terrible drame a louga elle meurt abandonne en salle daccouchement

Des soins de santé de qualité, un droit pour tous! Astou Sokhna, le réveil brusque de nos consciences ébranlées

Chargée de programme en santé de la reproduction dans une agence des Nations-Unies à Dakar, j’ai pu voir dans plusieurs régions le fonctionnement des services de santé maternelle en ma qualité de Coordonnatrice régionale des programmes pour les 23 pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Le drame à Louga avec le décès de la jeune Astou Sokhna interpelle nos consciences.

La mortalité maternelle dans le monde

Le taux global de mortalité maternelle a diminué de 38% entre 2000 et 2017, passant de 342 à 211 décès pour 100 000 naissances vivantes. Une formidable avancée. Mais en dépit de ces progrès, près de 800 femmes meurent encore chaque jour des suites d’une grossesse ou d’un accouchement. Soit environ une femme toutes les deux minutes. 99 % de ces décès ont lieu dans les pays en voie de développement et plus de la moitié dans des contextes instables/de crise humanitaire. Et pour chaque femme qui meurt, 20 ou 30 sont sujettes à des complications aux conséquences graves ou durables.

Avec la tendance actuelle, l’objectif de développement durable 3.1 visant à réduire le ratio de mortalité maternelle, à moins de 70 décès pour 100 000 naissances vivantes au niveau mondial, ne pourra être atteint. Avec la tendance actuelle, le ratio devrait se situer à 133 en 2030.

En Afrique sub-saharienne, le ratio de mortalité maternelle reste inacceptablement élevé malgré les progrès. En 2017, quatre des 5 pays avec le plus fort ratio de mortalité maternelle en 2017 sont recensés en Afrique. Il s’agit du Nigeria, de la République démocratique du Congo, de l’Éthiopie et de la Tanzanie. Les 5 pays où une femme est susceptible de perdre la vie en donnant la vie se trouvent également en Afrique sub-saharienne. Il s’agit de la Sierra Leone, de la République centrafricaine, du Tchad, du Nigeria et du Soudan du Sud.

Au Sénégal, les données en matière de santé maternelle montrent que d’importants progrès ont été faits. En effet, le ratio de mortalité maternelle a baissé de 392 décès pour 100 mille naissances vivantes en 2010 à 236 décès en 2017. Mais des réductions drastiques de la mortalité maternelle sont possibles.

La plupart des décès maternels pourraient largement être évités. Sécuriser la maternité constitue un droit de l’homme fondamental.

La majorité des femmes, qui perdent la vie, ont péri suite à une grave hémorragie, une septicémie, une éclampsie, une dystocie ou aux conséquences d’avortements non médicalisés, autant de causes pour lesquelles il existe des interventions très efficaces. Dans de nombreux pays, la baisse des décès maternels s’explique par la présence de personnel qualifié à la naissance, à quoi s’ajoutent des soins obstétriques d’urgence. Bon nombre de ces pays ont réduit de moitié leurs décès maternels en l’espace de dix ans. Mais il reste beaucoup à faire.

Et la tragédie ne s’arrête pas là : Lorsqu’une mère meurt, sa famille se trouve dans une situation de plus grande vulnérabilité et son bébé est plus susceptible de mourir au cours de ses deux premières années de vie. Des taux élevés de mortalité maternelle subsistent, notamment au sein de communautés démunies. Sur les centaines de milliers de femmes qui meurent chaque année durant leur grossesse ou lors de l’accouchement, plus de 85 % vivent en Afrique et en Asie du Sud.

Le cas Astou Sokhna

Ce 1er avril 2022, à l’hôpital de Louga (Sénégal), Astou Sokhna perdait la vie en donnant la vie. Encore un décès évitable. Inacceptable, impensable dans ce monde du 21ème siècle et dans un pays comme le Sénégal, où des efforts substantiels sont en cours pour relever le plateau technique des services de santé par la construction d’infrastructures et la mise en place d’équipements de dernière génération. L’audit technique du décès conclut et confirme le manque de prise en charge adéquate comme une «insuffisance de diagnostic, c’est-à-dire l’évaluation non optimale du risque et l’insuffisance dans la surveillance» par le personnel de santé.

La sécurité des femmes, lors de la grossesse et de l’accouchement, est une question de survie, mais aussi de développement, avec en ligne de mire la santé et le bien-être des femmes et des filles. L’objectif «zéro décès maternel évitable», auquel le Sénégal s’est engagé, doit devenir une réalité et passe par des systèmes de santé de haute qualité pour un service optimal, l’innovation, l’équité et la responsabilité, ainsi que les partenariats et la coordination. Tous les acteurs doivent s’engager à fournir des soins maternels et néonatals respectueux et de qualité à l’échelle nationale, notamment en faisant le lien entre les établissements de santé primaire et les centres spécialisés. Des sage-femme correctement formées, bien équipées et respectueuses des procédures peuvent assurer 87% des soins essentiels, dont les femmes et les nouveau-nés ont besoin.

Des systèmes de santé

de haute qualité, une base pour atteindre l’objectif de développement durable 3

Le but ultime de la haute qualité du système de santé est de fournir des soins performants et d’avoir une expérience positive du patient. La haute qualité des systèmes de santé peut être garantie par trois facteurs principaux :

Les fondements : les besoins en santé de la population et leurs attentes, la gouvernance du système et le partenariat, la plateforme d’offre de soins, les ressources humaines en nombre et compétentes, les outils et ressources, y compris les médicaments et les données.

L’amélioration des capacités pour mesurer et utiliser les données.

Et les valeurs à savoir : l’accès au service pour toutes les populations sans discrimination, l’équité, la résilience et l’efficience. Les populations sont bénéficiaires et comptables des prestations, car faisant partie du dispositif en place.

Beaucoup d’expériences négatives sont rapportées sur l’attention, le respect, la communication, la durée de la visite, le traitement irrespectueux et l’abus, surtout pour les groupes vulnérables (y compris les plus pauvres, les moins éduquées, les adolescentes, les personnes stigmatisées et les femmes du milieu carcéral).

Devant le cas Astou Sokhna et au-delà de la dimension technique, il faudra imputer les manquements à plusieurs facteurs parmi ceux cités ci-dessus, en particulier au niveau de fondements du système.

L’amélioration de la qualité des soins requiert des actions à tous les niveaux du système de santé et doit être partie intégrante de la couverture sanitaire universelle.

Les réformes à apporter, du fait de la complexité des systèmes de santé qui fonctionnent sur plusieurs niveaux interconnectés, ne peuvent être performantes si elles se font seulement au niveau opérationnel des prestations des services. Accorder une place importante entre autres mesures au changement de comportement des prestataires contribuera de façon significative à l’amélioration des insuffisances observées, même si certaines interventions ont un effet minime sur la performance des prestataires et sont difficiles à mesurer et à maintenir.

La mise en place de systèmes de santé de haute qualité nécessite l’expansion des domaines à améliorer à travers des réformes structurelles pour changer positivement les fondements requis.

La santé de la reproduction et les droits en santé de la reproduction sont les droits humains

«Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie».

Dr Fatou Sarr DIOP, ancienne Coordonnatrice régionale des Programmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre des Nations-Unies (Tél. 75-631-89-89 / 77-449-44-02. Mail : mamefss@yahoo.com

 

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