pain à mes clients, c’est mon principal souci. Il est hors de question que le jeûne soit une excuse et puis fournir de l’effort est le principe même du Ramadan pour tout musulman. Après tout, le travail est divin, il nous rapproche davantage de Dieu, », sermonne Moussa Diop, la quarantaine révolue, mains gantées et traces de farine visibles sur ses habits.

Par ailleurs, il nous fait savoir que ces journées sont plus longues que d’habitude durant ce mois-ci. Malgré la forte chaleur, certaines personnes aux métiers difficiles observent scrupuleusement le jeûne. Elles fournissent des efforts soutenus tout en sachant que le travail pendant le Ramadan est aussi bénéfique pour la santé et de plus cela raffermit la foi. C’est le cas de ce charretier trouvé en train de charger des sacs de riz et d’autres caisses avec beaucoup d’effort : « Il est hors de question pour moi de garer ma charrette, le Ramadan c’est juste un mois, je préfère jeûner et aller au boulot. C’est plus bénéfique que de rester à la maison. On peut observer le jeûne et travailler correctement. On doit se remuer les muscles, c’est du sport et c’est bon pour la santé. Vous n’êtes pas sans savoir que pour soulever un sac de 50 kg, il faut de puissants muscles et surtout l’aide de Dieu », nous renseigne le jeune charretier tenant la bride de son cheval qui n’arrêtait pas de bouger, car entraîné par la force du poids sur son dos.

A cause des professions qu’ils ont embrassées, tous ces ouvriers ont un quotidien rythmé d’activités intenses parfois très dures, un autre charretier du nom de Mbacké Niang, croisé à hauteur du marché Dior des Parcelles Assainies, ne démentira pas. « Je reviens comme ça de la plage. Je vends du sable par charge aux clients qui ne pensent pas à se payer un camion entier. J’use de toutes mes forces pour charger ce sable et il faut être fort physiquement et mentalement pour pouvoir endurer tout ça, c’est un vrai parcours du combattant », indique Mbacké Niang, tout en tapotant sur ses avant-bras.

Adama Mbodji, diététicienne, professeure d’économie familiale et sociale « Il faut prendre la précaution de bien manger » Que risquent-ils, ces travailleurs aux métiers lourds, pendant ce mois de Ramadan ?

Pour les travailleurs aux métiers lourds, ce sont des croyants qui doivent jeûner avec n’importe quel métier, que ce soit lourd ou léger, on doit jeûner, mais ils doivent prendre la précaution de bien manger au moment des repas de l’aube, de la rupture et du dîner. Ils doivent bien manger pour qu’ils puissent avoir assez d’énergie pour pouvoir exercer ce métier en période de jeûne dans la journée.

Pour les hommes et les femmes aux travaux pénibles, on leur demande d’avoir une alimentation supplémentée en énergie, de privilégier les glucides complexes, c’est-à-dire les aliments tels que les céréales, les légumineuses, les féculents et aussi manger beaucoup de fruits et légumes, boire beaucoup d’eau.

Quel type d’alimentation pour les hommes et femmes aux métiers pénibles ? La consigne ?

En période de Ramadan, ce qu’ils doivent faire, de préférence, à l’aube, il serait mieux qu’ils prennent un repas riche en céréales. Ça peut être de la bouillie de mil au granulé qu’on appelle ‘’fondé’’ ou bien ‘’lakh’’, c’est de la bouillie de mil au lait caillé ou bien au yaourt, du riz au lait ‘’Sombi’’ ou bien du maïs au lait… L’essentiel c’est que ça soit un repas à base de céréale local, c’est mieux avec du lait non acide et boire beaucoup d’eau, pour qu’ils puissent bien exercer leur activité dans la journée.

Maintenant à la rupture aussi, boire beaucoup d’eau, prendre les dattes, manger des fruits et légumes et bien manger dans le repas du dîner, ils doivent tout faire pour ne pas trop perdre puisque leur activité journalière demande un surplus d’énergie. il ne faut pas perdre l’appétit puisqu’ils doivent exercer une activité pénible dans la journée et ont besoin de beaucoup d’énergie pour ne pas avoir des problèmes d’hypoglycémie ou bien des problèmes d’hypertension artérielle à cause de la fatigue ou de déshydratation.

Nombreux parmi ces ouvriers dont le métier semble être pénible, persistent à servir la thèse de l’habitude, de quoi s’agit-il réellement ?

« Bien sûr, ils sont habitués, c’est leur travail quotidien, ce sont des croyants, je ne pense pas que le fait de jeûner puisse ralentir leur travail, c’est juste pour qu’il n’y ait pas de problème de faiblesse, d’hypoglycémie ou de déshydratation. Ils vont prendre leur précaution de bien manger à ces repas-là, surtout le repas de l’aube, ils vont privilégier le repas de l’aube où ils doivent bien manger et ne pas manger quelque chose d’acide ou    quelque     chose     de     piquant.

Mamadou Sow (Stagiaire)

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