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MAMADOU SY ALBERT: « Tous les présidents du Sénégal ont utilisé les rapports
MAMADOU SY ALBERT: « Tous les présidents du Sénégal ont utilisé les rapports

MAMADOU SY ALBERT: « Tous les présidents du Sénégal ont utilisé les rapports des corps de contrôle contre des adversaires »

Selon le l’analyste politique Mamadou Sy Albert, pour qu’il y ait bonne gouvernance, les corps de contrôle ne doivent plus dépendre du président de la république, et que l’on puisse encore croire en la justice sénégalaise. Interroger sur l’utilité des rapports des corps de contrôle qui ne connaissent pas de suite, Mamadou Sy Albert estime que le mal des rapports est politique.

Qu’est-ce qui explique ces manques de réaction par rapport à ces rapports ?

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Pourquoi il n’y a pas de suite donnée à ces rapports de corps de contrôle ? Là, on est dans la politique. Les rapports sont destinés exclusivement au président de la République. Si le président ne donne pas de suite aux rapports il n’y aura jamais de suite, si le président donne une suite favorable aux recommandations des corps de contrôle, il y a nécessairement une suite. Donc le blocage se situe au niveau de la présidence. Si le président ne transfère pas le dossier à la justice, le ministère de la Justice ne peut pas s’autosaisir des rapports des corps de contrôle. Donc il faut nécessairement l’aval du président de la République qui est donné au gouvernement et à partir du gouvernement, à savoir le premier ministre, qui peut confier le dossier au ministre de la justice. Mais s’il n’y a pas l’aval du président, la justice ne peut pas s’autosaisir des rapports d’enquête, des rapports d’audit. Tout ce que le ministre peut faire, c’est limoger une personne dont la gestion n’est pas correcte, le ministre peut prendre des mesures administratives mais ne peut aller à la justice pour emmener un responsable de projet, donc le blocage c’est au niveau du président. Maintenant tout le monde sait que c’est pour des raisons politiques. Depuis que le Sénégal existe, les présidents de la République n’ont exploité les rapports des corps de contrôle que quand cela les arrangent. Soit c’est pour punir un responsable politique rebelle contre le président ou le parti, dans ces cas, il y a des poursuites judiciaires ou contre des opposants qui ont géré des fonds publics. On a vu le cas de Khalifa Sall et de Karim Wade ou bien encore d’Idrissa Seck. Voilà la situation dans laquelle on est, depuis Abdou Diouf, Abdoulaye Wade et Macky Sall ne fait pas l’exception. Tous les présidents du Sénégal ont utilisé les rapports des corps de contrôle contre des adversaires.

 

Est-il encore opportun de faire des rapports, si à chaque fois, il n’y a pas de suite ?

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de suite qu’il ne faut plus faire des rapports. Les rapports des corps de contrôles sont des rapports administratifs. Ils ne sont pas faits pour le président en exercice ni contre des membres de l’opposition. Toute administration publique doit être auditée et contrôlée. Ce sont des fonds publics et des politiques publiques. Il faut nécessairement avoir des corps de contrôle. Maintenant qu’il y ait suite ou pas, l’administration continuera de fonctionner. Le mal n’est pas dans l’existence des corps de contrôle, il est ailleurs. Il faut chercher le mal au niveau politique, mais les rapports sont utiles. Ceux qui veulent réellement travailler pour l’administration vont exploiter ces rapports-là. Les corps de contrôle ne sont pas faits pour amener les gens en prison, mais c’est pour améliorer le fonctionnement de l’administration. C’est aussi pour que l’administration soit plus performante afin que les administrés ressentent les projets de l’Etat. Donc au lieu de dire qu’il ne faut plus faire des rapports, il faut plutôt aller vers une bonne gouvernance. Et pour qu’il y ait une bonne gouvernance, il faudra des réformes. Par exemple, les corps de contrôle ne doivent plus dépendre du président de la République. Des institutions comme l’Ofnac, la Cour des comptes ou encore l’inspection générale d’Etat, si elles ne dépendent pas du président de la république, on aurait une justice indépendante. Donc la solution, c’est avoir des corps de contrôle détachés du président de la république. L’idéal, c’est d’avoir une justice indépendante du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. Quand on aura une ossature administrative et juridique autonome du pouvoir exécutif, il est évident que la justice va s’autosaisir de ces rapports. C’est la solution pour qu’on ait une gestion transparente. Mais pour ça, il faut que les corps de contrôle ne soient plus sous l’influence du président de la République ou du ministère de la justice. Il faut une justice indépendante et des corps de contrôle indépendants, mais il faut aussi aller plus loin dans la réforme de l’administration. L’administration doit être une administration de service public et non celle d’un parti politique.

