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Mayacine Camara, Economiste- Statisticien répond à Madiambal Diagne: »Dire que les nouvelles autorités n’ont pas de programme relève d’une insuffisance de compréhension des mécanismes de planification… »

La dernière sortie de Madiambal Diagne (« Il ne reste plus à Diomaye et Sonko que de nommer Amadou Bâ Premier ministre ! ») fait réagir certains praticiens de l’économie. M.Mayacine Camara, économiste planificateur de son état, vient d’élèver la voix dans cette tribune comme pour lui apporter une sèche réplique. Ainsi, il souligne l’impertinence du journaliste et patron du Groupe « Avenir Communication » à vouloir dévaluer le PROJET cher aux nouveaux tenants du pouvoir. Pour l’ancien Maire de la Ville de Koungheul, vouloir dire que les nouvelles autorités n’ont pas de programme relève d’une insuffisance de compréhension des mécanismes de planification.
In extenso.

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C’est avec le cœur meurtri que je réagis à la contribution mitigée de Monsieur Madiambal Diagne, qui considère dans son propos que « C’est désormais assumé publiquement, vis-à-vis de l’opinion publique sénégalaise et auprès des partenaires techniques et financiers ! La gouvernance du tandem Diomaye-Sonko va s’adosser en quelque sorte sur le Plan Sénégal émergent (PSE) ». Suite à cette contribution de Monsieur DIAGNE, ma conviction est que la politique ne doit jamais obéir à une quelconque forme de trafic d’influence et d’intérêts. En ces moments de changement institutionnel, mon profil de doyen des planificateurs, ayant contribué si modeste soit-il à l’élaboration de plusieurs générations de documents de politiques économiques, m’oblige à intervenir dans ce débat actuel. En chat échaudé craignant l’eau froide, il est crucial d’éviter le piège dans lequel l’ancien régime est tombé, faute d’encadrement ou plutôt faute d’entêtement. La Planification et la gestion de l’économie ont été détournées de l’emprise des technocrates et jetées en pâture dans les mains de politiciens qui ont plongé le pays dans la mal gouvernance.En début de son post, Monsieur Diagne oublie déjà que le PSE est une politique publique qui a été élaborée sur une base inclusive, avec la contribution citoyenne, et la participation des différents acteurs de la société civile, du secteur privé, etc. C’est dans le souci de pérenniser les options stratégiques qui sont censées transcender les régimes, qu’il a été recommandé la démarche participative qui aiderait le Président de la République à faire des choix techniques et consensuels qui devront résister au changement de régime. D’ailleurs, la vision prospective qui sous-tend le PSE est bien antérieure à l’élection du Président Macky SALL (voir Etude prospective Sénégal 2035). Le mérite de ce dernier réside dans son élan républicain de début de premier mandat qui l’aurait motivé à s’appuyer sur des réflexions inclusives et participatives, et respecter les produits du système de planification. À l’époque, nous étions tous déterminés à accompagner le nouveau régime d’alors, qui était bien engagé à mettre en exergue la Stratégie de Croissance accélérée (SCA) réactualisée, la Stratégie Nationale de Développement économique et social (SNDES) et l’Étude prospective Sénégal 2035, trois documents dont la synthèse fut appelée PSE.M. Diagne doit comprendre que ce qui est attendu des acteurs de cette nouvelle alternance, est moins un portage politique qu’un engagement ferme à changer le mode de gouvernance économique. Vouloir dire que les autorités actuelles n’ont pas de programme relève d’une insuffisance de compréhension des mécanismes de Planification voir d’une mauvaise foi. Une politique publique n’est pas un programme de parti politique, d’une association ou d’une ONG. Pour preuve, au même titre que tous les documents de programmes politiques des candidats d’alors, le YONNU YOKKUTE a vite été vidé de sa substance pour contribuer au renforcement des documents de politique publique qui étaient déjà là en 2012, et bien avant l’élection du Président Sall. Le président WADE n’a pas validé le dixième plan, mais a autorisé la formulation du DSRP de première génération en 2001, dans la