Depuis l’annonce de l’ajustement des prix du carburant, les réactions sont nombreuses. Elles sont compréhensibles. Toute mesure touchant le pouvoir d’achat suscite naturellement des interrogations. Cependant, au-delà de l’émotion du moment, il est essentiel d’analyser cette décision à la lumière des réalités économiques auxquelles notre pays est confronté.
Le gouvernement dirigé par le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier Ministre Al Aminou Lô a fait le choix de la responsabilité plutôt que celui de la facilité politique.
Pendant des années, les finances publiques sénégalaises ont été soumises à une pression croissante. Les subventions généralisées sur les produits pétroliers ont permis de protéger les consommateurs, mais elles représentent également un coût considérable pour le budget de l’État.
La question fondamentale est simple : le Sénégal doit-il continuer à consacrer des centaines de milliards de FCFA à soutenir artificiellement les prix du carburant ou investir davantage dans l’éducation, la santé, l’agriculture, les infrastructures et l’emploi des jeunes ?
Le gouvernement a fait le choix du long terme. Cette décision intervient dans un contexte international marqué par la volatilité des marchés pétroliers et les tensions géopolitiques qui affectent les coûts de l’énergie à travers le monde.
Reconnaître cette réalité n’est pas un aveu de faiblesse. C’est au contraire faire preuve de lucidité et de transparence vis-à-vis des citoyens. Les nations qui réussissent leur transformation économique sont souvent celles dont les dirigeants ont le courage de prendre des décisions difficiles lorsque l’intérêt national l’exige.
Dans un contexte où le Sénégal doit rétablir progressivement ses équilibres budgétaires et financer ses priorités de développement, il serait difficile de maintenir durablement des subventions dont le coût augmente continuellement avec les prix internationaux.
Cette mesure s’inscrit également dans une vision plus large de souveraineté économique. La souveraineté repose sur la capacité d’un État à gérer ses finances publiques avec rigueur, à réduire sa dépendance aux financements extérieurs et à investir dans les secteurs créateurs de richesse et d’emplois.
Bien entendu, cette réforme doit s’accompagner de mesures ciblées en faveur des ménages les plus vulnérables et des secteurs les plus exposés à la hausse des coûts énergétiques. La justice sociale demeure une exigence fondamentale.
Le débat sur le carburant dépasse donc largement la seule question du prix à la pompe. Il pose une question essentielle : voulons-nous un État qui consacre l’essentiel de ses ressources à des dépenses de compensation permanentes ou un État capable d’investir massivement dans l’avenir ?
L’histoire jugera cette décision non pas à travers les réactions immédiates, mais à travers sa contribution à la stabilité économique, à la crédibilité financière du Sénégal et à la préparation de l’avenir. Les grandes nations se construisent souvent grâce à des décisions difficiles mais nécessaires.
Makhtar Gueye
Responsable Kiiraay Mbacké
Pôle Finance Kiiraay
Rewmi.com L'Equilibre notre Crédo