 

Aujourd’hui qu’elle devrait être la réaction du président après la publication de ce rapport de la cour des comptes ?

La réaction du président de la République Macky Sall, soit il met son coude comme sur tous ces rapports, et le débat est clos, on en parle plus. S’il choisit cette option, c’est sûr que la pression va continuer de s’exercer sur lui, sur l’administration et sur la justice également. Et cela va discréditer encore nos institutions et à la limite cela va discréditer les corps de contrôle qui ne sont pas indépendants du président de la République. Maintenant, l’autre option c’est que Macky Sall à un an dans l’année qui va venir (2023), est-ce qu’il va réellement aller dans le sens d’une bonne gouvernance, la rupture avec le contrôle du président de la République sur les organes, sur l’administration, ainsi que la justice. Ça je ne le crois pas, il ne l’a pas fait depuis dix ans, ce n’est pas à la dernière année de son deuxième mandat qu’il va faire des réformes profondes donc on va vers une situation assez délicate. On risque encore de discréditer l’administration, les corps de contrôle mais surtout la justice sénégalais et ça va créer une situation de psychose de l’impunité et je crois que l’impunité et la corruption, c’est ça qui gangrène notre administration. Le président devrait prendre en compte les exigences des citoyens qui demandent plus de transparence, une meilleure gestion dans l’administration. Si on va dans cette direction, peut-être que le Sénégal va avoir un climat apaisé l’année prochaine.

 

Certains épinglés dans les faits révélés par le rapport de la cour des comptes aujourd’hui assiègent la scène médiatique. Est-ce l’approche idéale pour se justifier ?

Effectivement, des personnes soupçonnées d’être impliquées dans les faits révélés par le rapport de la cour des comptes assiègent actuellement la scène médiatique. C’est un paradoxe parce que vous ne pouvez pas avoir la gestion des fonds publics et un organe de contrôle comme la cour des comptes vous accuse et vous occupez les médias pour vous justifier. Vous devez plutôt vous justifier d’abord au niveau de votre administration. C’est ça le respect d’un cadre. Ces personnes citées dans le rapport doivent se justifier au niveau de leur hiérarchie et il y a toute une procédure pour s’expliquer au niveau administratif. Mais à défaut de respecter cette procédure administrative, vous devez au moins attendre que la justice vous interpelle pour vous expliquer. Ça veut dire tout simplement que quand vous êtes responsable du service public et qu’un rapport vous indexe, vous devez avoir un réflexe de réserve et suivre une procédure administrative ou attendre une procédure judiciaire qui sera déclenchée par le ministre de la justice. Mais ce qu’on voit maintenant, est une approche très politicienne. On est au Sénégal et les gens croient que si vous allez dans les médias, ils peuvent vous laver. Ils essaient d’entretenir un climat qui va faire croire aux gens que vous n’avez pas mal géré. Malheureusement, c’est le côté politicien qui fait qu’on ne respecte plus l’administration.

Quand les cadres de l’administration ne respectent plus les rapports faits par les corps de contrôle, ce qui leur reste à faire, c’est d’aller dans les médias pour mener la bataille d’opinion, mais je pense que c’est peine perdue car le jour que la justice se saisira de leur dossier, ces gens-là sauront que ce n’est pas au niveau des médias que le problème va se régler. Ils seront contraints de répondre devant la justice. Ils seront obligés de se taire si toutefois l’administration déclenche des procédures internes. Je crois que c’est une mauvaise idée d’aller occuper les médias pour se justifier. C’est un comportement trop politicien.

 

Rosita Mendy

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