Le Sénégal veut tourner définitivement la page du paludisme à l’horizon 2030. Mais derrière les progrès sanitaires enregistrés ces dernières années, se cache une équation financière préoccupante : sur les 150 milliards F CFA nécessaires au plan stratégique quinquennal, 97 % restent à mobiliser. Un défi qui pousse les élus locaux sénégalais et français à unir leurs forces pour faire des territoires un nouveau front de la lutte contre la maladie.
L’ambition est grande, mais les moyens restent à trouver. Alors que le Sénégal vise l’élimination du paludisme d’ici 2030, le financement de cette dernière étape constitue une préoccupation majeure. Le Dr Mamadou Moustapha Diop a rappelé l’ampleur des besoins : 150 milliards F CFA sur cinq ans, soit 30 milliards par an. À ce jour, 97 % de cette enveloppe reste à mobiliser. Plus préoccupant encore, le programme dépend à 90 % des ressources extérieures, notamment du Fonds mondial.
Pourtant, les progrès sont considérables. Entre 2000 et 2025, la part du paludisme dans la morbidité globale est passée de 35 % à 1,4 %, tandis que sa contribution à la mortalité a reculé de 29 % à 0,7 %. En 2025, aucun décès maternel lié à la maladie n’a été enregistré. Le Sénégal vise désormais zéro décès et un seuil de pré-élimination inférieur à un cas pour 1 000 habitants.
C’est dans ce contexte que l’Association des élus locaux contre le paludisme (ELCP) et l’Association des maires du Sénégal (AMS) veulent faire de la coopération décentralisée un levier supplémentaire. À l’occasion des JOJ Dakar-2026, elles ont annoncé la mise en place d’un collectif de maires sénégalais contre le paludisme, avec l’ambition de mutualiser les expériences et de porter des initiatives communes avec leurs homologues français.
Pour Oumar Ba, président de l’AMS, cette démarche marque un tournant dans la coopération entre les deux pays. « Nous avons décidé de spécialiser nos initiatives, d’identifier un défi majeur pour le Sénégal et d’orienter nos initiatives d’élus locaux pour la prise en charge de ce fléau », a-t-il expliqué. Il entend notamment renforcer la collaboration avec les ministères de la Santé et encourager les échanges d’expériences entre collectivités territoriales.
Du côté français, cette mobilisation repose également sur un engagement personnel et solidaire. Mams Yaffa, adjoint au maire de Paris chargé de la jeunesse, de l’éducation populaire et de l’égalité républicaine, et président de l’Association des élus locaux contre le paludisme (ELCP), explique que l’association est née de la volonté d’élus français, notamment d’origine africaine, de s’investir dans un combat qui touche directement ou indirectement leurs familles restées sur le continent.
Nia Bali, maire de l’Île-Saint-Denis et membre de l’association, a également évoqué son attachement à cette cause, notamment dans le sud du Sénégal, dont il est originaire. L’ambition commune est claire : accompagner le Sénégal vers le zéro paludisme à l’horizon 2030.
Mais cette mobilisation devra dépasser les déclarations de solidarité. Car les communes sont en première ligne face aux problèmes d’assainissement, aux eaux stagnantes et aux besoins de sensibilisation des populations. Le plaidoyer lancé par le Dr Diop invite ainsi les élus à mobiliser les ressources locales, à impliquer le secteur privé national et à soutenir financièrement les actions de prévention.
Au fond, le véritable défi ne sera pas seulement de réunir les maires autour d’une même cause, mais de leur donner les moyens d’agir. À l’horizon 2030, la lutte contre le paludisme entre dans une phase décisive : celle où les progrès doivent se transformer en résultats durables et où la solidarité doit se traduire en financements concrets.
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