Guinée, Côte d’Ivoire, Nigéria, Mali… : La CEDEAO n’en peut plus…

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) est confrontée à des dossiers très chauds dans une sous-région africaine en proie à des crises politiques graves.

A peine la page difficile de la Guinée-Bissau tournée, l’organisation sous-régionale étouffe sous le poids des dossiers simultanés maliens, guinées, ivoiriens et nigérians, pour ne citer que les plus actuels et les plus problématiques.

Son nouveau Président, le ghanéen Nana Akufo-Addo à peine installé en septembre, savait à quoi s’en tenir. L’Afrique de l’Ouest est encore sous le spectre des coups d’Etat militaires et constitutionnels.

Si le Mali a basculé avec des sanctions qui viennent à peine d’être levées, la Guinée traverse une crise post-électorale sérieuse qui mérite une promptitude non seulement de la Cedeao mais aussi de l’Union africaine et de toute la communauté internationale.

Le problème est que les acteurs guinéens n’ont même pas attendu le prononcé des résultats. La crise est allée très vite avec son lot de violences et surtout de morts d’hommes.

En vérité, la Cedeao qui a suivi pour ne pas dire supervisé le processus électoral, a du mal à se prononcer dès lors que l’on ne sait même pas encore qui a gagné.

Au même moment, le Nigéria s’embrase avec une dizaine de morts, suite à des violences policières dans un pays en proie à des tensions multiples et au fondamentalisme de Boko Haram.

La Côte d’Ivoire n’est pas en reste. Le boycott actif prôné par la crème de l’opposition est compris par les militants comme une licence à descendre dans la rue et à procéder à des actes de violence. Là-bas, aussi, plusieurs morts ont été comptabilisés.

En proie à tous ses dossiers chauds à la fois, la Cedeao subit aussi la pression d’une certaine société civile africaine qui n’est pas satisfaite de son mode de réaction dans ses pays.

En réalité, sa tâche n’est pas facile. Car, elle se veut juge et partie. Les Chefs d’Etats comme Alpha Condé, Alassane Ouattara, Muhammadu Buhari dont les pays sont concernés font partie de ceux qui sont les plus influents dans l’organisation.

Et Condé n’a jamais caché le fait qu’il ne souhaite pas d’immixtion dans les affaires guinéennes même s’il a fait des concessions comme le fait d’accepter l’audit du fichier électoral avec trois experts de l’organisation.

Ce qui est sûr, c’est que l’organisation n’en peut plus. On lui fait porter le chapeau d’un déficit criard de démocratie interne dans les Etats de l’Afrique sub-saharienne avec des Présidents qui sont là depuis plus de 30 ans et d’autres qui modifient les constitutions à leur guise.

Face aux despotes des temps modernes et aux tailleurs des constitutions, du fait de leur détermination à se maintenir vaille que vaille au pouvoir, la Cedeao a une marge de manœuvre limitée.

Mais, cela ne la dédouane pas pour autant. C’est dans la difficulté de la tâche que l’organisation, qui s’est beaucoup améliorée, doit prouver sa capacité à répondre à ses objectifs.

Mais, pour ce faire, elle doit apprendre davantage à anticiper les conflits afin d’éviter les impasses qui se multiplient pour ne citer que les cas de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.

Il est important aussi qu’elle se fasse épauler par la communauté internationale dans son ensemble. L’expérience a montré que les conflits et les crises ne perdurent que parce que chaque camp trouve souteneur. La Cour pénale internationale (Cpi) a longtemps servi de garde-fou, mais sa crédibilité est de plus en plus sapée par des Etats puissants qui ne l’aiment pas et qui ne se privent pas de le lui montrer.

Pourtant, si on laisse faire, ce qui se passe actuellement en Guinée, au Nigéria et en Côte d’Ivoire va replonger nos pays dans une spirale de guerres civiles et crises institutionnelles graves qui vont menacer l’existence même des Etats comme le démontre le cas malien.

Il faudra que nos dirigeants, dans le cadre de la Cedeao et de structures analogues, fassent preuve de dextérité, de savoir-faire afin de résoudre ses différentes crises qui ont des origines connues et qui ne sont pas insolubles.

C’est là où on les attend car, l’heure est vraiment grave…

Assane Samb

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