Cheikh Oumar Anne, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, ne fera pas face à la commission d’enquête parlementaire mise en place sur le programme « Un étudiant, un ordinateur ». Il en a décidé ainsi.
L’ex-ministre a évoqué des « raisons de principe, de décence républicaine, d’exigence de légitimité et d’impartialité, mais également de respect des institutions » pour décliner l’invitation du président de ladite commission.
Cheikh Oumar Anne a notamment évoqué l’exigence de légitimité et de respect des institutions qui, à son avis, « ne peut être à géométrie variable », alors qu’il « exige de tout le monde exemplarité, rigueur et responsabilité », déclare-t-il.
L’ancien ministre évoque également « la décence républicaine et le respect de l’hémicycle ». Il rappelle qu’en 2022, un membre de la commission s’était « singularisé de triste et vile manière », puisqu’il « était monté sur les tables de l’hémicycle et avait arraché l’urne de vote, dans une attitude de violence, devant le peuple sénégalais, désacralisant la fonction parlementaire ». Le maire de Ndioum indique que l’Assemblée nationale n’est pas un ring.
« De même, qualifier l’ancien Président de la République de criminel et des membres du Gouvernement de voleurs, sans preuves judiciairement établies, relève de l’ineptie. Et vouloir aujourd’hui s’ériger en chantre de l’exemplarité républicaine, après avoir banalisé l’invective et la violence dans le débat public, c’est insulter l’intelligence des Sénégalais », assène-t-il.
Ensuite, M. Anne souligne qu’une commission d’enquête doit être impartiale et crédible. Se disant convaincu et foncièrement attaché au contrôle parlementaire, qu’il considère comme un instrument essentiel de transparence et de redevabilité, il souligne cependant que « cette exigence de contrôle ne doit ni être un outil de règlement de comptes politiques ni devenir un moyen de stigmatisation sélective de ceux qui ont servi l’État sous l’administration précédente et de fort belle manière ». Pour lui, « le caractère sélectif des commissions d’enquête est une aberration ».
Cheikh Oumar Anne estime également que le contrôle parlementaire doit être « transparent et équitable ». Selon lui, si la majorité entend démontrer son attachement à la bonne gouvernance, elle doit commencer « par soumettre la gestion de l’Assemblée nationale elle-même à la redevabilité ».
À son avis, plusieurs sujets mériteraient un examen objectif et sans complaisance. Il cite notamment la publication trimestrielle des dépenses budgétaires de l’Assemblée nationale, « le scandale de l’acquisition des véhicules » de l’institution et « le scandale des cinq milliards de francs CFA destinés aux soi-disant victimes des événements survenus entre 2021 et 2024».
À cette liste s’ajoute l’affaire des huit milliards de francs CFA destinés aux sinistrés de Bakel, de Matam, de Podor et des zones environnantes, dont il juge l’utilisation opaque. Il évoque également « le scandale des 37 milliards de l’affaire ASER », ainsi que « le scandale du fonds JAMM pour la paix en Casamance (1,7 milliard de francs CFA), dont l’utilisation et les éventuels changements d’affectation par l’ancien Premier ministre doivent être clarifiés », affirme-t-il.
Pour Cheikh Oumar Anne, une commission d’enquête ne gagne la confiance des citoyens que si elle se montre aussi exigeante envers la majorité actuelle qu’envers ses prédécesseurs.
Quant au programme « Un étudiant, un ordinateur », l’ancien directeur général du Centre des œuvres universitaires (Coud) estime que « si la commission d’enquête ne s’intéresse qu’à la vérité, elle pouvait se limiter à la documentation déjà disponible relative à ce programme, notamment la convention de partenariat et les procédures prévues ».
Il précise donc au président de ladite commission que sa décision ne procède « ni d’un refus du contrôle parlementaire », encore moins d’une volonté de se « soustraire à l’obligation de rendre compte ». « Elle traduit une exigence de cohérence entre les principes républicains que je défends et les conditions dans lesquelles cette démarche est entreprise », précise-t-il.
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