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Scandale des 2 milliards : Le procureur charge Samuel Sarr et réclame le sursis pour Cheikh Amar

Le tribunal correctionnel de Dakar a jugé, ce 30 avril en audience spéciale, l’affaire opposant l’ex-ministre de l’Énergie, Samuel Sarr, à l’homme d’affaires Cheikh Amadou Amar. Dans ce contentieux, Samuel Sarr reproche à Cheikh Amar des faits de faux et usage de faux en écriture de commerce ou de banque, tandis que ce dernier a porté plainte contre lui pour abus de confiance portant sur 2 milliards de FCFA. Lors du procès, seul Samuel Sarr a comparu. En ce qui concerne Cheikh Amar, ses avocats ont produit un certificat médical, avec un repos de 4 jours (du 27 au 30 avril), pour justifier son absence. Cheikh Amar a été jugé par défaut réputé contradictoire.

Les faits – Selon l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction du 2e cabinet, le 15 octobre 2021, Cheikh Amar avait porté plainte au parquet de Dakar contre Samuel Sarr pour des faits d’abus de confiance. Il précisait que ce dernier avait reçu de sa part la somme de 2 000 000 000 de FCFA en vue de la remettre à l’ancien Président Abdoulaye Wade, en son nom et pour son compte. Mais Samuel Sarr s’abstenait de remettre les décharges concernant Maître Wade. Selon Cheikh Amar, après plusieurs interpellations, Samuel Sarr avait fini par soutenir que la somme avait été répartie entre différentes autorités religieuses, politiques, judiciaires et autres, sans produire de pièces justificatives pouvant étayer ses allégations.

Entendu par les enquêteurs de la Brigade de recherches de Dakar, Cheikh Amar expliquait que, courant 2013-2014, il avait été approché par Samuel Sarr, qui lui avait fait part des difficultés financières du Président Abdoulaye Wade, avant de lui proposer de l’assister en raison de leurs relations antérieures. Croyant à ses propos, il lui avait remis la somme de deux milliards de francs CFA, que Samuel Sarr affirmait avoir remise au Président Wade. Selon Amar, lorsqu’il avait interpellé le Président Wade, celui-ci avait soutenu n’avoir rien reçu de la part de Samuel Sarr.

Interrogé, Samuel Sarr avait alors déclaré qu’il n’avait pas remis directement l’argent au Président Wade, mais l’avait redistribué suivant ses instructions. Il avait même produit une liste des bénéficiaires, validée par ses deux témoins et Me Seydou Diagne. SamuelSarr précisait que Cheikh Amar devait 7 935 000 000 de FCFA au Président Wade et qu’en 2013, ce dernier lui avait donné mandat pour recouvrer ladite somme. Mais Cheikh Amar a alors évoqué des difficultés financières et sollicité un paiement par moratoire. C’est ainsi qu’un accord a été trouvé pour un premier remboursement de deux milliards. Amar devait remettre quatre traites bancaires à titre de garantie : trois de cinq cent millions (500 000 000) de francs CFA, une de quatre cent millions (400 000 000) et cent millions en espèces.

Selon Samuel Sarr, les cent millions avaient été remis au Président Wade contre décharge. Les traites, quant à elles, n’avaient jamais été déposées puisque, à chaque fois, Amar lui remettait la somme en espèces, et dès que le montant d’une traite était atteint, celle-ci était barrée. D’après Samuel, il reversait les fonds au Président Wade ou les dépensait suivant ses instructions. En 2018, ce dernier était revenu au Sénégal pour réclamer son reliquat de 5 935 000 000 de FCFA et avait intenté une action en justice contre Amar et saisi, par hypothèque forcée, son terrain d’une superficie de 127 807 m², situé à Dakar Ouakam et faisant l’objet du titre foncier numéro 1447/NGA de Ngor Almadies.

À la barre – Poursuivi pour abus de confiance, Samuel Sarr a contesté les faits. Serein à la barre, il a crié son innocence en produisant des documents et des échanges de mails entre lui et Karim Wade, fils de l’ancien président Wade. « Depuis 1989, je travaille avec Me Abdoulaye Wade. Et j’ai dépensé plusieurs milliards pour lui. Je suis surpris et il est dommage qu’à cette période de centenaire d’Abdoulaye Wade, on parle de cette affaire », avance Samuel Sarr. Il poursuit : « Ce qui s’est passé, c’est que Cheikh Amar doit à Me Abdoulaye Wade 7,9 milliards de FCFA. Le président Wade voulait récupérer la somme. D’ailleurs, Cheikh a reconnu la créance. Il nous a remis 4 traites. Après, il me donnait des sommes et le cumul a fait 2 milliards de FCFA », explique-t-il.

