Six meurtres en moins d’une semaine ! Le chiffre est glacial. Derrière lui, des vies arrachées, des familles dévastées et une société qui semble s’habituer à l’insoutenable. Dans son édition de ce mercredi 28 octobre, Libération déroule le macabre scénario : Podor, Thiès, Guinaw Rails, Touba, Malika, Kébémer. Le Sénégal ressemble parfois à un film d’action dont personne ne connaît le dernier épisode. Sauf que, chez nous, le sang ne sèche pas sur les écrans. Il coule dans les maisons, les quartiers et les familles.
Le plus terrifiant n’est pas seulement la multiplication des meurtres. C’est cette proximité avec la mort. Un frère, un compagnon, une connaissance, un voisin. Une dispute, une jalousie, une altercation. Et soudain, la vie bascule. Un couteau remplace la parole, une machette clôt le débat, une colère devient irréversible. À Podor, Aminata Sy avait 17 ans. À Kébémer, la victime était un jeune berger. Des enfances fauchées, des avenirs confisqués, des familles condamnées à apprendre à vivre avec l’absence.
Où va cette société ? À quel moment avons-nous commencé à traiter la vie humaine comme une marchandise sans valeur ? La violence n’a peut-être jamais quitté nos faits divers ; elle semble désormais leur imposer une cadence qui glace le sang. Et l’on s’indigne, l’on partage, l’on commente, avant de passer à autre chose, jusqu’au prochain cadavre.
Pendant ce temps, nos politiques se déchirent. Républicains, « patriotes », « patriotes républicains », populistes : chacun son camp, son discours, son ennemi. Les mots s’entrechoquent à l’Assemblée, les ambitions s’affrontent, les postures prospèrent. Mais qui se bat avec la même énergie pour désarmer les colères, protéger les femmes, prévenir les violences et sauver les vies ?
Il ne s’agit pas de rendre les politiques responsables de chaque crime. Il s’agit de rappeler qu’une nation ne se résume ni à son budget ni à ses querelles de pouvoir. Elle se mesure aussi à la valeur qu’elle accorde à chaque existence, à sa capacité à protéger les plus vulnérables et à prévenir l’irréparable.
Le véritable drame serait de nous habituer à l’horreur. De lire six meurtres comme on parcourt les résultats d’un match. De pleurer aujourd’hui, d’oublier demain. Les morts, eux, ne reviennent pas. Et leurs familles ne retrouveront jamais leur quotidien.
Le Sénégal n’a pas besoin d’un nouveau spectacle. Il a besoin d’un sursaut. Avant que le fait divers ne devienne notre fait de société le plus ordinaire. Avant que le silence des consciences ne soit plus assourdissant que les cris des victimes.
Quand la mort devient banale, c’est toute la société qui est en danger.
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