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Scandale foncier à Dakar-Plateau : Terrains à milliards, faux documents et soupçons de prête-noms d’un ancien ministre !

Terrains bradés à des milliards sur la Corniche, avis administratifs antidatés, parcelles de l’État attribuées au privé et soupçons de prête-noms au profit de l’entourage de feu l’ancien ministre des Finances Mamadou Moustapha Bâ : le passage d’Eva Abess Niang, ancienne cheffe du bureau des Domaines de Dakar-Plateau, devant la commission d’enquête parlementaire a levé le voile sur de graves irrégularités. De l’affaire « Panier Magique » aux SCI Neddo et Takhaw Nguène, récit d’un audit choc qui ébranle la haute administration domaniale.

​Les révélations explosives s’enchaînent devant la commission d’enquête parlementaire. Et certains dossiers examinés par les députés révèlent de graves dysfonctionnements au sommet de l’administration domaniale. À Dakar-Plateau et dans plusieurs zones hautement stratégiques de la capitale, des terrains relevant du domaine privé de l’État ont fait l’objet de procédures d’attribution et de cession définitive dans des conditions qui suscitent la vive préoccupation des commissaires.

​Entendue par les parlementaires, Eva Abess Niang a été confrontée à de nombreuses opérations litigieuses. Au fil des auditions, les députés ont relevé des incohérences chronologiques flagrantes, d’importantes contradictions entre documents officiels et de sérieuses interrogations sur l’identité des bénéficiaires réels.

​Premier dossier à avoir retenu l’attention de la commission : l’affaire dite « Panier Magique », portant sur une parcelle de 2 339 m² située sur la route de la Corniche, dans le secteur de Mermoz, à proximité de la prison du Cap Manuel.

​Dans ce dossier, la chronologie des actes administratifs interpelle. La demande de régularisation par voie de bail a été déposée le 22 décembre 2023 par le gérant de la société. Quatre jours plus tard seulement, le 26 décembre, la Commission de contrôle des opérations domaniales (CCOD) émettait déjà un avis favorable. Or, le rapport technique du Cadastre n’a été établi et transmis que le 27 décembre.

​Comment la CCOD a-t-elle pu donner son aval sans disposer de ce document technique préalable ? C’est l’une des anomalies majeures soulevées par les députés, mettant directement en cause la régularité de la procédure. La structure financière de la société bénéficiaire a également suscité la perplexité de l’assemblée. Créée en 2023, cette entreprise unipersonnelle affichait un capital social d’un million de francs CFA dans ses statuts notariés et son NINEA. Pourtant, dans la correspondance adressée à la Direction des Domaines, le capital revendiqué atteignait dix millions de francs CFA. À ce grand écart s’ajoute une sous-évaluation manifeste : alors que le barème domanial retenu fixait une estimation de 116 millions de francs CFA, la valeur marchande réelle de la parcelle dépasse les 7,5 milliards de francs CFA. Le terrain a ensuite fait l’objet d’une cession définitive par arrêté le 18 mars 2024.

​Autre dossier passé au crible : celui de la SCI Galoya, portant sur le titre foncier 67/DK. Les commissaires y ont découvert deux dates contradictoires sur les actes relatifs à l’avis de la CCOD : le 8 mars et le 9 août 2023.

​Interpellée sur ce chevauchement, Eva Abess Niang a soutenu qu’une première séance tenue en mars n’avait pas permis de valider le dossier, le plan cadastral ayant été rejeté par le directeur du Cadastre. Une seconde réunion avait donc été convoquée en août. Toutefois, lors de la rédaction finale du contrat de bail, la première date serait restée par erreur sur le document officiel. Une explication qui laisse entière la question de la fiabilité des actes administratifs et de la traçabilité des arbitrages de la CCOD.

​Mais c’est le dossier des SCI Neddo et Takhaw Nguène qui a relancé les soupçons d’utilisation de prête-noms. Les députés ont cherché à identifier les ayants droit réels des parcelles attribuées à ces entités. Selon les pièces présentées lors de l’audition, Paul François Diokh, désigné comme gérant dans les statuts, a formellement contesté, par le biais de son conseil, avoir signé les demandes d’attribution ou sollicité le moindre terrain. Les investigations ont en outre mis en lumière ses liens professionnels directs avec feu Mamadou Moustapha Bâ, ancien ministre des Finances et du Budget, pour le compte duquel il travaillait. Les commissaires suspectent l’utilisation de cette structure écran pour dissimuler l’identité du véritable bénéficiaire. Sur ce point, l’ancienne conservatrice a répliqué que son service se bornait aux vérifications formelles et matérielles des pièces d’identité et des statuts notariés, n’ayant aucun pouvoir d’enquête pour démasquer les bénéficiaires effectifs.

​Le dossier Madeleine SA a, quant à lui, mis à nu des failles béantes de coordination entre les services de l’État. Des parcelles situées dans le périmètre de l’ancien Palais de Justice ont été morcelées et attribuées à des entités privées, alors même que certaines emprises étaient déjà sous la gestion de la Société de gestion du patrimoine bâti de l’État (SOGEPA).

​Les parlementaires ont exigé de savoir comment des terrains abritant des bâtiments ou des installations publiques ont pu être cédés au privé sans prise en compte de leur occupation effective.

​La commission d’enquête entend désormais situer l’ensemble des responsabilités dans la chaîne d’instruction, du Cadastre aux Domaines en passant par la CCOD. Les modalités de conversion des baux en cessions définitives, la braderie des parcelles domaniales et l’identification des profiteurs réels figurent au cœur des investigations. Au terme de ses travaux, la commission pourrait recommander l’annulation pure et simple des actes entachés d’illégalités, une réforme profonde de la CCOD et un verrouillage strict des cessions foncières de l’État. Une interrogation fondamentale résume ce scandale : comment des biens inestimables du patrimoine foncier national ont-ils pu être distribués dans des conditions administratives aussi opaques ? C’est tout l’enjeu de l’enquête dirigée par le président de la commission, Momar Talla Ndao

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