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Lansana Gagny Sakho : « L’Afrique n’a pas un problème de potentiel mais un déficit de méthode »

Dans un plaidoyer percutant pour la continuité de l’État, le président du Conseil d’administration de l’APIX-SA et auteur de Gouverner est un Métier tire la sonnette d’alarme : la mémoire institutionnelle n’est pas un luxe, mais une infrastructure stratégique. Alors que les alternances politiques bousculent trop souvent l’administration publique, l’expert en gouvernance rappelle que sacrifier le savoir-faire technique sur l’autel des loyautés partisanes fragilise l’économie et se paie, tôt ou tard, au prix fort.

Ancien directeur de l’OFOR et de l’ONAS et président du Conseil d’administration de l’APIX-SA, Lansana Gagny Sakho a publié un ouvrage intitulé « Gouverner est un Métier ». Dans cet entretien avec Seneweb, il ivre une analyse sans détour sur le « déficit de méthode » qui gangrène les États africains, l’urgence de préserver la mémoire institutionnelle, la transformation stratégique de l’emploi des jeunes et la nécessité impérieuse de professionnaliser la gouvernance publique.

Il explique : « ​Cette lecture révèle précisément la confusion que le livre cherche à dissiper. « Gouverner est un Métier » a été finalisé avant même que cette ère ait commencé. On ne peut pas écrire, sur vingt-cinq ans d’expérience, une leçon de méthode destinée à des événements qu’on ne pouvait pas anticiper. ​Mais je comprends la tentation. Quand un ouvrage sonne juste dans le contexte du moment, on cherche à en faire un commentaire de l’actualité. Ce serait lui faire trop d’honneur dans un sens, et l’appauvrir dans un autre. Les principes qu’il articule — la préparation en amont, la mémoire institutionnelle, la rigueur des processus — s’appliquent à toute transition politique, de Dakar à Nairobi, d’Abidjan à Kampala. »

​Selon Lansana Gagny Sakho, « ce livre n’est pas une lettre ouverte à un gouvernement. C’est un traité à destination de ceux qui, partout en Afrique, prendront un jour les commandes d’un État. A son avis,  l’Afrique n’a pas un problème de potentiel mais un « déficit de méthode » « ​La compétence individuelle est réelle. L’Afrique produit des ingénieurs, des économistes, des juristes de haute volée. Le problème n’est pas cognitif. Il est systémique. Le vrai déficit, c’est l’absence de structures qui transforment des compétences individuelles en capacités institutionnelles durables. Un homme compétent dans un système désorganisé produit des résultats fragmentaires. Un système bien conçu, même avec des acteurs moyens, produit de la continuité », déplore-t-il.

Il ajoute : « ​Quant à la volonté : elle est souvent là au départ, fraîche, sincère, mobilisatrice. Ce qui lui manque, c’est la traduction en méthode. La volonté de développer est une matière première. La méthode est l’outil de transformation. Or on confie trop souvent nos États à des acteurs riches de volonté mais démunis de méthode, et cela, par définition, ne produit que de l’enthousiasme sans lendemain. » « ​L’Afrique a suffisamment de talents. Elle manque d’ingénierie institutionnelle pour les mettre au service de projets collectifs durables », soutient-il.

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​Un changement de paradigme sur l’emploi des jeunes

Pour l’emploi des jeunes, le PCA plaide pour un changement de paradigme. « ​L’échec est d’abord conceptuel. On a longtemps traité l’emploi des jeunes comme une question d’assistance sociale : filets de sécurité, transferts monétaires, programmes symboliques dotés de financements insuffisants. C’est ce que j’appelle l’approche par la compassion : elle répond à une urgence morale sans traiter l’enjeu économique. »

Il poursuit  : ‘​Ce que les politiques publiques actuelles n’ont pas su faire, c’est construire des chaînes de valeur nationales capables d’absorber cette main-d’œuvre en créant de la valeur ajoutée. On a trop importé des modèles conçus pour des économies matures, dans des contextes structurellement différents. Il faut des stratégies africaines de l’emploi, non des adaptations de recettes pensées pour d’autres latitudes. ​L’emploi des jeunes africains n’est pas une question de charité à organiser. C’est la condition de la stabilité politique et du décollage économique du continent. »

 

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