continuité d’un document intérimaire de lutte contre la pauvreté qui avait trouvé en place.Comme nous vivons dans un pays où le trafic d’influence et d’intérêt est le meilleur raccourci pour accéder à des fonctions supérieures ou d’avoir une proximité avec les plus hautes autorité pour lesquelles on n’a pas les moyens intellectuels d’en assumer les missions, il est normal de penser que le PSE appartient à Amadou Ba et, ou pire, émane exclusivement de sa réflexion. M. Amadou BA, que je connais bien, ne se glorifierait jamais d’avoir écrit le PSE. Je n’ai pas soutenu sa candidature à la dernière élection, mais de mon point de vue, monsieur BA avec qui j’ai travaillé pendant cinq ans, ne souffre point de malhonnêteté intellectuelle.Je ne saurai être d’accord avec une déclaration qui qualifie le PSE de leurre et qui l’éjecte des plans d’émergence, même si les arguments des pourfendeurs sont justifiés dans un contexte de campagne électorale. Pour autant, il faut accepter que la supercherie, l’endettement aveugle et une gouvernance économique et politique ont fini par dénaturer les fondamentaux du PSE et ont ouvert la voie aux critiques dès fois bien fondées. À la décharge de Amadou BA, les choses ont véritablement commencé à péricliter à partir de 2019 (voir tous les indicateurs de gouvernance et la rupture de la trajectoire de croissance économique), avec un nouvel élan politique d’une génération de politiciens à la tête des département ministériels clés, qui semblaient ne rien comprendre du PSE et de son esprit. Pire encore, ils refusaient de se donner la peine d’écouter et d’apprendre, déboussolés par une gouvernance politique qui cherchait dans tous les cas de figure à « récompenser » les responsables politiques qui gagnent chez eux. Et ce fut la dérive ! Tout est permis, pourvu que tu gagnes. À défaut d’une stratégie d’endettement sérieuse, et d’une allocation des investissements publics adossée à un processus de maturation et de sélection objective des projets soutenu, les investissements qui se réclament du PSE ne sont que des mécanismes qui ne profitent qu’aux entreprises qui exploitent les travaux et aux politiciens qui les démarchent et les encadrent. On ne peut pas se glorifier d’avoir mis en œuvre une politique publique si le budget exécuté ne correspond jamais à la quantité de biens et services réellement livrés. L’économie est en perpétuelle distorsion, alimentée par des dérives et des transactions irrégulières générant des inégalités et des frustrations qui élèvent le risque de soulèvement des populations. À travers cette élection présidentielle remportée dès le premier tour, on voit une expression claire des populations qui veulent éconduire les anciennes pratiques et la mal gouvernance coutumière. D’ailleurs, il faut considérer cette élection présidentielle comme une forme d’évaluation du PSE.Que cela soit avec Macky SALL ou avec DIOMAYE , aucun document n’ira au-delà de la problématique de la croissance, du capital humain et de la gouvernance. Je vous renvoie aux documents Plan des années 1990 et même bien avant, qui stipulaient l’élévation durable de la production. Les changements sont à la marge et dans les réformes pour améliorer la gouvernance et l’environnement technique, institutionnel et juridique des affaires. Le PROJET est à traduire pour respecter les canons de la Planification du développement économique et social tant du point de vue de la participation que de son contenu. La vision représentant la matière première de tout document de politique économique reste valable. Celle-ci est axée sur la bonne gouvernance, qui, nous avons tous, est l’une des problématiques majeures de notre développement. Elle est cause profonde de la croissance pour citer Douglas North, prix Nobel d’Economie et grand théorie du développement. Je rappelle à ce propos, que le PSE avait consacré l’axe 3 de sa stratégie à la gouvernance, mais la réalité dans la mise en œuvre fut tout autre. Vous dites Monsieur DIAGNE que « la politique au Sénégal est le lieu où on peut poser ses fantasmes pour des certitudes » ! Avec le régime sortant, les fantasmes de la politique ont été pris pour des certitudes, aux mépris de la conscience de la majorité des Sénégalais.
