Rwanda: Commémorations du génocide des Tutsis, des volontaires formés aux premiers soins

Le 6 avril 1994, l’assassinat du président hutu Juvénal Habyarimana, tué dans l’attentat contre son avion, déclenchait les massacres contre la minorité tutsi au Rwanda. Le pays va commémorer cette année les 30 ans du génocide. Afin de prendre en charge les Rwandais victimes de traumatismes, des milliers de volontaires sont formés aux premiers soins. Les précisions de Clément di Roma, correspondant de France 24 à Kigali.

Le 7 avril 2024 marquera le début de cent jours de commémorations officielles du génocide de 1994 perpétré contre les Tutsis. Pour plus de la moitié de la population née après le massacre, les séquelles, les échos, les blessures et les silences sont encore bien présents. Ainsi : trente ans après, des rescapés ignorent toujours où sont les restes de leurs proches et les exhumations de victimes continuent, comme à Ngoma, près de Huyé, anciennement Butare, dans le sud du Rwanda.

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Les ossements et les habits sont entreposés dans un bâtiment administratif tout proche. De jeunes hommes les nettoient en les frottant dans des bassines. Consolée Mukamana les dépose ensuite délicatement sur de grandes bâches sur le ciment. En 1994, elle avait 14 ans, elle en a 44 aujourd’hui. Mère de cinq enfants, elle a du mal à dire ce qui est arrivé à leurs grands-parents. Trente ans après, elle cherche toujours une trace de sa mère.

Pour commémorer les 30 ans du génocide des Tutsis au Rwanda qui a fait près d’un million de morts entre le 7 avril et le 4 juillet 1994, l’artiste international Bruce Clarke, en collaboration avec la Fondation Camp des Milles, présente l’exposition « Comment vivre après…». Le choix du lieu n’est pas anodin. Les génocides procèdent toujours sur le même schéma.

Dire l’indicible

Comment traduire un génocide. Comment suggérer l’indicible ? Le plasticien Bruce Clarke apporte son regard dans cette exposition au camp des Milles. Une résistance artistique contre l’oubli et la réitération d’un engrenage meurtrier. « Ce qui s’est passé au Rwanda n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas eu la Shoah et la Shoah ne se serait pas produite s’il n’y avait pas eu le génocide arménien. Il y a une sorte de continuité historique qu’il faut systématiquement rappeler », analyse Bruce Clarke. « C’est quand même difficile de tuer son voisin juste parce qu’une autorité locale te le dit. Ça ne se fait pas comme ça ». Alors comment décide-t-on d’abandonner sa propre humanité en devenant bourreau ? Selon Bruce Clarke: « Il faut déshumaniser l’autre et cela se fait à long terme. La solution finale au Rwanda est déjà évoquée dans les années 60. La radio des Milles collines n’a été qu’un amplificateur ».

Des êtres géants

En 2014 Bruce Clarke a réalisé une vaste exposition sur les murs de Kigali. Des personnages géants de plus de 20 mètres de haut. Une manière d’affirmer l’individu dans l’espace publique, de le présenter debout et non à genoux, déshumanisé comme dans tout projet génocidaire. En 2024, il présente « Des Femmes debout ». Elles ont survécu plus massivement au génocide, ont reconstruit le pays et l’artiste souhaitait leur rendre hommage. Au camp des Milles une esquisse est présentée mais l’artiste a surtout voulu montrer à travers sculptures, tableaux, textes, « la Vie d’après » qui est le titre de l’exposition. Le traumatisme des rescapés et le pays à reconstruire.

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