« Vous avez reçu l’argent, mais vous ne l’avez pas remis à Abdoulaye Wade », charge le juge. Samuel Sarr a brandi un document, montrant un tableau des dépenses. « J’ai reçu au total 2 milliards et, sur instruction de Me Abdoulaye Wade, j’ai fait bon usage de l’argent. J’ai exécuté ses instructions par e-mail. J’ai des témoins comme Me Madické Niang et Omar Sarr. Et l’exercice a été fait par Me Seydou Diagne pour l’envoyer à Karim Wade à l’époque. J’ai toutes les décharges », affirme Samuel Sarr.

Le procureur lui a demandé s’il a reçu mandat de Me Abdoulaye Wade pour agir. « Oui, le document a été donné à la Gendarmerie. C’est la pièce 3 du dossier », rétorque Samuel Sarr. Le parquet revient à la charge : « Cheikh Amar a dit que vous lui avez fait part des difficultés financières auxquelles était confronté Me Abdoulaye Wade. C’est ainsi qu’il vous a remis 2 milliards. » Samuel Sarr hausse le ton : « Avec tout le respect que je dois à monsieur Cheikh Amar, il ne faut pas falsifier l’histoire. Si Cheikh Amar est devenu Cheikh Amar, c’est grâce à Abdoulaye Wade. C’est Serigne Saliou qui l’avait recommandé à Abdoulaye Wade », a déclaré Samuel Sarr.

Le procureur : « Les 7 milliards qu’Abdoulaye Wade avait prêtés à Cheikh Amar appartiennent-ils à l’État du Sénégal ou à monsieur Wade ? » questionne le représentant du ministère public. « Moi, je suis un homme d’État, je ne peux pas entrer dans les détails. Ce que je peux vous dire, c’est que l’argent appartient à Abdoulaye Wade », dit S. Sarr. À la question de Me Bachir Lo, avocat de Cheikh Amar, Samuel confirme avoir été mandaté par Me Abdoulaye Wade pour aller recouvrer sa créance envers Cheikh Amar.

Ensuite, à la question de son conseil, Me Baboucar Cissé, Samuel Sarr affirme que Me Abdoulaye Wade ne s’est jamais plaint d’un détournement de 2 milliards. Il a précisé que lors du premier versement de 100 millions de FCFA par Cheikh Amar, Wade était à Abidjan. « Il avait pris toutes les dispositions pour le traduire en justice. C’est pourquoi il m’avait remis 100 millions pour qu’il se calme », révèle le prévenu avant de montrer la décharge des premiers 100 millions qu’il dit avoir scannée et envoyée à Me Wade. « Cette somme, je l’ai remise à Paris à son garde du corps Diène, qui m’a fait une décharge », dit-il.

Une question du procureur irrite la défense

Reprenant la parole, le procureur de la République a posé une question à Samuel Sarr. Me Baboucar Cissé : « Il faut lire votre dossier avant l’audience », a martelé l’avocat. Me Bachir Lo, conseil de Cheikh Amar, parle de documents fantômes. « J’ai exploité le dossier, mais je n’ai pas vu le document. Pourquoi vous vous mettez dans cet état, Maître Cissé ? », questionne le procureur de la République. « Il y a un bordereau en annexe », dit Me Cissé. Samuel Sarr d’ajouter : « C’est dans le dossier depuis le début », argue le prévenu. La défense a finalement montré au procureur une copie du mandat.

Cheikh Amar réclame 3 milliards à Samuel Sarr

Pour sa constitution de partie civile pour l’abus de confiance, Me Khadim Kébé, pour le compte de Cheikh Amar, est d’avis que les faits sont constants. Selon Me Kébé, l’argent n’a jamais été remis à Abdoulaye Wade. Samuel Sarr a abusé de sa qualité de mandataire pour détourner les sommes, et il est incapable de justifier ses dépenses. Selon l’avocat, le tableau qu’il a présenté ne peut pas servir de preuve. Me Kébé a réclamé la somme de 3 milliards de FCFA pour toutes causes et préjudices confondus.