Personnellement, étant l’un des derniers mohicans des concepteurs du Plan d’Orientation pour le Développement économique et social (PODES), des Documents de Stratégies de Réduction de la Pauvreté (DSRP), de la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA), de la Stratégie Nationale de Développement économique et social (SNDES) et dernièrement du PSE, je soutiens avec fermeté qu’il faut élaborer un nouveau document de Planification, qui sera porté par l’autorité. D’ailleurs, la loi d’orientation du Système national de Planification l’impose. Ce document devra partir du bilan de la première phase décennale du PSE, porter les éléments de redressement et d’accélération vers les l’atteinte des objectifs d’émergence en 2035 et au-delà. Les successions de documents de Planification depuis 1960 ont connu des résultats mitigés. Le Président L.S SENGHOR avait la vision, mais sa stratégique n’était pas bien définie et était peu résiliente aux chocs exogènes. Ses véritables convictions n’ont pas été traduites pour irriguer la réflexion intellectuelle. Les moments difficiles d’ajustement, traversés par le régime de DIOUF , ont prouvé que la politique publique, quelle que soit sa teneur intellectuelle, pouvait pécher de son défaut de participation. Jusqu’à présent, le Sénégal se souviendra longtemps des performances managériales de Mamadou TOURÉ et de Pape Ousmane SAKHO et plus récemment de Makhtar DIOP, malgré son court séjour. Le début de la première vraie alternance aurait commencé avec Abdoulaye DIOP, qui a bien piloté les DSRP avec des techniciens bienveillants comme Sogué DIARISSO, Thierno NIANE, Aliou FAYE. Malgré le rejet systématique du Président WADE, le premier DSRP fut sauvé. Bonne participation, élégance dans la démarche, contenu ciblé. Le deuxième mandat de WADE, à quelques milliards près, est assimilable au deuxième quinquennat de SALL. Ce dernier est parti du pouvoir en laissant une situation similaire au legs du Président WADE. Monsieur DIAGNE , soyez encore plus indulgent avec davantage d’humilité ! Les relations avec le FMI n’appartiennent pas au Président Macky SALL, qui les a trouvées ici et les a laissées ici. Le Président FAYE a le libre choix, sans prendre le risque de donner l’impression d’abandonner la rupture. Tout le monde est censé comprendre que le FMI est bien un œil avisé des partenaires privés étrangers qui désirent collaborer avec le Sénégal qui se voudra souverain. Loin de moi l’idée de faire dans la délation, je me permets de dire que les missions du FMI ont été des moments de gymnastique intellectuelle pour déplacer et cacher les manquements et errements des régimes qui méprisent les pratiques orthodoxes. Ce qui prévaut, c’est d’accroître la transparence et la sincérité budgétaires afin de permettre à chaque sénégalais d’accéder aux informations et de manière régulière bien avant le FMI, aider la société civile à accéder aux données de cadrage, du TOFE, de la balance des paiements, en associant les universitaires et les autres centres de recherche qui alimenteront les débats radio-télévisés pour les contribuables que nous sommes. Votre bataille, en tant que journaliste, est bien à ce niveau et je vous en saurais gré.Je le répète, le PSE est un bon programme sans doute ! mais n’a pas été mis en œuvre. Sa réécriture s’impose, car c’est ce principe même qui le sous-tend. C’est d’abord une vision prospective sur vingt ans avec deux programmes décennaux exécutés en quatre Plans d’actions prioritaires quinquennaux glissants. Le nom importe peu. Qu’il soit PROJET, PSE, PND ou DOS (Document d’orientation stratégique, bon pour l’acronyme DIOMAYE Ousmane SONKO , lol), ce qui intéresse les Sénégalais c’est la vision, et les documents à moyen, long, et court termes qui l’opérationnalisent pour améliorer significativement leurs conditions de vie. De ma modeste expérience, je tirerai le chapeau au PR s’il veille au respect des principes de Planification, de programmation, de budgétisation, de suivi et d’évaluation des projets et programmes que nous aurons identifiés ensemble. Que Dieu fasse que ce qui est planifié soit programmé, ce qui programmé soit documenté et budgétisé, ce qui est budgétisé soit exécuté, ce qui est exécuté soit suivi et évalué. Les conclusions des évaluations alimentent les décisions !Enfin, je voudrais encore vous inviter à davantage susciter les discussions en rapport avec les médias pour clarifier le débat économique avec les éminents universitaires et anciens professionnels de l’économie publique, afin d’accompagner ce nouveau régime qui doit être soutenu pour échapper aux pièges de ces « loups masqués » – « bouki you sango deru bey ».
Suivez mon regard…

Mayacine CAMARA,
Citoyen sénégalais

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