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Biennale de Dakar: Oumou Sy dévoile son programme culturel

Son nom est un label, sa parole, une pédagogie stylistique. Aussi, s’entretenir avec Oumou Sy, c’est s’inscrire à un cours magistral de stylisme, avec des séances pratiques dignes d’un travail dirigé. Tête bien faite, savoir ciselé au perfectionnement, Oumou est une femme leader au verbe haut et light. Sa vie est riche de sa culture qui vertèbre ses activités dont l’ancrage didactique sur l’histoire et les valeurs africaines ne se prive nullement d’une ouverture aux sirènes du modernisme dont elle tire la substance la plus adaptable à ses origines et à son époque. Croisée au Grand Théâtre où elle exposait ses créations, la styliste qui sera une grande actrice de la Biennale de Dakar s’est livrée à bâtons rompus…     

 

Pouvez-vous présenter aux lecteurs votre programme culturel ?

A partir du 21 (après-demain NDLR), il y aura le  »khirdé », veillée africaine en pulaar. Avec le « Berger de Ngor », nous comptons mettre en spectacle le  »khirdé » que nous avons  intitulé veillée sur Fatoumata Baba Loobe.  C’était la femme peulh la plus convoitée du Massina. Après cette veillée, il y aura le vernissage de mon installation au Grand-Théâtre que j’ai intitulé « La vie a de longues jambes mais elle ne tient qu’à un fil. » Pendant toute la durée du confinement dû à la covid-19, j’ai pris mes deux assistantes pour faire deux robes, lesquelles représentent tout l’engouement et tout le stress de la covid-19. Ces deux robes sont accompagnées  « d’ensembles » comme par exemple comment l’Afrique a fait pour dominer le coronavirus avec les racines, les talismans, le savoir-faire ancestral en quelque sorte. De l’autre côté, il y aura le Doxantu sur la corniche, où je vais représenter tout ce qui est Rindi Segg (une promenade qui se faisait à Saint-Louis au temps colonial). La promenade partira du cabinet Atepa et se terminera à la cour de cassation. Dans cette parade, il y aura tout ce qui touche à la tradition : des calèches, entre autres. Il y aura un arrêt devant la maison de Feu Léopold Sédar Senghor pour lui rendre hommage. Le 21, une journée spéciale culturelle se fera au Grand Théâtre et une autre journée culturelle réunira toutes les femmes de la Cedeao pour une grande conférence sur comment éduquer les enfants pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins.

Quid de votre absence de la scène ?

 

Je n’ai jamais vraiment arrêté mes activités! Pendant le confinement je me suis posée pour confectionner deux robes. Pour ce qui est de Metissacana, c’était un grand restaurant, et premier prestataire de service internet de l’Afrique de l’ouest, il a été fermé et démoli un après midi. Après une longue réflexion, une connaissance à moi m’a proposé d’avoir mon propre atelier de formation. Metissacana a certes fermé ses portes, mais cela ne veut pas dire que je vais arrêter mon savoir-faire. La vie d’un être humain est comme un livre ouvert, quand on finit de lire une page, on en ouvre une autre, on avance. Je n’ai pas arrêté mes activités, je bosse toujours (rire). Je ne suis pas du genre à aller frapper aux portes des gens pour demander une quelconque aide que ce soit. Aussi, quand je me lance dans un projet, je ne fais pas dans la demi-mesure, j’y vais à fond.

 

Pourquoi avoir intitulé votre collection « La vie à de longues jambes et elle ne tient qu’à un fil ? » 

 

Disons que cette installation est inspirée de l’arrivée du coronavirus dans le monde. « Et La vie a de longues jambes et elle ne tient qu’à un fil » est un proverbe africain, une façon de dire que nul ne se sait ce que l’avenir lui réserve. On peut tout de suite être là et l’instant d’après, ne plus être là, le temps, il est précieux, il ne faut pas le gaspiller. Le temps n’attend personne or, les gens aiment bien faire attendre le temps et remettre les choses à demain, à plus tard. L’avenir n’appartient qu’à Dieu, c’est la raison pour laquelle dans cette histoire de coronavirus, les gens qui ont le plus négliger la maladie, c’est eux qui sont partis (pas volontairement, précise-t-elle). C’est Dieu qui garde la vie et la mort. Je trouve le nom très pertinent ! Quand la France a voulu me faire honneur, quand j’ai fait tout le bicentenaire de la révolution française, je n’ai jamais raté l’heure ni la minute parce que ce sont des choses très précieuses pour moi.

 

Qu’en est-il des robes ? 

 

J’ai commencé cette collection avec ce confinement, j’ai commencé cette collection contre le stress, les complications qui ont duré deux ans d’où les deux robes. Deux ans où les gens étaient déboussolés avec une peur présente. Cette première installation avec ces deux robes parle de cette période. Quand tu fais une installation, il faut forcément un thème. Les femmes sont particulièrement mises à l’honneur sur cette collection car il y a des prêtresses sur les différents décors. Il y a également le thème de la forêt sacrée. Des tradi-praticiens, des guérisseurs, médecins traditionnels, botanistes et autres se sont mobilisés par le biais des réseaux sociaux pour donner des remèdes, des invocations et même des potions à base de plantes pour que l’Afrique s’en sorte indemne. La robe qui représente les talismans, les cauris, les mélanges, la confusion, la peur et la terreur, c’est la « fameuse » robe qui pèse 20 kg 80, c’est elle d’ailleurs la robe phare. Une installation, il faut la meubler. La deuxième robe est la robe Cyber, une ouverture vers le futur où on doit aller vers les nouvelles technologies. On ne peut pas évoluer dans le monde sans elles (les nouvelles technologies) et c’est pourquoi la robe Cyber à 28 ans, a fait le tour du monde à plusieurs reprises et est toujours là. Beaucoup d’intellectuels en Europe et en Amérique ont écrit sur cette dernière et la personne qui l’a créée. Sur cette dernière, il y a aussi les « ensembles » avec les vaccins, une évolution avec la robe santé qui symbolise l’effort des recherches médicales sur les vaccins et aussi les remèdes.

 

La particularité de ce  Takussanu Ndar : Le carnaval ? 

Ce carnaval ira de l’Olympique club à la cour de cassation. Ce « doxantu » symbolise le Takussanu Ndar. Il y aura un cortège composé de Signares, de Colons, de Rindi Segg, de femmes et d’hommes élégamment vêtus. Il faut compter plusieurs générations sur ce « Doxantu » de 1700 à 1960.

ANNA THIAW

 

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