Dans sa plaidoirie, Me Bachir Lo a révélé que Cheikh Amar a rencontré Abdoulaye Wade, qui a dit qu’il n’a jamais mandaté Samuel Sarr. « S’il a pris tes 2 milliards, il faut aller porter plainte. C’est ce qui justifie que Cheikh Amar a porté plainte contre Samuel. La saisie d’hypothèque qu’il dit que c’était pour recouvrer une dette, il ne sait pas que les avocats de Me Wade avaient fait une demande reconventionnelle réclamant 10 milliards. Finalement, Me Wade s’est désisté parce qu’il n’avait ni chèque ni virement », a expliqué Me Lo.

Samuel Sarr réclame 2 milliards FCFA

Sur la constitution de partie civile pour la fausse décharge produite par Cheikh Amar, Me Cheikh Amadou Ndiaye déclare : « Le document est faux avec des fautes grossières. Samuel Sarr ne peut commettre une faute en écrivant son nom. Le plus grave, c’est le faux intellectuel », dit l’avocat, avant de réclamer 2 milliards de FCFA à titre de dommages et intérêts.

Le procureur demande 6 mois ferme pour Samuel et le sursis pour Cheikh Amar

Dans son réquisitoire, le procureur de la République a évoqué les dispositions de l’article 445 du Code de procédure pénale. Pour le maître des poursuites, Samuel Sarr est incapable de justifier les dépenses et aucune pièce n’a été versée dans le dossier, d’autant plus qu’il n’a pas produit de mandat. « Aucune pièce n’atteste que Cheikh Amar doit près de 8 milliards à Abdoulaye Wade. Il a fait usage de fausse qualité. Il n’a jamais été mandaté par Me Wade. La remise est constante », a déclaré le parquet, qui demande de requalifier le délit d’abus de confiance en escroquerie. « Il faut connaître la personne de Samuel Sarr. Plusieurs procédures le concernant sont pendantes. Il a un amour de l’argent », a-t-il souligné. Le parquet a requis une peine de 6 mois ferme et un mandat de dépôt à l’audience, ainsi qu’une amende d’un million de FCFA contre Samuel Sarr.

En ce qui concerne Cheikh Amar, le procureur de la République a souligné que, connaissant la personnalité de Samuel Sarr, Cheikh Amar a falsifié une pièce avec une fausse signature pour produire des preuves. Il a demandé au tribunal de le déclarer coupable des faits. Il a requis une peine de 2 ans avec sursis et une amende de 500 000 FCFA.

Me Dionewar Soumaré, de la défense, estime que le délit d’abus de confiance n’est pas constitué. Pire, même les éléments constitutifs ne sont pas réunis. Il a plaidé le renvoi des fins de la poursuite, à défaut l’application des dispositions de l’article 383 alinéa 2. Me Soumaré a soulevé une exception sur le délai de prescription et l’irrecevabilité de la constitution de partie civile.

Me Cheikh Amadou Ndiaye de dire : « Cette dette existe entre Cheikh Amar et Me Abdoulaye Wade. Car si on aide quelqu’un, on ne donne pas de traite », précise la défense. Il enchaîne : « En 2013, Me Wade avait saisi le bâtonnier Me Mamadou Koné de Côte d’Ivoire pour lui dire : “Je vous transmets le dossier de Cheikh Amar qui me doit plus de 7 milliards de FCFA.” Cheikh Amar ne peut pas être le mandant de Samuel », déclare Me Ndiaye, qui demande le renvoi des fins de la poursuite. À sa suite, Me Abou Dialy Kane soutient : « Il est illusoire de parler d’abus de confiance et il n’est pas constitué le délit d’escroquerie », estime Me Kane.

Me Boubacar Cissé, qui a conclu, a fait une plaidoirie de haute facture. La robe noire a démontré l’innocence de son client. Pour Me Cissé, Samuel Sarr a agi sur mandat de Me Wade, qui a beaucoup aidé Cheikh Amar. Et ce dernier devait la somme de 7,9 milliards à l’ancien président, avec des documents à l’appui.

Sur les exceptions

Prenant la parole sur l’exception relative aux délais de prescription, Me Bachir Lo, de la partie civile, pense qu’il y a confusion sur la prescription. « Le vol est une infraction instantanée et l’abus de confiance, c’est la découverte », dit-il. Faisant ses observations, le procureur déclare : « Le conseil de la défense ne peut démontrer que Cheikh Amar n’avait pas connaissance de la commission de l’infraction. Rien dans le dossier n’atteste que la partie civile avait connaissance de la commission. Le délai de 3 ans n’est pas écoulé », dit-il. La défense a pris son contre-pied. Sur la recevabilité de la partie civile, Me Khadim Kébé a soutenu que leur constitution est bien recevable.

L’affaire est mise en délibéré au 9 juillet 2026 (avec seneweb)

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