Un cinéaste péri en mer avec son projet de film sur l’émigration clandestine

Doudou Diouf, 23 ans, jeune cinéaste sénégalais et réalisateur, voulait filmer de l’intérieur l’aventure des migrants clandestins sénégalais qui bravaient l’océan pour se rendre en Europe. Il finit par périr en mer avec son projet.

Doudou Diop est décédé fin juillet en mer dans une embarcation partie du Sénégal alors qu’il tournait son voyage aux Canaries. Un projet de film sur l’émigration irrégulière « le Dépotoir » avec le plus de réalisme possible, qui lui a été fatal.

En effet, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre fin juillet dernier.  » Comment est-ce possible? Il avait un talent incroyable, il pouvait aller très loin », avaient déclaré ses amis, sa famille et ses collègues. D’après les témoins, le défunt  » ne souhaitait pas émigrer, mais plutôt tourner un film sur l’émigration. Il a même enregistré les gros plans avec des acteurs sur un bateau près de Saint Louis, sa ville natale. Mais cela ne l’a pas convaincu, cela ne lui semblait pas réel. Alors, sans rien dire, il décide de se lancer dans son voyage comme un émigré parmi d’autres ».

Au cours de ce voyage, Doudou Diop a commencé à filmer dès le lendemain de leur départ à l’aide de son téléphone portable. «  Le capitaine de la pirogue lui a dit de ne pas le faire, mais il a répondu qu’il ne faisait que suivre son instinct », a expliqué un nommé Babacar. Il avait minutieusement préparé un scénario sur son personnage du nom de Tapha, aujourd’hui gardé par sa mère. « Mon intention est de raconter l’histoire de Tapha, qui lance sa troisième tentative pour rejoindre les côtes espagnoles en cayuco. Il était inévitable d’en arriver à la conclusion qu’il serait intéressant de raconter le parcours de quelqu’un qui, après avoir vécu l’enfer, ne renonce pas une fois de plus face à la mer », avait-il écrit comme note d’intention.

Selon les rescapés, les « problèmes à bord ont commencé le cinquième jour, alors qu’ils se trouvaient déjà dans les eaux du Sahara occidental ». « Nous avons mangé du couscous avec du lait et du sucre, mais il n’y avait plus de nourriture. Il y avait beaucoup de vent et de froid, les vagues étaient énormes. Nous étions trempés et le capitaine ne savait pas quelle direction prendre. Malgré tout, Doudou tournait toujours. C’était vers le septième jour que nous avons eu une éruption cutanée sur tout le corps et que nous avons commencé à vomir. Vingt-quatre heures plus tard, il perd connaissance. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé ensuite car moi aussi je me suis évanoui, je me suis réveillé à l’hôpital et Doudou n’était pas là », se souvient son personnage inconsolable.

Finalement, la marine marocaine a intercepté une pirogue le 28 juillet en portant secours à 71 jeunes. Ces derniers  ont affirmé que 14 personnes sont mortes lors de la traversée. Doudou Diop en fait partie. Parallèlement, 19 des survivants sont transférés à l’hôpital de Dakhla avec des symptômes d’hypothermie et de déshydratation.

Pour rappel, Doudou Diop a étudié le Patrimoine à l’Université Gaston Berger de Saint Louis. Après avoir obtenu son diplôme de réalisateur, il se forme d’abord en tant que photographe et vidéaste puis en montage et post-production au célèbre centre Yenenga de Dakar. Ses films les plus connus sont Vertedero , où il raconte la vie d’une femme et ses enfants qui vivent des ordures, et Vecinos de las aguas fecales , dans lequel il dénonce les problèmes d’inondations et d’égouts dans son quartier…

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